Les services d’urgence constituent le point d’entrée hospitalier pour les patients présentant des pathologies aiguës, dont certaines mettent immédiatement en jeu le pronostic vital. La prise en charge de ces situations requiert des compétences spécifiques, une organisation rigoureuse et des infrastructures adaptées.
La salle de déchocage ou salle de réanimation d’urgence représente le cœur de cette prise en charge initiale. Elle est dédiée à l’évaluation rapide, au traitement immédiat et à la stabilisation des patients en détresse vitale avant leur orientation vers une unité spécialisée. La structuration de ces espaces a fait l’objet de nombreuses recommandations internationales visant à standardiser les pratiques et à améliorer les résultats cliniques.

Salle de déchocage ou resuscitation room, urgences médicales

1. Définitions et terminologie

La salle de déchocage, ou salle d’accueil des urgences vitales (SAUV), est définie comme une zone fonctionnelle du service d’urgence destinée à l’accueil et à la prise en charge immédiate des patients présentant une ou plusieurs défaillances vitales, avérées ou potentielles.

Dans la littérature anglo-saxonne, le terme de “resuscitation room” ou “resuscitation bay” est utilisé pour décrire un espace équivalent, équipé pour la réanimation cardiopulmonaire avancée, la gestion des voies aériennes, le support hémodynamique et la réalisation de gestes invasifs urgents.

La salle de déchocage ne constitue pas une unité de réanimation au sens hospitalier strict, mais un espace de réanimation initiale et de stabilisation, intégré au service d’urgence.

2. Évolution historique

Le concept de salle dédiée à la réanimation d’urgence s’est développé parallèlement à l’émergence de la médecine d’urgence comme spécialité médicale au cours de la seconde moitié du XXᵉ siècle.
Les avancées majeures incluent :

  • la formalisation des soins de réanimation cardiopulmonaire ;
  • le développement des systèmes de soins préhospitaliers ;
  • l’apparition de recommandations internationales structurées, notamment en matière de réanimation et de traumatologie.

Les sociétés savantes internationales ont largement contribué à la standardisation des pratiques de prise en charge des urgences vitales, influençant directement l’organisation des salles de déchocage.

3. Rôle de la salle de déchocage dans un service d’urgence

La salle de déchocage assure plusieurs fonctions essentielles :

3.1 Accueil des urgences vitales

Elle permet la réception immédiate des patients présentant des situations critiques : arrêt cardiorespiratoire, choc, détresse respiratoire aiguë, polytraumatisme, troubles neurologiques graves ou intoxications sévères.

3.2 Évaluation et stabilisation

Une évaluation clinique rapide et structurée, reposant sur des approches standardisées (ABCDE), est réalisée afin d’identifier et de traiter les défaillances vitales prioritaires.

3.3 Réanimation initiale

La salle de déchocage permet la mise en œuvre des techniques de réanimation avancée : intubation trachéale, ventilation mécanique, défibrillation, remplissage vasculaire, administration de drogues vasoactives.

3.4 Coordination pluridisciplinaire

Elle constitue un lieu de coordination entre urgentistes, anesthésistes-réanimateurs, chirurgiens, radiologues et équipes paramédicales, facilitant l’orientation rapide vers les filières de soins adaptées.

4. Organisation architecturale et fonctionnelle

4.1 Localisation

La salle de déchocage doit être située à proximité immédiate de l’entrée des ambulances et de la zone de tri, afin de réduire les délais de prise en charge. Elle doit également permettre un accès rapide aux plateaux techniques (imagerie, bloc opératoire).

4.2 Dimensionnement

Les recommandations internationales préconisent :

  • un espace suffisant pour permettre l’accès à 360° autour du patient ;
  • une surface minimale d’environ 25 à 35 m² par poste de réanimation ;
  • une ergonomie facilitant la circulation simultanée de plusieurs intervenants.
  • Au minimum 2 lits de réanimation mais ce nombre est variable selon l'activité du service d'urgence. Généralement 4 lits si le nombre dépasse 90 000 consultants/an.

4.3 Personnel idéal en salle de déchocage

Principes organisationnels

Les recommandations internationales insistent sur :

  • une équipe dédiée, formée à la réanimation,
  • une disponibilité immédiate 24 h/24,
  • une organisation en équipe leader + équipe opérationnelle.

4.2 Effectif médical recommandé (par patient critique)

Médecins
  • 1 médecin senior (urgentiste ou anesthésiste-réanimateur) → chef d’équipe
  • 1 médecin supplémentaire (urgentiste, interne ou résident) → procédures et soutien

👉 Minimum : 2 médecins par patient en déchocage

Dans les centres à forte activité : 1 médecin coordinateur ou référent trauma/réanimation.

    Effectif paramédical recommandé (par patient critique)

    Fonction Nombre recommandé
    Infirmier(ère) de réanimation 2
    Aide-soignant(e) 1
    Infirmier Anesthésiste (si disponible) 1 (idéal)

    👉 Minimum paramédical3 professionnels paramédicaux par patient critique

    4.4 Fonctionnement

    La salle doit être disponible 24 h/24, rapidement mobilisable, et remise en état immédiatement après chaque utilisation selon des procédures standardisées.

    5. Équipements requis

    5.1 Monitorage et support vital

    • monitorage multiparamétrique continu (ECG, SpO₂, pression artérielle, capnographie) ;
    • accès aux gaz médicaux (oxygène, air, aspiration).

    5.2 Gestion des voies aériennes

    • matériel d’intubation conventionnel et alternatif ;
    • dispositifs de ventilation manuelle et mécanique (respirateurs).

    5.3 Réanimation circulatoire

    • défibrillateur avec monitorage ;
    • pousse-seringues électriques et pompes à perfusion ;
    • dispositifs de perfusion rapide.

    5.4 Imagerie et gestes complémentaires

    • échographie d’urgence à proximité ;
    • accès rapide à l’imagerie conventionnelle ;
    • éclairage adapté aux gestes invasifs.

    5.5 Hygiène et sécurité

    • points d’hygiène des mains ;
    • équipements de protection individuelle ;
    • conformité aux normes de sécurité électrique et infectieuse.

    6. Normes et recommandations internationales

    Les principales recommandations reposent sur :

    • les lignes directrices de l’ILCOR et des conseils de réanimation régionaux (ERC, AHA) ;
    • les recommandations européennes et nationales sur l’organisation des services d’urgence ;
    • les standards architecturaux internationaux pour les établissements de santé.

    Ces recommandations insistent sur :

    • la disponibilité permanente des ressources humaines et matérielles ;
    • la formation continue des équipes ;
    • l’évaluation régulière des pratiques et des performances.

    Conclusion

    La salle de déchocage est un élément central de l’organisation des services d’urgence. Son efficacité repose sur une conception architecturale adaptée, un équipement conforme aux standards internationaux et une équipe formée aux situations critiques. L’harmonisation des pratiques selon les recommandations internationales constitue un enjeu majeur pour améliorer la prise en charge des urgences vitales et le pronostic des patients. 

    Références :

    1. American College of Emergency Physicians. Emergency Department Design Guidelines. Lien PDF
    2. SFAR, SRLF, SFMU. Recommandations concernant la mise en place et l’utilisation des SAUV. Lien PDF
    3. International Health Facility Guidelines. Emergency and Resuscitation Room Standards. Lien site

    ©2026 - efurgences.net