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Vendredi 30 Juillet 2010
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Gérer l'attente Attente aux urgences
consultationLe délai de séjour au service d’accueil des urgences (SAU) est l’un des problèmes quotidiens de ces services. Il est source de plaintes (parfois justifiées) du public et entrave la motivation des médecins urgentistes. On peut se demander si ce délai est influencé par le fonctionnement même du SAU, de la nature de la pathologie en cause, de l’encombrement pendant les heures de pointe ou dépend d’autres facteurs humains, techniques ou extérieurs ? Les études concernant le fonctionnement des SU et les réflexions pour améliorer la qualité d’accueil et de soins sont abondantes depuis plus de décennie.

Définition :

Le délai de séjour est la période qui s’écoule entre l’heure d’arrivée au SAU et l’heure de sortie ou d’hospitalisation. Il est appelé aussi durée d’attente, ce terme porte à confusion avec l’attente classique devant le bureau de consultation. En fait cette dernière est presque nulle pour les urgences vitales. Tous les services d’accueil des urgences sont organisés (de manière plus ou moins différente) afin de privilégier la prise en charge des urgences vitales.

Les actes dans un SAU se déroulent généralement selon le schéma suivant :

  1. Accueil et inscription administrative
  2. Examen clinique initial et prescriptions
  3. Traitement médical d’urgence
  4. Examens complémentaires
  5. Réexamen clinique, évaluation et décision : sortie simple, transfert ou hospitalisation.

Pour les malades graves, requérants une hospitalisation, une deuxième étape commence :

  1. Demande de l’avis du service spécialisé
  2. Réexamen et accord du médecin de garde hospitalier
  3. Recherche de lit disponible
  4. Formalités administratives de l’admission

On en conçoit que le délai de séjour est inséparable du fonctionnement des SAU, variable selon la gravité de la pathologie, la complexité du diagnostic et du traitement.

Gestion de l’attente aux SAU :

Le service des urgences (SU) ou service d’accueil des urgences (SAU) a pour mission d’offrir à toute personne en détresse, en pratique à tout sujet qui se présente, une évaluation médicale et un traitement adapté. Cette évaluation aboutit à trois types de décisions :

  • Retour à domicile avec ou sans traitement
  • Hospitalisation dans l’un des services spécialisés
  • Transfert à une autre structure hospitalière de plateau technique adéquat

Les motifs de consultation en urgence sont loin de mettre en jeu le pronostic vital puisque la majorité des patients sort sans traitement ou avec une lettre de liaison pour une consultation spécialisée.

En réalité, l’activité d’un service d’urgence ne devrait pas se limiter au tri mais à la réalisation de diagnostics et la mise en route de thérapeutiques. Le but est de débuter un traitement en urgence et d’orienter les malades vers les différents services spécialisés tout en évitant les hospitalisations inutiles.

Tous les SU des grands hôpitaux disposent de salles de déchocage pour les urgences vitales et des unités d’hospitalisation de courte durée (UHCD), appelées « Observation Units » aux USA, qui permettent le séjour des patients pour traitement et surveillance, en attente des examens complémentaires ou d’une hospitalisation.

Sur le plan médico-économique, l’incidence des UHCD est loin d’être négligeable. Aux Etats Unis, il a été estimé que, grâce à ces unités, quatre à huit millions d’hospitalisations inadaptées sont évitées par an, correspondant à une économie de six à douze milliards de dollars. En France, cinq cent mille à un million d’hospitalisations conventionnelles seraient ainsi évitées (5).

Études de la variation du délai de séjour :

Le délai de séjour est variable selon les statistiques. La première étude en Tunisie faite sur ce sujet date de 1994 (6), incluant 1115 patients admis en urgence au CHU Farhat Hached de Sousse. Ce travail a permis de dégager plusieurs points intéressants concernant le profil des admis, les pathologies en cause et la durée d’attente.

  • La première constatation pertinente est le faible taux des admissions par le biais du service des urgences puisque les cas recensés représentent seulement 3,86% des consultants en urgence (cas de chirurgie exclus). Ces admissions ne représentent que 16% des hospitalisations programmées aux services médicaux !
  • L’étude objective 3 groupes de pathologies prédominantes qui constituent les ¾ des admissions, ces sont les pathologies infectieuses (33%), les pathologies cardio-vasculaires (22%) et les maladies broncho-pulmonaires non infectieuses (18%) alors que les détresses vitales ne représentent que 7% des cas.
  • La durée d’attente moyenne est de 2h30 (extrêmes 1H et 3 jours), moins de 1h pour 28%, entre 1 à 2h pour 32% des admis. Elle est calculée selon l’heure d’accueil aux urgences et l’heure d’inscription au bureau des entrées lors de l’hospitalisation.

