Classification de l'insuffisance rénale chroniqueL'insuffisance rénale aiguë (IRA) est définie par une baisse brutale et rapide de la filtration glomérulaire, découverte par une élévation récente de la créatininémie.

Elle entraine des troubles de l'équilibre électrolytique, acido-basique et hydrique pouvant mettre en jeu le pronostic vital à court terme.

Elle peut être oligurique ou à diurèse conservée. Elle est souvent réversible lorsque le traitement est précoce.

La créatininémie ne reflète pas exactement la fonction rénale et le Débit de Filtration Glomérulaire (DFG) puisqu’elle est variable avec l'âge, le sexe, la masse musculaire, l'alimentation, les médicaments et l'état d'hydratation. Elle peut être normale alors la DFG est dégradée.

Créatininémie normale :
Homme : 80 à 115 µmol/L (9 à 13 mg/L) - Femme : 50 à 90 µmol/L (7 à 10 mg/L)

Les formules d'estimation du DFG les plus courantes dans l’IRC sont celles de Cockcroft et Gault, MDRD et CKD-EPI qu’on peut les calculer sur des sites internet. Ces formules ne sont pas utilisables chez l’enfant et en cas d’insuffisance rénale aiguë.

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Insuffisance rénale aigue diagnostic et traitement

1. Diagnostic de l’insuffisance rénale aiguë

Diagnostic biologique

Dans le cadre d’IRA, la meilleure évaluation du DFG est faite par la formule : [UV/P créatinine] en ml/min, avec un recueil des urines d'au moins 1 heure.

  • U : créatinine urinaire en mmol/L,
  • V : volume urinaire en ml rapporté au temps,
  • P : créatinine plasmatique en mmol/L,

Critères diagnostiques KDIGO de l’IRA (2012), une IRA est diagnostiquée si au moins un des critères suivants est présent :

  • 1️⃣ Augmentation de la créatinine sérique ≥ 0,3 mg/dL (≈ 26,5 µmol/L) en 48 h
  • 2️⃣ Augmentation de la créatinine ≥ 1,5 fois la valeur de base dans les 7 jours
  • 3️⃣ Diurèse < 0,5 mL/kg/h pendant au moins 6 heures

La créatinine est le marqueur le plus utilisé pour évaluer la fonction rénale. L’urée sanguine peut également être élevée, mais elle est moins spécifique car influencée par l’état d’hydratation et le catabolisme.

Le bilan biologique initial comprend : urée et créatinine, ionogramme sanguin, kaliémie, gaz du sang, bilan phosphocalcique, bandelette urinaire (hématurie, albuminurie)

    Ce bilan permet d’identifier les complications métaboliques potentiellement graves.

    Évaluation clinique

    L’examen clinique doit apprécier : l’état d’hydratation, la pression artérielle, la diurèse, la présence d’œdèmes, les signes de surcharge pulmonaire

      L’oligurie (< 500 mL/24 h) ou l’anurie (< 100 mL/24 h) constituent des éléments d’orientation importants mais ne sont pas constants.

      Imagerie

      L’échographie rénale et vésicale est un examen clé réalisé précocement. Elle permet de :

      • rechercher une dilatation des cavités pyélocalicielles
      • évaluer la taille des reins
      • rechercher un globe vésical

      Elle est particulièrement utile pour diagnostiquer une IRA obstructive.

      2. IRA fonctionnelle (pré-rénale)

      Physiopathologie

      L’IRA fonctionnelle résulte d’une diminution de la perfusion rénale sans lésion du parenchyme rénalElle représente l’une des causes les plus fréquentes d’IRA aux urgences.

      Diagnostic

      Le diagnostic repose sur l’association de :

      • Contexte clinique : déshydratation (vomissements, diarrhées, fièvre), hémorragie, choc septique, insuffisance cardiaque aiguë, cirrhose avec syndrome hépatorénal, prise de médicaments altérant l’hémodynamique rénale (AINS, IEC, ARA2)
      • Examen clinique : hypotension, tachycardie, signes de déshydratation, pli cutané, muqueuses sèches
      • Biologie : élévation de l’urée et de la créatinine, natriurèse basse (< 20 mmol/L), fraction d’excrétion du sodium basse

      L’absence d’anomalies significatives au sédiment urinaire renforce l’hypothèse fonctionnelle.

      Conduite à tenir

      La prise en charge repose sur la correction rapide de l’hypoperfusion rénaleLes mesures comprennent :

      1. Remplissage vasculaire
      2. Administration de sérum physiologique ou de cristalloïdes en cas d’hypovolémie.
      3. Traitement de la cause
        • traitement du sepsis
        • contrôle de l’hémorragie
        • prise en charge de l’insuffisance cardiaque
      4. Arrêt des médicaments néphrotoxiques
        • AINS
        • inhibiteurs du système rénine-angiotensine
        • diurétiques si hypovolémie

      La récupération de la fonction rénale est généralement rapide après correction de la cause.

