La Natrémie normale est comprise le plus souvent entre 138 et 146 mmol/L. L’hyponatrémie est définie par une natrémie inférieure à 135 mmol/L. En pratiqueon y tient compte lorsqu’elle inférieure à 130 mmol/L et considérée comme profonde au-dessous de 120 mmol/L.

Le traitement en urgence est nécessaire seulement dans les formes aigues sévères ou chroniques symptomatiques et devrait être toujours progressif.

Les hyponatrémies, dans la grande majorité des cas asymptomatiques, sont découvertes habituellement de manière fortuite, à l’occasion d’un bilan systématique lors d’une consultation ou d’une hospitalisation.

1. Introduction

L’Hyponatrémie est un trouble électrolytique fréquent dont la prévalence peut atteindre 15 à 30 % chez les patients hospitalisés. Elle est associée à une augmentation significative de la morbidité, de la durée d’hospitalisation et de la mortalité.

Sur le plan physiopathologique, l’hyponatrémie reflète généralement un déséquilibre entre l’apport et l’excrétion d’eau libre, plutôt qu’un déficit absolu en sodium. La régulation de l’homéostasie hydrique dépend principalement de l’hormone antidiurétique (ADH), du mécanisme de la soif et de la capacité rénale de dilution des urines.

Les recommandations récentes des sociétés européennes d’endocrinologie, de néphrologie et de médecine intensive proposent une approche diagnostique structurée permettant d’identifier rapidement les différentes étiologies et d’optimiser la prise en charge thérapeutique.

2. Définition et classification

2.1 Définition

L’hyponatrémie est définie par une concentration sérique de sodium <135 mmol/L. Elle peut être classée selon plusieurs critères : sévérité, durée d’évolution et osmolalité plasmatique.

2.2 Classification selon la sévérité

Degré Natrémie (mmol/L) Signification clinique
 Légère 130–134 généralement asymptomatique
 Modérée 125–129 symptômes modérés possibles
Sévère (profonde) <125 risque neurologique élevé

2.3 Classification selon la durée

Type  Durée  Importance clinique
Aiguë  <48 h  risque élevé d’œdème cérébral
Chronique  ≥48 h  adaptation cérébrale, risque de démyélinisation si correction rapide

2.4 Classification selon l’osmolalité plasmatique

Calcul de l’osmolalité plasmatique (Formule simplifiée)

Osmolaliteˊ plasmatique = 2 × Na+ + (Glucose + Urée). Toutes les valeurs sont en mmol/L.

Valeur normale = 275 – 295 mOsm/kg

Type Osmolalité plasmatique Mécanisme
 Hyponatrémie hypo-osmolaire  <275 mOsm/kg excès d’eau libre
 Hyponatrémie iso-osmolaire  275–295 mOsm/kg pseudo-hyponatrémie
 Hyponatrémie hyperosmolaire  >295 mOsm/kg osmoles efficaces

3. Physiopathologie

La natrémie dépend du rapport entre sodium total et eau corporelle totale. Trois mécanismes principaux peuvent conduire à une hyponatrémie :

3.1 Rétention d’eau libre

Le mécanisme physiopathologique le plus fréquent est la sécrétion excessive d’ADH, conduisant à une réabsorption accrue d’eau au niveau du tube collecteur rénal. Ce mécanisme est central dans le Syndrome de sécrétion inappropriée d'hormone antidiurétique.

3.2 Diminution du volume circulant efficace

Une diminution du volume circulant stimule la sécrétion d’ADH et le système rénine-angiotensine-aldostérone, entraînant une rétention hydrique disproportionnée. Ce mécanisme est observé notamment dans :

  • Insuffisance cardiaque
  • Cirrhose
  • Syndrome néphrotique

3.3 Apport hydrique excessif

Une ingestion excessive d’eau dépassant la capacité maximale d’excrétion rénale peut provoquer une hyponatrémie. Cela peut être observé dans :

  • polydipsie primaire : soif excessive, intense et permanente, entraînant une consommation de liquides très abondante
  • potomanie (consommation excessive de bière).

4. Diagnostic étiologique

L’évaluation diagnostique de l’hyponatrémie repose sur une démarche systématique incluant l’osmolalité plasmatique, l’osmolalité urinaire et la concentration urinaire en sodium.

