Les musulmans jeûnent pendant le mois de Ramadan (ramadan fasting) durant 29 ou 30 jours. Ce mois varie d’une année à l’autre en fonction du calendrier lunaire. La durée d’abstention de manger et de boire s’étale de l’aube au coucher du soleil, elle est plus ou moins longue selon les saisons et selon les pays (en moyenne 12 à 17 heures/jour). Le début du Ramadan annonce un changement soudain des heures de repas et des habitudes de sommeil.

Il faut distinguer le "jeûne religieux" (carême, ramadan) du jeûne dit "thérapeutique" préconisé par certains (l’américain Shelton, l'allemand Otto Buchinger et partisans) qui ne dure que quelques jours avec boissons autorisés. La grève de faim est une situation particulière de conséquences physiopathologiques complètement différentes.

Le jeûne du Ramadan, caractérisé par une abstinence diurne de nourriture, de boisson et de prise médicamenteuse, est observé chaque année par plus de 1,6 milliard de musulmans dans le monde [1]. Bien qu’il s’agisse d’une pratique religieuse, il constitue un modèle spécifique de jeûne intermittent diurne susceptible d’entraîner des adaptations métaboliques aux effets variables selon le terrain.

Le jeûne du Ramadan constitue une obligation religieuse pour tout musulman adulte en bonne santé. Toutefois, de nombreux patients atteints de maladies chroniques choisissent de jeûner malgré les exemptions prévues par la jurisprudence islamique [2]. Les modifications des rythmes alimentaires, de l’hydratation et du sommeil induisent des adaptations physiologiques comparables à celles observées dans les protocoles de restriction temporelle alimentaire [3].

2. Effets métaboliques et anthropométriques

2.1. Composition corporelle

Plusieurs études observationnelles et méta-analyses ont montré une diminution modeste mais significative du poids corporel, de l’indice de masse corporelle (IMC) et de la masse grasse au cours du Ramadan, en particulier chez les sujets en surpoids ou obèses [3,4]. Ces modifications sont attribuées à l’allongement de la période de jeûne quotidien et à une réduction globale de l’apport calorique.

2.2. Profil lipidique

Le jeûne du Ramadan est fréquemment associé à une amélioration du profil lipidique, caractérisée par une augmentation du cholestérol HDL et une diminution du cholestérol total et du LDL-cholestérol [4,5]. Néanmoins, ces effets restent hétérogènes et fortement dépendants des habitudes alimentaires nocturnes et du contexte socioculturel.

2.3. Métabolisme glucidique

Chez les sujets sains, la majorité des études ne montre pas d’altération significative de la glycémie à jeun au cours du Ramadan [3]. Certaines données suggèrent une amélioration transitoire de la sensibilité à l’insuline, bien que les résultats restent variables.

Les études montrent une élévation significative de la glycémie après la rupture du jeûne (La nuit). Dans les habitudes sociales, le repas du soir est copieux ce qui explique cette élévation de la glycémie.

3. Jeûne du Ramadan et diabète

Il est estimé qu’environ 79 % des patients atteints de diabète de type 2 et 43 % de ceux atteints de diabète de type 1 choisissent de jeûner pendant le Ramadan, souvent sur l’ensemble du mois [6].

La décompensation du diabète pendant le Ramadan est fréquente, marquée par une augmentation des hyperglycémies sévères (> 3 g/L), des cétoses (27,7% à 28% des cas) et une déshydratation (jusqu'à 37% des patients). Les risques d'hypoglycémie augmentent considérablement (x4,7 pour le type 1, x7,5 pour le type 2). [15]

3.1. Risque hypoglycémique

L’hypoglycémie constitue la complication aiguë la plus fréquente chez les patients diabétiques jeûnant pendant le Ramadan [7]. Le risque dépend du type de traitement (insuline et sulfonylurées à haut risque), de la durée du jeûne et du niveau d’éducation thérapeutique. Les traitements non insulinotropes sont associés à un risque hypoglycémique plus faible [7,8].

