morsure par chien suturéeLes morsures et griffures animales sont très fréquentes et touchent surtout les enfants. L’incidence de morbidité et de mortalité est élevée essentiellement dans les pays tropicaux à ressources limités, bien que la prévention soit simple et efficace. La gravité dépend de l’agressivité de l’animal mordeur, de l’importance des lésions, de l’agent infectieux inoculé et de la qualité et la précocité de la prise en charge médicale.

L’animal en cause peut être domestique ou errant, principalement les chiens (90% des cas) et les chats, mais aussi les animaux sauvages comme le renard, la chauve-souris et les rongeurs. Une morsure même minime peut se compliquer les jours suivants ou après plusieurs semaines:

- Les blessures peuvent engendrer différentes maladies comme les infections à pyogènes ou par les anaérobies, pasteurellose, maladie de griffes de chat, leptospirose (rongeurs).

- Les morsures humaines exposent essentiellement au risque de transmission de VIH, hépatites B et C et aussi aux infections par germes pyogènes et anaérobies.

- Le risque de tétanos est présent devant toute plaie chez les personnes non vaccinées. La prévention du Clostridium tetani doit être systématique après toute plaie pénétrante.

- Tous les mammifères domestiques ou sauvages peuvent transmettre la rage en particulier les chiens, les chats, les rongeurs, les bovins, les équins et autres. Le protocole de vaccination doit être entrepris le plus précocement possible.

Morsures animales et les infections

I. PRISE EN CHARGE DES PLAIES PAR MORSURE :
La gravité dépend de la profondeur, de l’étendue, du siège et du terrain. Les plaies à risque sont :

  • une plaie profonde,
  • un décollement sous-cutané et perte de substance,
  • les plaies punctiformes et profondes comme celles de morsures de chat ou de chauve-souris qui sont souvent sous estimées par le patient,
  • une plaie de la main ou du visage,
  • une plaie évoluant depuis plus de six heures sans traitement.

En 2017, la SFMU (10) et autres sociétés savantes ont publié un référentiel sur la prise en charge des plaies aiguës aux urgences.

1. Consultation médicale précoce :
À part les plaies graves et les saignements considérés comme prioritaires au triage à l’accueil des urgences, une prise en charge médicale dans les 24 heures est recommandée pour toutes plaies par morsure même apparemment minime.

2. Soins locaux :

  • Arrêter le saignement par une compression manuelle durant 10 à 15 min.
  • Nettoyage soigneux de la plaie à l’eau et au savon de Marseille ou au savon d’Alep. L’eau de robinet, contrairement au mythe très répandu, est aussi efficace que le sérum physiologique, disponible partout et moins cher (2)(9)(10).
  • Parage efficace, ablation des corps étrangers et des souillures,
  • Exploration précise de la plaie, surtout celle de la main, il peut y exister des lésions vasculaires, nerveuses, tendineuses ou osseuses.
  • Application d’un antiseptique virucide (BÉTADINE®, DAKIN®, AMUCHINA®),
  • L’application d’un pansement humide favorise la cicatrisation et empêche la formation des croutes, il est actuellement préférable aux pansements secs classiques.
  • Traitement de la douleur par antalgiques palier 1 ou 2 selon l’intensité (EVA).

3. Traitement chirurgical des plaies :
La suture cutanée s’adresse aux plaies qui ont franchi le derme. Suturer les plaies simples par morsure de mammifère est acceptable chez les patients immunocompétents après désinfection, débridement et antibiothérapie si nécessaire (2). Le mythe de ne pas suturer au delà de 24 heures n’est pas prouvé scientifiquement. Il n’existe pas de délai standardisé au-delà duquel une plaie simple ne peut être suturée (2)(10). Une évaluation chirurgicale spécialisée est nécessaire cas par cas.

La chirurgie en urgence doit être la plus précise et perfectionniste possible afin d’éviter les séquelles esthétiques. Le recours au drainage est fréquent (9). La règle est la suture en deux plans. Les seules localisations où la suture peut être faite en un seul plan de points séparés classiques sont le cuir chevelu, les paupières, les oreilles, le nez, les mains, les pieds et les organes génitaux (10). L’utilisation de colle est formellement contre indiquée sur ce type de plaie à haut potentiel septique (9)(10).

4. Antibiothérapie :
Les germes responsables des infections post-morsures appartiennent majoritairement à la flore buccale du mordeur. Le risque d’infection est en fonction de l’animal en cause, la profondeur et la taille de la plaie et en fonction du terrain (diabète, immunodéprimé).

