Les intoxications sont très fréquentes de nos jours, volontaires dans plus de 90% des cas et essentiellement chez les jeunes (féminine dans le 2/3 des cas. Les intoxications médicamenteuses sont de plus en plus courantes.
1/ Reconnaître l’intoxication:
C’est l’étape la plus difficile lorsque les circonstances sont inconnues.
L’intoxication peut être volontaire (profil psychologique particulier), accidentelle (enfant ++, professionnelle) ou iatrogène.
Un
Interrogatoire minutieux de la victime (si elle est consciente) et de l’entourage est nécessaire pour déterminer la nature du toxique, la dose, l’heure et les circonstances.
Ne pas hésiter à fouiller à la recherche d’un emballage ou, parfois, d’une lettre écrite par la victime !
2/ Évaluation des signes vitaux:
- Troubles de la conscience,
- Signes cardiovasculaires, TA et Pouls
- Signes respiratoires.
- Température
3/ Recherche des signes cliniques particuliers:
- Neurologiques: convulsions, signes extra pyramidaux, agitation
- État des pupilles: myosis ou mydriase
- Signes digestifs (diarrhée ou iléus paralytique),
- signes urinaires (incontinence ou rétention)
- Signes cutanées, coloration des téguments, sueurs
Syndrome anti cholinergique ou atropinique :
| Mydriase, tachycardie, rétention d’urines, troubles de la conscience, et délire. |
| Syndrome cholinergique ou muscarinique : | Bradycardie, myosis, hypersécrétion bronchique (troubles respiratoires ++), hypersalivation, Convulsions et coma. |
| Syndrome sympathomimétique : | HTA, tachycardie, troubles du rythme, convulsions, agitation |
4. Traitement immédiat de la défaillance vitale:
intubation, assistance cardio-respiratoire, traitement du choc, traitement des convulsions.
- Lorsque l'état clinique n'est pas alarmant d'emblée:
Surveillance stricte en milieu hospitalier. Plusieurs produits ont des effets tardifs dans les heures ou les jours qui suivent (exemple: paracétamol, méthanol,..)
5/ Examens complémentaires:
Les prélèvements sanguins (glycémie, ionogramme, fonction rénale, gaz du sang), urinaires et du premier jet du contenu gastrique pour analyse toxicologique sont systématiques afin de déterminer le (ou les) produit toxique et sa concentration dans le sang.
| Il faut savoir interpréter les analyses biologiques : |
Hypokaliémie | Aspirine, Théophylline, Chloroquine
|
| Hyperkaliémie | Digitalines |
Acidose métabolique et trou anionique (Na – Cl – CO2T > 18 meq/L)
| Salicylates, Méthanol, Éthylène glycol |
| Hémolyse | Arsenic, certains pesticides |
| Hypoglycémie | Antidiabétiques oraux, insuline, |
| L’ECG est systématique avec une surveillance continue au cardioscope |
Tachycardie | Anti arythmiques, Théophylline |
Bradycardie
| Anti cholinestérasiques, Bêta bloquants |
| QRS large | Chloroquine, anti arythmiques |
QRS fin
| Opiacés, Phénothiazines |
Allongement de QT Torsade de pointe | Quinidines et anti palladiens, Neuroleptiques anti dépresseurs, anti arythmiques |
6/ Antidotes, charbon activé et/ou lavage gastrique?
C’est en fonction de la nature du produit toxique.
7/ Diurèse osmotique ou dialyse?
C’est seulement lorsque le produit est éliminé par voie rénale et pour certains produits (exemple salicylés).
Ce qu’il faut retenir :
- Devant tout trouble de la conscience, agitation, convulsion, myosis ou troubles respiratoires d’installation aigue et sans cause évidente, l’origine toxique devrait être évoquée jusqu’à preuve du contraire, même si la victime ou l’entourage nient cette éventualité.
- Chez les sujets âgés : pensez toujours aux intoxications iatrogènes!
- une agitation ou un trouble de comportement récents sont d’origines toxiques jusqu’à preuve du contraire. Eliminez toutes les causes organiques (hypoglycémie ++) avant d’appeler le psychiatre.
- Devant tout coma, éliminer toujours l’hypoglycémie par glycémie capillaire ou à défaut par le test au sérum glucosé à 30%.
- L’intoxication ne s’accompagne pas forcement de coma.
- Toute intoxication doit être surveillée en milieu hospitalier.
Principaux toxiques :
1) MÉDICAMENTS :
Les intoxications médicamenteuses sont fréquentes et très diverses, parfois poly associés.
