Comment les médecins de famille perçoivent-ils l'organisation des services d'urgence hospitaliers en Belgique? Les urgences hospitalières sont-elles une concurrence pour le généraliste ou un complément indispensable de la première ligne?
Auteur: MARCO SCHETGEN
Maître de stage en médecine générale, chargé du cours d'introduction à la médecine générale en 2e doctorat à l'U.L.B. Membre du collège d'enseignement du DES en médecine générale.
Source du document : REVUE HOSPITALS.BE, Numéro 02 – Volume 2, Avril-Mai-Juin 2004
Article disponible au site : http://www.abhbvz.be/francais/revue/index.html
…On peut épingler plusieurs raisons amenant les citoyens à se rendre directement aux urgences. On retiendra la conviction d'actes techniques nécessaires au diagnostic, le souhait d'être examiné par un spécialiste (les compétences du généraliste étant mal connues) et le manque de disponibilité (réel ou supposé) des médecins de famille en cas d'urgence. On peut y ajouter la rapidité présumée ou réelle d'intervention et parfois un manque de compétence ou de pratique régulière de certains actes techniques par les généralistes. Notons également les habitudes culturelles amenant certaines populations à consulter systématiquement les hôpitaux en première ligne.
Sur base de ces données, comment désengorger les services d'urgence? Précisons tout d'abord que diverses études belges intra-hospitalières évaluent entre 20 et 30% le nombre de patients n'ayant pas leur place dans un tel service. Un premier moyen de ramener ceux-ci vers les omnipraticiens est d'améliorer l'organisation des gardes de première ligne, ce qui est actuellement espéré à travers la prise en charge par les cercles de généralistes. Pour y parvenir, il faudra optimaliser l'information à la population et établir des structures à visage humain permettant des interventions rapides et efficaces. On devra aussi améliorer la disponibilité en semaine par l'intensification du travail en réseaux et par une meilleure continuité des soins, en particulier le soir et la nuit. D'autres pistes proposent la mise en place de dispensaires de 1ère ligne gérés par les généralistes eux-mêmes ou le développement de services tels que SOS Médecins. Dans tous les cas, une bonne formation des généralistes en matière d'urgence, en particulier au cours du DES, est nécessaire.
Les causes d'envoi aux urgences sont multiples. Elles peuvent être guidées par un besoin de thérapeutiques d'urgence exclusivement hospitalières (chirurgie, thrombolyse…) ou d'examens et de diagnostics techniques (imageries, scopies…). Elles peuvent aussi être dictées par un doute diagnostique nécessitant un avis spécialisé rapide ou une incapacité de résoudre seul un problème urgent (besoin d'une équipe infirmière, d'une prise en charge psychiatrique urgente…). Il faut bien sûr y ajouter le manque de disponibilité immédiate. Parmi les causes moins avouées, notons le fait de céder aux angoisses des patients souhaitant des examens complémentaires en urgence et l'effet parapluie en cas de doute sur l'urgence ou le diagnostic. Enfin, n'oublions pas que dans certains cas l'envoi aux urgences est un moyen de forcer la porte d'entrée des hôpitaux, en particulier lorsqu'il n'y a plus de lits disponibles.
Il faudra, enfin, mieux informer la population sur le fonctionnement et la spécificité de la médecine générale d'une part et des services d'urgence de l'autre.
Dans tous les cas, le travail des uns et des autres devra se situer dans un esprit de confiance mutuelle et de complémentarité et non de concurrence stérile autour de la première ligne.
Rappelons pour terminer que de plus en plus de généralistes, possédant un BMA (Brevet de Médecine Aiguë) travaillent à temps partiel dans les services d'urgence hospitaliers, jetant ainsi un pont supplémentaire entre les deux disciplines.
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