  • Le traitement antibiotique n’est pas systématique d’emblée. Il est probabiliste en cas de signes infectieux patents ou présence de facteurs de risque (1)(3)(10). L’association Amoxicilline/Acide Clavulanique est le traitement de choix pour une durée de 7 jours. En cas d’infection patente, de morsure vue tardivement, l’antibiothérapie est prolongée de 10 à 15 jours.
  • En cas d’allergie aux Bêta-lactamines, la Doxycycline est prescrite. En cas de contre-indications aux cyclines (grossesse, enfant <8 ans) on peut prescrire la Pristinamycine, la Clindamycine ou le Cotrimoxazole. La Bartonella (maladie de griffes de chat) est sensible à l’Azithromycine et aux cyclines(1)(3)(10).

5. Prévention du tétanos et de la rage :

a) Vérifier le statut de vaccination et préconiser le vaccin antitétanique VAT avec ou sans l’immunothérapie SAT selon les cas. Voir notre article sur le tétanos.
b) Prophylaxie de la rage : voir paragraphe suivant.

II. LA RAGE :

1. Épidémiologie :
La rage n'est pas aussi rare que vous le pensez, il faut toujours la poser comme diagnostic différentiel devant une encéphalite.
Louis Pasteur a découvert le vaccin en1885 mais la rage reste encore une des priorités de l’organisation mondiale de la santé (OMS). La journée mondiale de la rage est célébrée tous les ans le 28 septembre.

Il ne faut pas sous-estimer la gravité de cette infection, d’après l’OMS elle est encore à l’origine d’environ 59.000 décès par an dans le monde, essentiellement en Afrique et en Asie, la moitié des cas sont des enfants (6).

Au USA, le nombre de morsures d’enfants dues à un chien et nécessitant des soins médicaux est estimé entre 30 et 50 pour 100.000 enfants de moins de 15 ans. Les morsures représenteraient, tout âge confondu, 1% des urgences chirurgicales et 5% des plaies (1). 5865 cas de rage confirmés en laboratoire chez des animaux ont été déclarés en 2013 aux CDC (Centers for Disease Control and Prevention). Toutefois, le nombre de cas chez l'homme est en moyenne deux à trois par an provoqués tous par les chauves-souris.

En France, d’après l’INVS (Institut de Veille Sanitaire), la rage est éradiquée depuis la fin du XXe siècle hormis des cas sporadiques importés, les chauves-souris restent le réservoir principal du virus. Sur les 21 cas humains recensés en France de 1970 à 2008, vingt ont été acquis chez des voyageurs (5)

En Suisse, 13.000 accidents par morsure de chien ont nécessité des soins médicaux (soit plus de 35 accidents par jour) selon une étude en 2001, l’incidence annuelle est estimée à 180 morsures pour 100.000 habitants (8).

Dans les pays du Maghreb, les cas de rage humaine déclarés sont 10 en Tunisie de 2011 à 2013, en moyenne 20 par an au Maroc (source OMS). La moyenne en Algérie est entre 15 à 20 cas de rage humaine et près de 120.000 personnes mordues par des animaux, sont enregistrés annuellement (d'après la direction de prévention en Algérie).

2. Manifestations cliniques :
La rage est une zoonose virale due à un lyssavirus auquel sont sensibles tous les mammifères. Elle est transmissible accidentellement à l’homme par la salive, généralement à la suite d’une morsure, d’une griffure ou d’un léchage sur plaie par un animal enragé. La contamination des muqueuses oculaires est aussi une voie d’infection.
Le virus est inactivé par la chaleur, la consommation de lait pasteurisé ou de la viande cuite d’un animal enragé ne comporte pas de risque. 

  • Reconnaitre un animal enragé est du ressort du vétérinaire lorsqu’il est vivant ou par les analyses biologiques du cerveau dans les laboratoires de référence. Les signes cliniques chez l’animal sont variables. Il peut s’agir d’une forme paralytique, une anorexie, une asthénie ou un changement du comportement comme une agressivité inhabituelle d’un animal domestique, une chauve-souris qui vole le jour ou un animal sauvage qui se rapproche des habitations.
  • Incubation : en moyenne 2 à 3 mois avec un intervalle entre 7 jours et 1 an.
  • Symptomatologie non pathognomonique : tableau d’encéphalomyélite avec une forme spastique avec agitation ou une forme paralytique qui évolue au coma et à la mort dans quelques jours. L’hydrophobie est le seul signe spécifique qui oriente vers le diagnostic.