      3. IRA organique (intrinsèque)

      Physiopathologie : 

      l’IRA organique correspond à une atteinte structurelle du parenchyme rénalLa cause la plus fréquente est la nécrose tubulaire aiguë, souvent secondaire à une hypoperfusion prolongée ou à des toxiques.

      Causes principales : 

      Les principales étiologies incluent :

        • nécrose tubulaire aiguë ischémique
        • néphrotoxicité médicamenteuse (aminosides, produits de contraste iodés)
        • néphrites interstitielles aiguës
        • glomérulonéphrites aiguës
        • microangiopathies thrombotique

      Diagnostic : 

      Souvent précédé par :

      • choc prolongé
      • sepsis sévère
      • exposition à des toxiques rénaux
      • maladie systémique

      Biologie : 

      on observe généralement :

      • élévation progressive de la créatinine
      • natriurèse élevée (> 40 mmol/L)
      • fraction d’excrétion du sodium élevée

      Le sédiment urinaire peut montrer : cylindres granuleux, hématurie, protéinurie

      Tableau comparatif : IRA fonctionnelle vs Nécrose Tubulaire Aiguë (IRA organique)

      Critères biologiques IRA fonctionnelle (pré-rénale) Nécrose tubulaire aiguë (NTA)
      Mécanisme Hypoperfusion rénale sans lésion tubulaire Lésion tubulaire rénale
      Diurèse Oligurie fréquente Oligurie fréquente mais variable
      Na urinaire < 20 mmol/L > 40 mmol/L
      Fraction excrétée du sodium (FeNa) < 1 % > 2 %
      Osmolarité urinaire > 500 mOsm/kg < 350 mOsm/kg
      Rapport urée/plasma (>10 mmol/L environ) modérément
      Rapport urée/créatinine sanguine > 100 (ou > 20 en mg/dL) normal ou légèrement
      Sédiment urinaire normal ou cylindres hyalins cylindres granuleux "muddy brown"
      Réversibilité rapide après remplissage récupération lente (jours à semaines)

        Conduite à tenir : 

        la prise en charge repose sur des mesures de support et le traitement étiologique.

        Les principes incluent :

        1. Arrêt des agents néphrotoxiques
        2. Optimisation de l’hémodynamique
        3. Maintien d’une pression de perfusion rénale adéquate.
        4. Surveillance des complications métaboliques
          • hyperkaliémie
          • acidose métabolique
          • surcharge hydrosodée
        5. Adaptation des posologies médicamenteuses
        6. en fonction de la fonction rénale.
        7. Recours à l’épuration extra-rénale
        8. en cas de complications menaçantes.

        4. IRA obstructive (post-rénale)

        Physiopathologie : 

        L’IRA obstructive résulte d’un obstacle sur les voies urinaires entraînant une élévation de la pression intratubulaire et une diminution de la filtration glomérulaireElle est potentiellement rapidement réversible si l’obstacle est levé précocement.

        Causes fréquentes :

        Chez l’adulte :

        • hypertrophie bénigne de la prostate
        • cancer de la prostate
        • calcul urinaire
        • tumeur pelvienne
        • compression extrinsèque

        Diagnostic :

        Clinique : Les éléments évocateurs sont 

        • anurie brutale
        • douleurs lombaires
        • globe vésical
        • difficultés mictionnelles

        Imagerie

        L’échographie rénale et vésicale met en évidence :

        • une dilatation des cavités pyélocalicielles
        • une rétention vésicale

        Conduite à tenir

        La prise en charge repose sur la levée urgente de l’obstacleLes mesures incluent :

        1. Sondage vésical
        2. En cas de rétention aiguë d’urine.
        3. Drainage des voies urinaires supérieures
          • pose de sonde urétérale
          • néphrostomie percutanée
        4. Traitement étiologique
          • extraction d’un calcul
          • prise en charge urologique d’une hypertrophie prostatique
          • traitement d’une tumeur compressive

        La récupération rénale dépend essentiellement de la durée de l’obstruction.

        5. Indications de dialyse en urgence

        Certaines situations nécessitent un recours à l’épuration extra-rénale. Les principales indications sont :

        • hyperkaliémie sévère réfractaire
        • acidose métabolique sévère
        • œdème pulmonaire aigu résistant au traitement
        • syndrome urémique sévère
        • anurie prolongée

        Conclusion

        L’insuffisance rénale aiguë est une urgence diagnostique et thérapeutique fréquente en pratique hospitalière.

        La démarche diagnostique doit être rapide et systématique afin de distinguer les trois grands mécanismes : fonctionnel, organique et obstructif.

        L’identification précoce des causes réversibles et la correction rapide des troubles métaboliques conditionnent le pronostic rénal et vital du patient.

        pdf25 Lisez cet article en PDF  « l’insuffisance rénale aigue »

        chapitre 29 du livre Mémento médicaments de l’urgence, édition 2022

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