3.2. Équilibre glycémique

Les variations de l’hémoglobine glyquée (HbA1c) pendant le Ramadan sont inconstantes selon les études, soulignant l’importance d’une évaluation individuelle préalable [3,7].

3.3. Recommandations cliniques

Les recommandations internationales récentes préconisent une consultation médicale 6 à 8 semaines avant le Ramadan, une stratification du risque, une adaptation personnalisée du traitement et, lorsque possible, l’utilisation du monitorage glycémique continu [8,9].

4. Maladies cardiovasculaires

Les données actuelles indiquent que le jeûne du Ramadan n’est pas associé à une augmentation significative de l’incidence des événements cardiovasculaires aigus chez les sujets sains [5]. Chez les patients atteints de maladie cardiovasculaire stable, le jeûne peut être envisagé sous surveillance médicale [5,10]. En revanche, il est déconseillé en cas de pathologie cardiovasculaire instable, notamment après un syndrome coronarien récent ou en cas d’insuffisance cardiaque décompensée [10].

5. Autres maladies chroniques

5.1. Maladies inflammatoires et rhumatismales

Des études récentes suggèrent une diminution de l’activité inflammatoire et une amélioration clinique chez certains patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ou de spondyloarthrite au cours du Ramadan [11,12].

5.2. Grossesse

Le jeûne pendant la grossesse est religieusement exempté. Les données disponibles suggèrent des effets potentiels sur la croissance fœtale et le poids de naissance, justifiant une prudence absolue et une contre-indication médicale dans la majorité des situations [13].

5.3. Sommeil et qualité de vie

Le Ramadan est associé à une altération de la durée et de la qualité du sommeil, avec une fatigue diurne accrue et un impact possible sur les performances cognitives [14]. Toutefois, des effets positifs sur le bien-être psychologique et spirituel sont également rapportés.

6. Implications cliniques

Une évaluation médicale pré-Ramadan est indispensable chez tout patient atteint de maladie chronique. Le jeûne ne doit pas être maintenu lorsqu’il expose à un risque aigu ou chronique pour la santé du patient [8,9].

Quand le jeûne peut être bénéfique ?

Chez une personne en bonne santé, les données scientifiques montrent souvent :

🔹 Effets métaboliques

  • légère perte de poids ou stabilisation pondérale
  • amélioration possible du profil lipidique (↑ HDL, ↓ LDL)
  • meilleure sensibilité à l’insuline chez certains sujets

🔹 Effets cardiovasculaires indirects

  • réduction des apports caloriques sur la journée
  • diminution du grignotage
  • parfois baisse modeste de la pression artérielle

🔹 Effets psycho-comportementaux

  • amélioration du contrôle alimentaire
  • dimension spirituelle et sociale bénéfique pour le bien-être mental
  • sentiment de discipline et de structuration du rythme de vie

👉 Conclusion chez le sujet sain :
Le jeûne est globalement bien toléré et peut avoir des bénéfices modestes mais réels, à condition que l’alimentation nocturne soit équilibrée et l’hydratation suffisante.

⚠️ Quand le jeûne peut être risqué ou délétère ?

Chez certaines personnes, le jeûne peut devenir nocif, voire dangereux.

🔴 Diabète

  • risque d’hypoglycémie (surtout insulinothérapie, sulfonylurées)
  • risque d’hyperglycémie, cétose ou état hyperosmolaire
  • déséquilibre glycémique fréquent sans adaptation thérapeutique

🔴 Maladies cardiovasculaires

  • déshydratation → hypotension, troubles du rythme
  • risque accru si pathologie instable ou récente

🔴 Insuffisance rénale / coliques néphrétiques

  • augmentation documentée des consultations aux urgences
  • aggravation possible par la déshydratation

🔴 Grossesse, personnes âgées, maladies chroniques sévères

  • risques nutritionnels, métaboliques et hémodynamiques
  • exemption médicale justifiée

👉 Conclusion chez le patient à risque :
Le jeûne peut être clairement délétère s’il est pratiqué sans évaluation médicale ni adaptation du traitement.