4.1 Principales étiologies selon l’osmolalité plasmatique

Type d’hyponatrémie Étiologies principales Mécanisme
 Hyperosmolaire hyperglycémie sévère, mannitol déplacement d’eau intracellulaire
 Iso-osmolaire hyperlipidémie, hyperprotéinémie pseudo-hyponatrémie
 Hypo-osmolaire pertes sodées, SIADH, hypervolémie excès d’eau libre

4.2 Diagnostic différentiel de l’hyponatrémie hypo-osmolaire

Statut volémique Sodium urinaire Principales étiologies
 Hypovolémie <30 mmol/L pertes digestives (vomissements, diarrhées), brûlures
 Hypovolémie >30 mmol/L diurétiques, insuffisance surrénalienne
 Euvolémie >30 mmol/L SIADH, hypothyroïdie, insuffisance surrénalienne
 Hypervolémie <30 mmol/L insuffisance cardiaque, cirrhose, syndrome néphrotique

4.3 Diagnostic différentiel selon l’osmolalité urinaire

 Osmolalité urinaire Interprétation Causes
 <100 mOsm/kg suppression de l’ADH polydipsie primaire, potomanie
 >100 mOsm/kg ADH active SIADH, hypovolémie, hypervolémie

5. Prise en charge thérapeutique

Le traitement dépend : de la gravité clinique, de la rapidité d’installation, de l’étiologie.

    5.1 Hyponatrémie symptomatique sévère

    Les manifestations neurologiques graves comprennent : convulsions, coma, détresse neurologique.

      Le traitement repose sur l’administration de solution saline hypertonique à 3 %.

      MODE DE DILUTION POUR PRÉPARER NaCl 3% (3 g/100 ml)

      - Chlorure de sodium Ampoules à 20% (2 g/10 ml)
      - NaCl Flacon 500 ml à 0,9% (154 mmol/L)
      - Retirer 100 mL de la poche de NaCl 0,9 %
      - Ajouter 5 ampoules de NaCl 20 % (10 mL chacune).
      ➡️ On obtient environ NaCl 3 %.

      Mesure thérapeutique Recommandation
      Bolus initial 150 mL NaCl 3 %
      Objectif initial augmentation de 4–6 mmol/L
      Surveillance natrémie toutes les 2–4 h

      5.2 Limites de correction

      Afin de prévenir le Syndrome de démyélinisation osmotique :

      Intervalle Correction maximale
       premières 24 h ≤10 mmol/L
       48 h ≤18 mmol/L

      5.3 Traitement selon l’étiologie

      Type d’hyponatrémie Traitement principal
      Hypovolémique perfusion NaCl 0,9 %, arrêt des diurétiques
      Euvolémique (SIADH) restriction hydrique, urée orale, antagonistes V2*
      Hypervolémique restriction hydrique, diurétiques de l’anse, traitement de la cause

      (*) Antagonistes du récepteur V2 de la vasopressine (vaptans), principalement le tolvaptan (Samsca) et le conivaptan. Ils augmentent la natrémie en favorisant l'excrétion d'eau libre sans perte d'électrolytes.

      Tableau : étiologies du SIADH

      Catégorie étiologique Causes principales
      Causes neurologiques AVC, hémorragie cérébrale, traumatisme crânien, méningite, encéphalite, tumeurs cérébrales, chirurgie cérébrale
      Causes pulmonaires pneumonie, tuberculose pulmonaire, abcès pulmonaire, ventilation mécanique, asthme sévère
      Causes néoplasiques Cancer du poumon à petites cellules, cancers pancréatiques, cancers digestifs, lymphomes, cancers prostatiques
      Causes médicamenteuses ISRS (fluoxétine, sertraline), carbamazépine, oxcarbazépine, cyclophosphamide, vincristine, opioïdes, antipsychotiques
      Causes endocriniennes (diagnostic différentiel) Hypothyroïdie, Insuffisance surrénalienne
      Causes postopératoires chirurgie majeure, surtout neurochirurgie et chirurgie thoracique
      Causes diverses douleur intense, nausées sévères, stress aigu, infection sévère, VIH
      Formes idiopathiques surtout chez le sujet âgé

      6. Complications

      • Complications de l’hyponatrémie : œdème cérébral, convulsions, coma.
      • Complications du traitement : la correction trop rapide peut entraîner un Syndrome de démyélinisation osmotique, caractérisé par une atteinte neurologique sévère due à une démyélinisation du pont.

      Conclusion

      L’Hyponatrémie constitue une pathologie fréquente et potentiellement grave nécessitant une approche diagnostique rigoureuse. L’évaluation systématique de l’osmolalité plasmatique, de l’osmolalité urinaire et du sodium urinaire permet d’identifier l’étiologie et de guider la prise en charge thérapeutique. Les recommandations actuelles soulignent l’importance d’une correction prudente de la natrémie afin de prévenir les complications neurologiques graves.

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      Bibliographie 

      1. Spasovski G, Vanholder R, Allolio B, Annane D, Ball S, Bichet D, et al. Clinical practice guideline on diagnosis and treatment of hyponatraemia. Eur J Endocrinol. 2014;170(3):G1-G47.
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      3. European Society of Endocrinology. Guidelines for the diagnosis and management of hyponatremia.
      4. Garrahy A, Thompson CJ. Hyponatraemia: epidemiology, pathophysiology and management. Endocrinol Metab Clin North Am.
      5. Grupo Acqua SEEN. Consensus document on the management of hyponatraemia. Endocrinol Diabetes Nutr. 2023.

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