3. Prévention :
Vaccin anti rabique C’est une maladie mortelle à 100% une fois déclarée, la prévention au contraire est très efficace.
- Capturer l’animal agresseur si possible et le mettre sous surveillance vétérinaire pendant 15 jours. S’il est mort une analyse biologique du cerveau sera faite dans un laboratoire de référence.
- Se présenter le plus tôt possible à un centre de vaccination antirabique. Un retard dans le démarrage de la prophylaxie ou une administration incomplète ou incorrecte de celle-ci peut entraîner la mort du patient

  • VACCINATION :  2 protocoles sont préconisés par l’OMS (6)(7)
    - Le protocole «Essen» : 5 injections en IM à J0, J3, J7, J14 et J28
    - Le protocole «2-1-1 ou de Zagreb» : 2 injections IM à J0 (une dans chaque deltoïde), puis une injection à J7 et J21.
    - La Haute Autorité de Santé (HAS) en France recommande, depuis septembre 2018, la vaccination des personnes exposées à la rage en prophylaxie post-exposition par les vaccins RABIPUR® et le VACCIN RABIQUE PASTEUR® : soit par voie intradermique hors-AMM, soit par voie intramusculaire (site has-santé.fr).
  • IMMUNOGLOBULINES ANTIRABIQUES :
    Soit d’origine équine : 40 UI/kg, soit d’origine humaine : 20 UI/kg.
    De préférence en même temps que la première injection de vaccin. Si possible, le maximum de la dose doit être infiltré au niveau des morsures, même si les plaies sont cicatrisées. Si cela n’est pas possible, le reste de la dose doit être injecté en IM dans un point éloigné du lieu d’injection du vaccin.
    Effet indésirable : risque d’allergie (Adrénaline et Corticoïdes à porté)

 Arrêter le traitement si l’animal est en bonne santé après 10 jours d’observation ou si, après euthanasie, la recherche de la rage par les techniques de laboratoire appropriées est négative.

  Nature du contact avec l’animal   Traitement
- Contact ou alimentation de l’animal
- Léchage sur peau intacte
 Aucun
2 - Peau découverte mordillée
- Griffures bénignes ou excoriations, sans saignement
- Léchage sur peau érodée
 Vaccination immediate
3 - Morsure(s) ou griffure(s) ayant traversé la peau
- Contamination des muqueuses par la salive
 Vaccin et immunothérapie

Références bibliographiques :

1. B. QUINET, E. GRIMPREL : Antibioprophylaxie des morsures chez l’enfant. Archives de Pédiatrie 2013; 20: S86-S89
2. BENOIT HENRY et col. : Mythes et traditions des urgences chirurgicales cutanées. Rev Med Suisse 2017 ; 13 : 1381-4
3. CMIT (Collège des universitaires de Maladies Infectieuses et Tropicales) : Infections par inoculation, morsures (hors rage et envenimations) in ePILLY trop 2016 - Maladies infectieuses tropicales, 364-367. Éditions Alinéa Plus
4. LAURENT DACHEUX, HERVÉ BOURHY : Le diagnostic de la rage. Revue Francophone Des Laboratoires - Mars 2011 - N°430, 33-40
5. NOÉMIE BOILLAT et col. : Morsures d’animaux et risque Infectieux. Rev Med Suisse 2008; 4 : 2149-55
6. OMS : Organisation Mondiale de la Santé, site web who.int / rage
7. OMS : Position actualisée de l’OMS concernant les vaccins antirabiques, Genève (Suisse). Relevé épidémiologique hebdomadaire REH 6 août 2010, vol. 85, 32, 309-320
8. PHILIPPE BOCION : Morsures de chien en Suisse : mise au point. Rev Med Suisse 2010; volume 6.1736-1736
9. S. Touzet-Roumazeille et col.: Prise en charge chirurgicale des morsures animales chez l’enfant. Annales de chirurgie plastique esthétique (2016). Elsevier, Doi :10.1016/j.anplas.2016.06.013
10. SFMU, SFFPC, SOFCPRE, SPILF, GFRUP : Plaies aiguës en structure d’urgence, Référentiel de bonnes pratiques. Société française de médecine d’urgence 2017, (voir lien sur notre site)

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