Conclusion

Le jeûne du Ramadan constitue un modèle particulier de jeûne intermittent diurne, aux effets physiologiques complexes et variables selon le terrain. Chez les sujets en bonne santé, les données disponibles suggèrent une bonne tolérance globale, avec des bénéfices métaboliques modestes mais potentiellement favorables, notamment sur la composition corporelle et certains paramètres cardiométaboliques. En revanche, chez les patients atteints de maladies chroniques, en particulier le diabète, les pathologies cardiovasculaires, rénales ou chez la femme enceinte, le jeûne peut exposer à des complications aiguës, principalement métaboliques et hémodynamiques, susceptibles d’augmenter le recours aux soins d’urgence.

Les études hospitalières (rares) montrent que le mois de Ramadan n’est pas systématiquement associé à une augmentation du volume global des admissions aux urgences, mais qu’il s’accompagne d’une modification du profil de morbidité et des horaires de consultation, avec une prédominance des troubles glycémiques, des pathologies liées à la déshydratation et de certains traumatismes survenant autour des périodes de rupture du jeûne. Ces observations soulignent l’importance d’une approche préventive et individualisée.

Ainsi, le jeûne du Ramadan ne peut être considéré ni universellement bénéfique ni systématiquement délétère sur le plan médical. Il doit faire l’objet d’une évaluation clinique préalable chez les sujets à risque, d’une adaptation thérapeutique personnalisée et d’une information claire sur les critères médicaux justifiant l’interruption du jeûne. Une collaboration étroite entre professionnels de santé, patients et, le cas échéant, autorités religieuses, est essentielle afin de concilier sécurité médicale et respect des convictions religieuses.

Références

  1. Pew Research Center. The Future of World Religions: Population Growth Projections, 2010–2050. Washington DC; 2015.
  2. Dar Al-Ifta Al-Missriyyah. Fasting exemptions in Islam. Cairo; 2023.
  3. Trepanowski JF, Bloomer RJ. The impact of religious fasting on human health. Nutr J. 2010;9:57.
  4. Kul S, Savaş E, Öztürk ZA, Karadağ G. Does Ramadan fasting alter body weight and blood lipids? A meta-analysis. J Relig Health. 2014;53:929–42.
  5. Salim I, Al Suwaidi J, Ghadban W, et al. Impact of Ramadan fasting on cardiovascular disease. Heart. 2013;99:160–5.
  6. Babineaux SM, Toaima D, Boye KS, et al. Multi-country retrospective observational study of fasting in Ramadan by people with diabetes. BMJ Open. 2015;5:e007918.
  7. Hassanein M, Al-Arouj M, Hamdy O, et al. Diabetes and Ramadan: practical guidelines. Diabetes Res Clin Pract. 2017;126:303–16.
  8. Hassanein M, Afandi B, Yakoob Ahmedani M, et al. Diabetes and Ramadan: updated guidelines 2024. Diabetes Res Clin Pract. 2024;206:110827.
  9. American Diabetes Association. Management of diabetes during Ramadan. Diabetes Care. 2025;48(Suppl 1):S245–S253.
  10. Al Suwaidi J, Bener A, Suliman A, et al. A population-based study of Ramadan fasting and acute coronary syndromes. Heart. 2004;90:695–6.
  11. Adawi M, Watad A, Brown S, et al. Ramadan fasting exerts immunomodulatory effects. Ann Rheum Dis. 2019;78:1044–52.
  12. Faris MA, Kacimi S, Al-Kurd RA, et al. Intermittent fasting during Ramadan attenuates proinflammatory cytokines. Nutrients. 2019;11:1263.
  13. Glazier JD, Hayes DJL, Hussain S, et al. The effect of Ramadan fasting during pregnancy on perinatal outcomes. BMC Public Health. 2018;18:477.
  14. Bahammam AS, Almeneessier AS. Sleep pattern changes during Ramadan. Ann Thorac Med. 2019;14:130–4.
  15. Adamou MS et al : Profil des patients diabétiques hospitalisés pour décompensation métabolique. Health Res. Afr.: Vol 3; (7), July 2025, pp 21-26

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