Dr Mounir Gazzah - CHU F. Hached Sousse
Les résultats de l'enquête réalisée par la commission d’actualisation de la 4ème conférence de consensus (2), en 2005, montrent que la conférence de consensus de 1994 est connue de 68% des urgentistes mais elle n’a modifié leur pratique que dans 40% des cas. En l'absence de retentissement clinique, contrairement aux recommandations émises, 65% des urgentistes continuent à introduire un traitement anti-hypertenseur sur un chiffre de tension artérielle systolique supérieur à 180 mmHg et de tension artérielle diastolique supérieure à 100 mmHg.
La prise en charge de l’HTA est standardisée : dépistage précoce, diagnostic précis (pratiquer au moins 3 mesures durant plusieurs jours, mesure aux 2 bras, couché et debout, avec une bonne technique de mesure, c'est à dire après repos de 20 min, brassard adapté au bras, patient dévêtu), le traitement et la surveillance se font par le médecin traitant.
On parle de HTA, quelque soit l’âge et le sexe, lorsque : PAS >ou= 140 mm Hg et PAD >ou= 90 mm Hg.
Diaporama (PDF) "les urgences hypertensives pour les nuls"
Répondre à 5 questions avant de traiter :
Tout en sachant qu'en cas d'OAP, ou d'AVC, l'hypertension n'est pas forcément la cause mais la conséquence. L'HTA peut aussi être la conséquence d'une détresse respiratoire (hypoxie). Traiter alors la cause et non la conséquence.
En pratique d’urgence, les chiffres de la pression artérielle ne suffisent pas à définir l'attitude thérapeutique: l’urgence thérapeutique est plutôt lié à l'existence d'une souffrance viscérale secondaire à l'élévation de la pression artérielle et non aux chiffres de pression artérielle mesurés.
| Stade 1 | HTA légère | PAS entre 140 et 159 ou PAD entre 90 et 99 |
Pas d'urgence |
| Stade 2 | HTA modérée | PAS entre 160 et 179 ou PAD entre 100 et 109 |
Pas d'urgence |
| Stade 3 | HTA sévère | PAS>180 ou PAD>110 |
URGENCE seulement si : signes de souffrance viscérale |
Il faut distinguer donc:

HTA maligne (situation exceptionnelle de nos jours):
HTA de cause secondaire (non essentielle):
Signes de souffrance viscérale:
Le fond d'œil peut à lui seul, en association avec une HTA de grade 3 indique la nécessité d'un traitement immédiat et d'une hospitalisation. Sa réalisation demeure donc indispensable aux urgences pour confirmer l'absence de retentissement clinique d'une HTA à partir de chiffres tensionnels de stade 3 (Recommandation grade B).
| Principaux médicaments de l'HTA aux urgences | ||||
| Nicardipine (Loxen©) |
Amp. à 5mg/5ml ou 10mg/10ml (1ml=1mg) Gélules à 20mg ou LP 50mg |
Inhibiteur calcique à effet vasodilatateur artériel. Délai d'action rapide, durée d'action 45 min | Dose d'attaque: 10 mg au maximum à passer en IV 1 mg par min. Ou mieux en perfusion 8 à 12 mg/H durant 30 min puis entretien: 2 à 6 mg/H (20 à 50 µg/Kg/H), selon la TA. Le relais se fait per os: 1 gélule, une heure avant l'arrêt de la perfusion. | Contre indications: cardiopathie ischémique (tachycardie) |
| Furosémide (Lasilix®) |
Amp. 20mg Spécial 250mg Comp 40mg |
Diurétiques de l’anse, ne sont indiqués qu'en cas d’œdème pulmonaire cardiogénique ou insuffisance cardiaque congestive |
A éviter en cas de grossesse sauf si OAP. Risque d'hypokaliémie |
|
| Bumétanide (Burinex®) | Amp. 2mg/4ml | |||
| Dérivés nitrés (Lénitral® (Risordan®) |
Amp. 10mg/10ml pour Risordan et 15mg/10ml pour Lénitral. -Risordan Comp 5mg |
vasodilatateurs mixtes à effet veineux prédominant. Indication en cas d'ischémie myocardique ou d’OAP. | En perfusion 1 à 2mg/H pour Lénitral et 2 à 4mg/H pour Risordan. | Contre indications: infarctus postéro diaphragmatique |
| Labétalol (Trandate®) |
Amp 20ml 1ml=5mg |
Alpha et bêta-bloquant. |
Dose de charge 1mg en IVL puis perfusion ou comp. per os | Contre indications: Insuffisance cardiaque, asthme Risque: hypotension |
| Urapidil (Eupressyl®) |
Amp. 25mg/5ml | Antagoniste des récepteurs alpha1 postsynaptiques périphériques et agoniste des récepteurs 5-HT1A centraux. | Dose de charge 25 mg en IVL puis perfusion 15mg/H en moyenne | Contre indications: rétrécissement aortique, grossesse |
| Captopril (Lopril® (Tensopril®) |
Comp. 25mg et 50mg | Inhibiteurs de l'enzyme de conversion IEC | Per os : Comprimés à 25 mg et 50 mg (50 à 150 mg/jour) | Contre indications: allergie, grossesse, allaitement et hyperkaliémie |
Chez la femme enceinte :
Les hypotenseurs oraux de relais seront débutés dès que l'abaissement de la tension sera stable.