- Un deuxième travail (8) au même service en 1997, étudiant les malades graves admis à la salle de déchocage, montre un délai de séjour moyen de 6h55. Donc les urgences graves passent plus de temps au SU.

- D’après l’enquête, menée par la Cour et sept chambres régionales des comptes (Aquitaine, Ile de France, Rhône Alpes, Provence Alpes Côte d’Azur, Nord Pas de Calais, Haute Normandie et Champagne Ardenne)(11), Les délais entre l’enregistrement du patient à son arrivée et son départ du service des urgences varient de près de 115 minutes à 355 minutes.

- En moyenne nationale (en France), on peut estimer à environ 9,5 % la part des patients qui ont attendu plus de 6 heures leur admission effective dans une unité d’hospitalisation (15)

- D’après une étude américaine de 50.322 admission en réanimation après passage par les urgences, un délai supérieur à 6h avant le transfert en soins intensifs a augmenté la durée d’hospitalisation (7 j vs 6j) et la mortalité (12,9% vs 10,7%)
Impact of delayed transfer of critically ill patients from the emergency department to the intensive care unit [Donald B. Chalfin et all. Crit Care Med 2007; 35:1477–1483]

Les facteurs de variation du délai de séjour :

1) Les procédures administratives à l’accueil :

accueil des urgences

Ces procédures sont incontournables, l’inscription et la constitution d’un dossier médical sont obligatoires et courtes généralement. Néanmoins, l’encombrement de l’accueil par les fausses urgences peut les ralentir. Ces formalités sont abrégées pour les malades graves et confiées souvent aux accompagnants.

2) Les examens complémentaires :

Les analyses biochimiques et la pratique d’imageries constituent l’étape la plus importante. Souvent nécessaires pour étayer un diagnostic ou pour se décider de l’orientation.

Tempelhoff (10) a classé les patients en 6 groupes selon la charge de travail (classification GEMSA), il a démontré une hiérarchie des groupes selon la durée de séjour : G3 < G5 < G2 < G4 < G6. La durée de séjour moyenne varie de 15 min pour le groupe G3 à 110 min pour le groupe G6. Les groupes G4 et G6 sont caractérisés par une charge de travail médicale et infirmière intense et une consommation d’actes radiologiques et biologiques relativement importante.

Pour d’autres auteurs (4), le délai est plus court chez les consultants sortants que chez les hospitalisés à cause de la réduction des examens complémentaires.

Il est curieux de constater que la durée moyenne de l’attente augmente avec l’âge, elle est de 2,3h dans la tranche d’âge 15-29 ans et passe à 2,8h lorsque l’âge dépasse les 65 ans (6). Cette variation n’est pas aléatoire, elle est expliquée par :

  • La pathologie complexe de la personne âgée qui nécessite plusieurs examens complémentaires et plusieurs avis spécialisés.
  • Les réticences des services hospitaliers.
durée d'attente en fonction de l'âge

La prise en charge des personnes âgées (PA) de plus de 75 ans aux urgences est complexe. Cette difficulté est accentuée par un manque important de données scientifiques. A tous les niveaux de la prise en charge de ces PA, médicale et sociale, les niveaux de preuves sont le plus souvent faibles (3). Outre les recommandations classiques, la conférence de consensus (3) a permis de proposer des outils d’évaluation de prise en charge de la personne âgée aux urgences. Le jury recommande la prescription d’un bilan sanguin comprenant NFS, ionogramme (prévalence des troubles hydroélectrolytiques), calcium, protéines, créatinine, d’un ECG (fréquence des maladies cardiovasculaires) ainsi qu’une radiographie du thorax, sauf chez les personnes âgées monopathologiques autonomes, sans troubles des fonctions supérieures.

Les recommandations des sociétés savantes (SFMU, SFAR, SRLF, …) et les conférences de consensus (1)(2)(7) ont contribué à rationaliser les indications des examens complémentaires et par conséquent une réduction du temps et du coût.
3) La disponibilité des lits hospitaliers :

délai d'attente

L’étude en fonction de l’heure d’arrivée démontre que le délai moyen d’attente chez les hospitalisés est plus long (3,6h) entre 4 et 8h du matin, c’est la période où le nombre de consultants est réduit. Il diminue l’après midi (4).

La libération des lits hospitaliers s’effectue généralement l’après midi après l’arrivée de la famille. La non disponibilité des lits contribue largement au prolongement de l’attente.