Il faut connaître la dose toxique, la pharmacocinétique, le délai et la durée d’action. Se référer au Vidal.
- Barbituriques, Opiacés, Morphiniques et Antalgiques niveau 2, Benzodiazépines : Troubles de la conscience, dépression respiratoire ++, myosis
- Atropine, antispasmodiques, antihistaminiques, élixir parégorique : Syndrome anticholinergique (mydriase, tachycardie, rétention d’urines et délire).
- Cocaïne, Amphétamines, Caféine, Théophylline : Synd. sympathomimétique (HTA, tachycardie, troubles du rythme, convulsions, agitation)
- Salicylés : Dose toxique 10 g chez l’adulte et 100 mg/Kg chez l’enfant, acidose métabolique grave, troubles respiratoires
- Paracétamol : Risque d’hépatite grave à dose > 5 g (120 mg/Kg chez l’enfant) dans les jours qui suivent
- Antidépresseurs tricycliques, Antiarythmiques, Digitaline, Chloroquine : Anomalies à l’ECG : tachycardie ou bradycardie QRS large, allongement de QT et torsade de pointe
2) PESTICIDES:
Insecticides :
- Les organophosphorés : Parathion (Paravit®), Phosdrin, Diazinon (anti gale), Vapona®, Fatek®,
- Les organochlorés : HCH (Lindane), Chlordane, Dieldrine, Aldrin, Heptachlore, …etc.
- Les carbamates : Carbaryl, Baygon, Lannate, Pyrethrinoïdes: (Perméthrine) (Decis), faible toxicité.
- Les organophosphorés provoquent une inhibition irréversible des cholinestérases; alors que les carbamates provoquent une inhibition réversible (moins toxiques).
Syndrome cholinergique : bradycardie, myosis, hypersécrétion bronchique (troubles respiratoires). Convulsions et coma.
Des cas de pancréatite ont été rapportés avec les organophosphorés.
Herbicides :
Paraquat (très toxique !), Diquat, Chlorophénoxys, urées substituées, Triazines, Nitrophénols
Fongicides :
Carbamates (Benomyl), Dithiocarbamates (Mancozèbe), Phtalimides (Captafol), Nitrophénols (Dinocap), Dicarboximides
Raticides :
Raticides anti vitamine K (Warfran®),
Chloralose (Ratidose®) (Raticide®) : très fréquentes
3) SOLVANTS :
- Dérivés de pétrole
- Solvants chlorés : Trichloréthylène, Dichlorométhane, Tétrachlorure de carbone, …etc.
- Hydrocarbures aromatiques : Benzène et homologues
Volatils, l'ingestion provoque des troubles respiratoires ++
4) ALCOOLS :
- Méthanol : (alcool à brûler, vernis, peintures, lave-glace, parfums illégaux)
- Éthylène glycol (antigel).
Très toxiques ++, signes tardifs (plusieurs heures), acidose métabolique grave, cécité.
- Alcool éthylique (ivresse): attention aux lésions associés (traumatisme crânien et hypoglycémie)
5) PRODUITS CHIMIQUES :
- Lithium, Arsenic, Cyanures, Plomb. Cuivre, .. : Intoxications professionnelles et accidentelles
Les intoxications aux cyanures se voient après inhalation de fumée d’incendie (avec ou sans CO): troubles respiratoires graves, céphalées, troubles visuels, vertiges, palpitations, vomissements, angoisse, convulsions,..
6) CAUSTIQUES :
Perforations digestives et sténose de l’œsophage
- Alcalins : Eau de javel, Déboucheurs de canalisation, Ammoniaque, Détergents, Soude, Phosphate, Borate, …etc
- Acides : Nettoyants de toilette, Acides (vitriol) (esprit de sel), Antirouilles, …etc.
7) GAZ et HYDROCARBURES :
Provoquent une détresse respiratoire aiguë.
- Monoxyde de carbone CO,
- Dioxyde de souffre SO2,
- Hydrogène sulfureux H2S (dans les fosses septiques et les égouts),
- Gaz de chlore (gaz de combat)
- Hydrocarbures (méthane, butane, propane),
8) PLANTES :
- Cannabis, Datura (toxicomanie)
- Champignons toxiques,
- Noyaux d’abricot et amandes amères qui contiennent du cyanure (intoxication accidentelle chez l’enfant)
- Chardon à glu (Edded),
Pour savoir plus
Moyens d’épuration des toxiques
Bases de données en toxicologie
©2007 - e Formation en médecine d'urgence - http://www.efurgences.net
CAT devant -
Toxicologie