Les gaz du sang artériels (GDS) sont depuis longtemps un examen systématique lors de la prise en charge des insuffisances respiratoires aigues (IRA) dans les services d’urgences. Ils sont pour de nombreux auteurs, le critère diagnostic principal de l’IRA (PaO2 < 60mmHg) est un indicateur de gravité.
Les GDS fournissent effectivement 3 informations importantes sur l’IRA: le niveau de l’oxygénation artérielle (PaO2, SHbO2), l’état de la ventilation alvéolaire (PaCO2) et les répercussions sur l’équilibre acido-basique de l’hypoxémie et de la ventilation alvéolaire (pH, bicarbonates).
Mais dans la réalité pratique, l’usage des GDS dans la prise en charge initiale des IRA pose de nombreux problèmes, notamment au niveau des structures d’urgence:
Face à ces nombreuses limites de l’usage des GDS dans la prise en charge des IRA aux urgences, quelle alternative ?
L’urgentiste dispose en fait d’un instrument malheureusement délaissé voire abandonné et dont le bon usage peut remplacer avantageusement celui des GDS : la sémiologie clinique des IRA.
Mais pour valider cette substitution, la sémiologie clinique des IRA doit être parfaitement comprise et bien interprétée.
Les IRA, considérées par rapport à l’objectif ultime de la respiration qu’est l’oxygénation tissulaire, résultent d’étiologies nombreuses et diverses, au sein desquels on peut distinguer quatre grands groupes dont la sémiologie clinique est différente tableau (1).
| Tableau 1 - IRA : CLASSIFICATION et INDICATEURS DE GRAVITE | ||
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GROUPES D’IRA | INDICATIONS |
| I | Atteintes pleuropulmonaires sur poumons sains - obstacles des VAS - OP, crises d’asthme - embolies pulmonaires - épanchements pleuraux - bronchopneumopathies, infections, toxiques… |
Dyspnée (tirage) |
| II | Décompensations des BPCO - Surinfections bronchiques, oedèmes pulmonaires… |
Encéphalopathie respiratoire |
| III | IRA par atteintes neuromusculaires : - coma, myasthénie, PRN, lésions de la moelle cervicale |
Gaz du sang artériel |
| IV | IRA par troubles de la distribution ou de l’usage de l’oxygène : chocs, anémies aigues, intox au CO, … | Signes associés |
Les deux premiers groupes d’IRA rassemblent en fait la majeure partie des IRA observées aux urgences. Vis à vis du premier concernant les IRA survenant sur poumons sains et en rapport avec des causes pleuro-pulmonaires (œdèmes pulmonaires, crise d’asthme, épanchements pleuraux liquidiens ou aériens, embolie pulmonaire, bronchopneumopathies infectieuses ou toxiques …), l’urgentiste dispose d’un instrument sémiologique essentiel : la dyspnée, à travers son expression musculaire : le « tirage » musculaire. Ce « tirage » qui oriente déjà vers une étiologie pleuropulmonaire à l’origine de l’IRA, a la particularité d’être son signal le plus précoce. Il a également l’avantage d’offrir une évolution parallèle à la gravité de l’IRA ; cette évolution peut être échelonnée en 4 stades (tableau 2).
| Tableau 2 : IRA SUR POUMONS SAINS | |||
| GRADE DE DYSPNEE | |||
| Grade | Dyspnée | S. d’hypoxie | Polypnée |
| I | Tirage | 0 | ++ |
| II | Tirage sus-sous claviculaire | Cyanose | +++ |
| III | Respiration abdominale | Tr. neurologiques (agitation, Tr. Conscience) Tr. circulatoire (chute de la PA) |
++/- |
Ce tableau souligne la précession du tirage intercostal par rapport à la cyanose (parfois absente) et aux signes neurologiques et cardio-circulatoires, tardifs et peu spécifiques.
I l traduit également la supériorité de ce signal par rapport à la fréquence ventilatoire (polypnée) dont le ralentissement par épuisement musculaire peut masquer une évolution grave.
En somme, l’inspection du patient permet à l’urgentiste de détecter précocement une IRA, dont il peut suivre instantanément l’évolution. Le «tirage» permet également d’orienter la recherche étiologique et de décider de la stratégie ventilatoire : oxygénothérapie pour les stades I de dyspnée, ventilation invasive pour les stades III et IV, ventilation invasive ou non invasive pour les stades II en fonction des délais de réversibilité de l’étiologie en cause.
En ce qui concerne les décompensations des IRC, chez qui les manifestations ventilatoires sont atténuées, l’urgentiste dispose d’un second indicateur de gravité, spécifique à cette catégorie d’IRA : l’encéphalopathie respiratoire.
Celle-ci peut également être subdivisée en 3 stades de gravité croissante (tableau 3) :
| Tableau 3 : INSUFFISANTS RESPIRATOIRES CHRONIQUES | |
| Grades | Encéphalopathie |
| I | Somnolence (réveil +) |
| II | Troubles psychiques (agitation, agressivité, …) |
| III | Troubles conscience (coma) |
Cette échelle de gravité peut également être l’instrument de choix des moyens d’assistance ventilatoire :
L’usage depuis plusieurs années de la sémiologie clinique vis-à-vis de son diagnostic positif et de gravité des IRA, des IRC et des sujets à poumons sains, nous a donné pleine satisfaction : elle nous a permis de réduire de manière importante les demandes de gaz du sang artériels, le coût et sans doute la qualité de la prise en charge de la majeure partie des IRA. Il n’en reste pas moins que les GDS restent un examen incontournable dans les IRA neuro-musculaires, ou pour ajuster chez les patients sous ventilation mécanique, la ventilation alvéolaire et l’oxygénation artérielle (volume et débit, fréquence respiratoire, pression expiratoire, FiO2).
Auteurs : I. Chouchene, S. Bouchoucha
Service soins intensifs, CHU F. Hached Sousse (Tunisie)
©2009 efurgences
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