Les études (14) conduites depuis 2003 par la mission nationale d’expertise et d’audit hospitaliers (MEAH) auprès de 17 sites français d’urgence montrent qu’il n’y a pas de lien direct entre le niveau de ressources du service et le temps de passage du patient. Le niveau de qualification de l’équipe médicale est le facteur le plus déterminant : «plus il est élevé, plus le temps de passage est court».

Les études mettent en évidence deux sources d’allongement des temps de passage :

  • la réalisation d’un examen complémentaire
  • et la recherche d’un lit d’hospitalisation le matin.

Réduire le délai d'attente par une meilleure organisation des SAU :

En Royaume Uni, COOKE M. et coll (12)(13) proposent une typologie des actions menées pour réduire les délais d’attente ayant fait leur preuve :

  • Triage des patients (fast track ou circuit rapide),
  • Actions sur les examens complémentaires,
  • Impact de l’utilisation des médecins expérimentés, nouveau partage des responsabilités.
  • Réorientation des patients avant leur admission (utilisation des « maisons médicales », des services de consultation, accueil téléphonique des patients et des médecins de ville), management des flux de patients au-delà des urgences…

La MEAH (14) constate que les urgentistes peuvent améliorer la gestion des flux en mettant en place des circuits différents selon l’état des patients, en anticipant certaines prises en charge, en améliorant leur relation avec les services disposant de plateaux techniques (biologie, imagerie) et en se dotant de tableaux de bord. Elle a élaboré un recueil des bonnes pratiques constatées dans les services, des recommandations ainsi que des guides méthodologiques permettant à chacun de mener une réflexion sur son organisation.

Le manque de lits d’aval est souvent mis en avant pour expliquer l’engorgement chronique des urgences. La réalité est plus nuancée : ce manque de fluidité résulte le plus souvent d’un excessif cloisonnement des services et de l’absence de concertation et de consensus au sein des établissements sur le nombre de lits devant être réservés aux urgences en priorité sur les hospitalisations programmées.

Les constats faits par la MEAH montrent que :

  • Ni un nombre élevé de lits dans un établissement ni leur disponibilité ne sont liés à des délais d’hospitalisation courts,
  • Les services qui présentent des écarts importants de taux d’occupation annuels sont ceux dont le délai d’hospitalisation est le plus long,
  • Plus les lits d’un établissement sont spécialisés, plus les délais d’hospitalisation sont longs;
  • Enfin, paradoxalement, que le flux des patients hospitalisés depuis les urgences est moins irrégulier que le flux des patients hospitalisés directement dans les services.

Les recommandations:

Le circuit court est un outil de gestion des flux (14). Il permet d’améliorer la prise en charge des patients dans un service d’urgences en diminuant le nombre de patients présents dans le service. La mise en place d’un circuit court nécessite en réalité la distinction de trois circuits de prise en charge :

• Le circuit « court » ou circuit « rapide » prend en charge les patients valides, dont la charge de travail médical est faible et qui ne nécessitent pas ou peu d'examens complémentaires. Toutefois, un patient dont on sait d’emblée qu’il sera hospitalisé sans nécessiter d’examen complémentaire peut entrer dans la définition des patients éligibles.
• Le circuit déchoquage est un circuit qui nécessite une intervention médicale immédiate. Le temps médical quant à lui est long et souvent requiert l’intervention de spécialistes,
• Un circuit « long » ou « lent » prend en charge les patients non valides et pour lesquels les temps médical et infirmier sont importants.

Des recommandations concernant la mise en place, la gestion, l’utilisation, et l’évaluation d’une Salle d’Accueil des Urgences Vitales ont été proposées en 2003 (9) :

  • La Salle d’Accueil des Urgences Vitales (SAUV), ou salle de déchocage, est un lieu d’accueil, au sein du service d’urgence, des patients ayant une détresse vitale existante ou potentielle.
  • La durée de séjour dans cette salle doit être la plus courte possible.
  • Tous les médecins de garde ou d’astreinte à l’hôpital doivent intervenir selon des modalités et des délais définis à l’avance par discipline et figurant dans un règlement intérieur validé par les instances médico-administratives de l’établissement.
  • Des procédures sont établies entre la SAUV et le service d’anesthésie réanimation et/ou les services de réanimation lorsqu’ils existent dans l’établissement. Dans ce cas, l’anesthésiste réanimateur et/ou le réanimateur doit venir renforcer la SAUV à la demande de l’équipe de la SAUV.

