S. HACINI1, A. BEN AMMAR2
CHU F. Hached Sousse (Tunisie)
Une femme, âgée de 44 ans, admise au service des urgences le 16 juin 2007 à 3h, par le biais du SAMU, pour intoxication aiguë volontaire.
Le 15 juin 2007 vers 21h, la patiente est amenée par sa famille à une urgence périphérique pour vomissements associés à des troubles de la conscience. L’interrogatoire retrouve la notion d’ingestion volontaire d’insecticide (estimée à deux verres de thé) survenue 4 heures auparavant.
L’examen initial a noté une altération de l’état de conscience à type de somnolence, état de confusion avec un Glasgow (GSG) à 12/15.
Un lavage gastrique a été effectué. La patiente est transférée par SAMU aux urgences du CHU.
Une intubation orotrachéale avec ventilation assistée (VA) a été pratiquée.
Le bilan biologique a noté une glycémie élevée à 10,4 mmoles/L.
L’examen toxicologique a confirmé la nature du produit toxique, il s’agit de l’amitraze.
L’évolution était bonne avec amélioration rapide de l’état de conscience autorisant l’extubation à H12. Pas de récidive de la bradycardie et disparition du myosis.
L’entretien psychiatrique retrouve un syndrome dépressif sévère évoluant depuis le décès de son fils et précipité par la maladie de son mari et des conditions économiques défavorables, avec regret de son acte.
Intoxication aiguë volontaire à l’amitraze (insecticide) occasionnant un coma, une bradycardie et un myosis bilatéral serré, ayant nécessité le recours à l’intubation et le traitement atropinique. L’évolution était favorable.
Bien que relativement peu courante, ce type d’intoxication peut produire une symptomatologie clinique potentiellement grave qui doit être identifiée et traitée à temps par tout médecin urgentiste.L’amitraze (Taktic® à 12,5%) est un insecticide, antiparasitaire de la famille des formamidines, utilisé en médecine vétérinaire pour la protection contre la Varoa (parasitose des ruches d’abeille) et les parasitoses des mammifères domestiques. L’amitraze est bien résorbée par voie cutanée et digestive (3),
L'intoxication aiguë se traduit par les troubles de conscience, un myosis, une bradycardie, une hypotension artérielle et une hyperglycémie. Cette symptomatologie est due à la stimulation des récepteurs alpha2-adrénergiques.
30 minutes à 2 heures après l'ingestion :
- Troubles digestifs : vomissements
- Dépression du système nerveux central (somnolence à coma) et respiratoire
- Bradycardie, hypotension artérielle, hypothermie
- Hyperglycémie
- Augmentation modérée des transaminases
- La dépression du système nerveux central est résolutive en 18 heures, tous les autres signes en 24 à 48 heures.
- L'intérêt du lavage gastrique n'a pas été démontré. Il ne doit pas être systématique. Il doit être discuté en fonction de la quantité de toxique(s) ingéré(s), des effets toxiques attendu et du délai écoulé depuis l'ingestion (1).
- Traitement symptomatique : Lavage gastrique, atropine et surveillance en milieu hospitalier, intubation et ventilation assistée si nécessaire.
| < Précédent | Suivant > |
|---|