L'objectif reste une baisse et non une normalisation de la tension artérielle. La baisse doit être progressive (20% en 4 heures).
L'abaissement de la T.A. doit être rapide dans les crises hypertensives avec O.A.P., dissection de l’aorte ou de toxémie gravidique.
La pression artérielle doit être diminuée plus progressivement en plusieurs heures en cas d'insuffisance coronarienne ou d'accident vasculaire cérébral et chez le sujet âgé.
Les chutes trop importantes de T.A. peuvent être responsables de nausées, vomissements, céphalées, bourdonnements d'oreille, crampes, myoclonies, tachycardie, sueurs, algies abdominales.
Par ailleurs, il peut apparaître une recrudescence de la symptomatologie angineuse chez le coronarien : la survenue de ces symptômes impose le ralentissement ou l'arrêt de la thérapeutique. En outre, des cas d’ischémie cérébrale et de cécité ont été décrits.
© www.efurgences.net
![]()
ANNEXE 1:
CONCLUSIONS DE LA CONFÉRENCE D’ACTUALISATION DE 2005:
Société Francophone de Médecine d'Urgence (SFMU)
Il y a eu assez peu de données nouvelles sur la période allant de 1994 à 2002. Celles qui ont été retrouvées confortent les recommandations faites en 1994 :
HYPERTENSION ARTÉRIELLE AVEC DÉFAILLANCE VISCÉRALE:
1) HTA et souffrance cérébrale :
Les recommandations conseillaient de respecter l'hypertension artérielle afin de maintenir une pression de perfusion cérébrale correcte. Cependant les limites tensionnelles à respecter n'étaient pas chiffrées.
Les articles publiés depuis 1994 et recensés par la commission sont sensiblement d'accord pour définir le seuil de tension artérielle à partir du quel il convient de débuter un traitement : 220 à 240 mmHg de pression artérielle systolique et 130 mmHg de pression artérielle diastolique (grade B).
Il convient de veiller à ce que l'importance de la baisse n'excède pas 25% de la pression artérielle moyenne de départ dans les 2 heures qui suivent la mise en route du traitement (grade B).
Une revue fait le point sur les connaissances concernant les hémorragies intracérébrales spontanées et aboutit à la conclusion qu'il convient de réduire la pression artérielle lorsque la moyenne est supérieure à 130 mmHg.
L'importance de la baisse n'est pas précisée mais il semble raisonnable de limiter cette baisse à 25% en 2 heures (grade B).
Les recommandations varient en fonction de la gravité de l'hémorragie sous arachnoïdienne.
Ne pas traiter l'HTA lorsqu'il existe un trouble de conscience au risque d'induire une aggravation des lésions.
En l'absence de ces signes, l'HTA étant un facteur favorisant le saignement, il est recommandé de la traiter de préférence par un agent intra veineux (labetalol, hydralazyne).
L'objectif tensionnel à atteindre n'est pas précisé. L'accent est mis sur les facteurs associés pouvant contribuer à la poussée (douleur, angoisse).
2) HTA et défaillance cardiovasculaire :
Compte tenu du caractère délétère de l'HTA, cause ou conséquence de la défaillance cardiaque, il est recommandé de traiter sans délai toute poussée hypertensive, sans indication formelle d'examens paracliniques. L'objectif est le retour progressif à des valeurs tensionnelles habituelles pour lutter contre la postcharge cardiaque. Aucune publication ne vient modifier cette recommandation.
Les recommandations de 1994 sont de maintenir une tension artérielle systolique au dessous de 180 mmHg et une tension artérielle diastolique au-dessus de 80mmHg afin de ne pas compromettre la circulation coronaire.
Aucune publication ne vient modifier cette recommandation.
Le consensus recommande de faire baisser la tension artérielle jusqu'à 100-120 mmHg. L'analgésie doit être systématiquement associée pour arriver à cet objectif. Aucune publication ne vient modifier cette recommandation.
3) HTA au cours d'intoxication :
Certaines intoxications (cocaïne, amphétamine, LSD, phénylpropanolamine, phencyclidine) sont réputées induire des poussées hypertensives par un puissant effet sympathomimétique. Le traitement anti-hypertenseur fait partie intégrante de la prise en charge de l'intoxication.
La liste ci-dessus des toxiques impliqués peut être complétée par l'ecstasy, la kétamine, le parathoxyamphétamine et par des aliments ou des médicaments interagissant avec les inhibiteurs de la monoamine oxydase.
4) HTA maligne et encéphalopathie hypertensive :
Le diagnostic doit être affirmé par le fond d'oeil. Les patients doivent être hospitalisés immédiatement en réanimation et le traitement doit aboutir à une vasodilatation progressive permettant une réhydratation.
L'encéphalopathie maligne se définie par l'association de céphalées, nausées plus ou moins vomissement, vision floue, altération des fonctions supérieures et crises convulsives. Une rétinopathie de grade 3 ou 4 doit y être associée. Le traitement doit être urgent mais progressif.
| < Précédent | Suivant > |
|---|
Pratique - Conduites pratiques