La bandelette urinaire (BU) ou "urine dipstick" :
C'est un outil de travail indispensable en médecine de premier recours. Un test très simple et peu couteux qui peut être fait à domicile ou au cabinet et qui apporte des informations très utiles. Plusieurs marques sont disponibles tel que LABSTIX® ou MULTISTIX®.
L’infection urinaire représente l’une des causes les plus fréquentes de consultation en médecine générale. La stratégie diagnostique vise à confirmer l’infection tout en limitant l’antibiothérapie injustifiée.
La BU est recommandée comme test de dépistage dans certaines situations cliniques bien définies par les sociétés savantes [1–3]. Son interprétation doit être intégrée au contexte clinique et à la probabilité pré-test.
Bases physiopathologiques
Nitrites
Les nitrites urinaires résultent de la réduction des nitrates alimentaires par certaines bactéries uropathogènes (principalement les entérobactéries telles que Escherichia coli) via une nitrate réductase bactérienne. Les autres microorganismes impliqués ne produisent pas de nitrites (staphylocoques, pyocyaniques, streptocoques B, acinetobacter ou mycoses).
La spécificité du test est élevée. Le seuil de détection des nitrites est de 0,3 mg/L.Toutefois, sa sensibilité est limitée par:
- l’absence d’activité nitrate réductase (ex. Enterococcus spp.)
- un temps de stase vésicale insuffisant
- une faible densité bactérienne
- un régime pauvre en nitrates (allaitement exclusif chez le nourrisson)
- ou un PH urinaire acide.
Ainsi, un test positif est fortement évocateur d’infection, mais un test négatif ne permet pas d’exclure formellement une IU [4].
Leucocyte estérase (leucocyturie)
La leucocyte estérase détecte une enzyme produite par les polynucléaires neutrophiles. Elle reflète une réaction inflammatoire de la muqueuse urinaire. Le seuil de sensibilité est 10.000 leucocytes/mL (ou 10 leucocytes/mm3)
La sensibilité du test est généralement supérieure à celle des nitrites, mais sa spécificité est moindre, notamment chez la femme en raison des risques de contamination vulvo-vaginale [4,5].
La leucocyturie n’est pas spécifique d’une infection bactérienne et peut être observée dans d’autres situations inflammatoires. On peut observer une leucocyturie dans un contexte de tuberculose, d’infection urétrale (gonocoque, Chlamydia) ou de néphrite interstitielle.
Performances diagnostiques globales
L’association des nitrites et de la leucocyte estérase améliore la performance diagnostique.
- La positivité conjointe augmente fortement la probabilité d’infection urinaire.
- La négativité simultanée confère une bonne valeur prédictive négative chez les patients à faible risque.
Toutefois, les performances varient significativement selon le sexe, l’âge et le terrain clinique.
Respecter la bonne technique :
- Les bandelettes doivent être conservées à l’abri de l’humidité et dans une température ambiante inférieure à 30° C.
- Les urines doivent être fraichement émises par le patient.
- Les urines doivent séjourner dans la vessie au moins 3 heures pour que les bactéries transforment les nitrates en nitrites. Ne pas prélever de la de poche à urines pour les nourrissons ni de la sonde urinaire directement, on doit privilégier le prélèvement au jet, cathétérisme urétral voire ponction sus pubienne.
- Le temps de lecture des résultats est de 2 minutes pour les leucocytes et d’une minute pour les nitrites, le pH, les protéines, le glucose, les corps cétoniques, l’urobilinogène, la bilirubine et le sang.
Recommandations d’utilisation selon le sexe et l’âge
Tableau : Synthèse des recommandations
| Population | Recommandations concernant la bandelette urinaire |
| Femme adulte (cystite aiguë simple) | BU recommandée en cas de doute diagnostique. Si nitrites – et leucocytes – → IU peu probable. Si BU positive → traitement probabiliste possible selon clinique. ECBU non systématique si forme typique non compliquée. ECBU indiqué si facteurs de risque ou échec thérapeutique. |
| Homme adulte | Toute IU masculine est considérée comme compliquée. BU possible en première intention. ECBU systématique en cas de suspicion clinique, quel que soit le résultat de la BU. |
| Enfant ≥ 3 mois | BU recommandée en première intention. Si nitrites + → forte probabilité d’IU → ECBU et traitement probabiliste. Si leucocytes + seuls → ECBU avant traitement sauf contexte sévère. BU négative chez enfant stable → IU peu probable. |
| Nourrisson < 3 mois | BU seule insuffisante pour exclure une IU. Toute suspicion clinique → ECBU systématique (prélèvement adapté). Prise en charge spécialisée fréquente. |
Limites de la bandelette urinaire
- Test semi-quantitatif.
- Sensibilité insuffisante pour exclure une IU dans certaines populations (homme, nourrisson).
- Ne permet ni identification bactérienne ni antibiogramme.
- Influence des conditions de prélèvement et de conservation.
L’ECBU demeure l’examen de référence pour la confirmation diagnostique [1,2].
Discussion
La BU est un outil pertinent lorsqu’elle est utilisée conformément aux recommandations. Son intérêt principal réside dans sa valeur prédictive négative élevée chez la femme adulte présentant une cystite simple.
En revanche, chez l’homme et le nourrisson, la stratégie diagnostique doit rester plus prudente, avec un recours systématique à l’ECBU.
Une utilisation raisonnée de la BU contribue à optimiser la prescription antibiotique et à limiter l’émergence de résistances bactériennes.
Conclusion
La bandelette urinaire est un test de dépistage simple et accessible, dont l’interprétation doit être contextualisée.
Son utilité est maximale chez la femme adulte présentant une cystite simple. Elle ne saurait se substituer à l’ECBU dans les formes compliquées, chez l’homme ou chez le nourrisson.
L’application rigoureuse des recommandations des sociétés savantes permet d’améliorer la pertinence diagnostique et la qualité des soins.
Bibliographie
- Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF). Infections urinaires communautaires de l’adulte : recommandations actualisées. Paris: SPILF; 2018 (mise à jour 2021).
- Association Française d’Urologie (AFU). Recommandations françaises sur les infections urinaires. Prog Urol. 2018;28(Suppl 1):S1-S108.
- National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Urinary tract infection in under 16s: diagnosis and management. NICE guideline NG224. London: NICE; 2022.
- Devillé WL, Yzermans JC, van Duijn NP, et al. The urine dipstick test useful to rule out infections. A meta-analysis. BMC Urol. 2004;4:4.
- Hurlbut TA, Littenberg B. The diagnostic accuracy of rapid dipstick tests to predict urinary tract infection. Am J Clin Pathol. 1991;96(5):582-588.
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