De même, la SFMU (5) donne les recommandation suivantes concernant les unités d’hospitalisation de courte durée UHCD :

  • Il est recommandé que la durée moyenne de séjour soit inférieure à 24 heures, et que la décision d’orientation soit prise avant la 24è heure. La durée de séjour des patients au SAUV est limitée par un texte réglementaire (Circulaire).
  • Compte tenu des exigences de fonctionnement, il n’est pas recommandé d’envisager ou de tolérer une durée de séjour supérieure.
  • Il est recommandé que les patients qui nécessitent une hospitalisation classique ne soient pas admis ou ne séjournent pas au delà des limites établies en UHCD pour des causes relevant d’un dysfonctionnement de la structure hospitalière : absence de place ou délai d’attente de place en unité conventionnelle dans l’établissement. Ceci reflète un dysfonctionnement en aval du service d’urgences qui devra faire l’objet d’une évaluation.

En conclusion :

  • Bien que les urgences vitales ne constituent qu’une minorité des cas dans un service d’urgence, elles nécessitent une stratégie préétablie et une organisation des moyens humains et matériels.
  • La formation continue des médecins et des infirmiers contribuent amplement à l’amélioration et la rationalisation des prestations.
  • Les relations entre les services urgences et hospitaliers devraient être évaluées et réglementées.

    Auteur : Dr Mounir Gazzah - CHU Farhat Hached Sousse (Tunisie)

Références :

  1. ASKENASI R., LHEUREUX PH, GILLET JB. : Influence des examens demandés en urgence sur le temps du passage des patients, Réan. soins intens. médecine d’urgence, 1989, 5, n°3, 201-202
  2. ASKENASI R., LHEUREUX PH, CHOJNOWSKI JC : Utilité des examens radiologiques demandés en urgence. Réan. soins intens. médecine d’urgence, 1990, 6, N°1, 9-12
  3. BOUGET J. et coll. : 10ème conférence de consensus, prise en charge des personnes âgées de plus de 75 ans aux urgences, 2003, Société Francophone de Médecine d’Urgence, http://www.sfmu.org
  4. CARRERE-DEBAT D., TEMPELHOFF G., HOLZOPFEL L., Les malades graves dans un service d’urgence, Réan. soins intens. médecine d’urgence, 1991, 7, N°4, 232
  5. GERBEAUX P., BOURRIER P., CHÉRON G., FOURESTIÉ V., GORALSKI M., JACQUET-FRANCILLON T. : Recommandations de la Société Francophone de Médecine d’Urgence concernant la mise en place, la gestion, l’utilisation et l’évaluation des unités d’hospitalisation de courte durée des services d’urgence. JEUR, 2001, 14, 144-152
  6. HAOUALA M. : Les urgences médicales hospitalisées au CHU Farhat Hached de Sousse en 1994, Thèse n° 977, Faculté de médecine Sousse, 1995
  7. LE GALL JR et coll. : Conférence de consensus, radiographies thoraciques et radiographies du crâne en urgence, Réan. Soins Inten. Méd. Urg., 1990, 6, 409-450
  8. MAKSOUDI CH. : Les malades graves pris en charge au service des urgences, Thèse, Faculté de médecine Sousse, 1998
  9. SFMU, SAMU de France, SRLF, SFAR : Recommandations concernant la mise en place, la gestion, l’utilisation, et l’évaluation d’une Salle d’Accueil des Urgences Vitales (S.A.U.V.), février 2003, http://www.sfmu.org
  10. THEMPELHOFF G. et Coll. : Proposition d’une classification des patients et relation à la charge de travail, Réanimation Soins Intensive Médecine d’Urgence, 1990, 6, N°7, 459-463.
  11. Cour des comptes - Rapport public annuel - 08 février 2007 - http://www.ccomptes.fr/CC/documents/RPA/12UrgencesMedicales.pdf
  12. COOKE M, FISHER J.: Evidence for change. Models of emergency care conference, 2004. http://www.nelh-ec.warwick.ac.uk/Conf03presentations/EvidenceForSolutions.pdf,
  13. COOKE MW, WILSON S., PEARSON S.: The effect of a separate stream for minor injuries on A&E department waiting times. Emerg Med J. 2002 Jan; 19(1):28-30.
  14. MEAH : Réduire les temps de passage aux Urgences, vague 2 : avril 2005 – décembre 2006. Rapport Final Juillet 2007 http://www.meah.sante.gouv.fr/meah/uploads/tx_meahfile/20070702_UrgencesV2_RapportFinal_V3.pdf
  15. CARRASCO V., BAUBEAU D.: Les usagers des urgences - Premiers résultats d’une enquête nationale, DREES N° 212 - janvier 2003, www.sante.gouv.fr/htm/publication

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