
L’hématurie, définie par la présence de globules rouges dans les urines, constitue un signe clinique fréquent dont les causes sont multiples. Elle peut révéler une infection urinaire, une lithiase, une maladie glomérulaire, une affection urologique tumorale ou une autre pathologie des voies urinaires.
Une stratégie fondée sur la gravité clinique et le risque étiologique permet d’optimiser la prise en charge, de limiter les explorations inadaptées et de réduire le risque de retard diagnostique.
1. Introduction :
L’hématurie est un symptôme ou un signe biologique dont la signification varie selon l’âge, le contexte clinique, les comorbidités et les facteurs de risque individuels. Elle peut révéler une infection urinaire, une lithiase, une pathologie prostatique, une maladie glomérulaire ou une tumeur rénale ou urothéliale.
La prise en charge répond à deux objectifs complémentaires : identifier les situations mettant en jeu le pronostic vital ou fonctionnel, puis établir un diagnostic étiologique permettant un traitement adapté. Une erreur fréquente consiste à attribuer systématiquement l’hématurie à une infection, à un calcul ou à un traitement anticoagulant sans contrôler sa disparition ni rechercher une éventuelle pathologie sous-jacente.
Les recommandations AUA/SUFU actualisées en 2025 privilégient, pour l’hématurie microscopique, une évaluation fondée sur le risque de malignité, afin d’adapter l’intensité des explorations au profil du patient [1,2]. Les recommandations européennes soulignent également la place de la cystoscopie et de l’imagerie dans l’exploration des patients chez lesquels une tumeur urothéliale est suspectée [3].
La démarche diagnostique doit donc répondre à quatre questions :
- S’agit-il réellement d’une hématurie ?
- Existe-t-il une urgence immédiate ?
- Les éléments cliniques et biologiques orientent-ils vers une origine urologique ou néphrologique ?
- Quels examens et quel parcours d’orientation sont nécessaires ?
2. Définitions et classification des hématuries :
2.1. Hématurie microscopique
L’hématurie microscopique correspond à la présence d’hématies dans les urines sans modification nécessairement visible de leur couleur.
Selon les recommandations AUA/SUFU, elle est définie par la présence d’au moins trois hématies par champ à fort grossissement sur un prélèvement urinaire correctement recueilli et examiné au microscope [1,2].
Une bandelette urinaire positive ne suffit pas à confirmer le diagnostic. Elle détecte une activité peroxydasique associée à l’hémoglobine ou à la myoglobine et peut donc être positive en l’absence d’hématies intactes [1,2].
2.2. Hématurie macroscopique
L’hématurie macroscopique, également appelée hématurie visible, correspond à une coloration rouge, rosée ou brunâtre des urines attribuable à la présence de sang. Son intensité visuelle ne reflète pas nécessairement la quantité de sang perdue. Elle peut être abondante ou intermittente, indolore ou douloureuse, avec ou sans caillots.
Toute hématurie macroscopique inexpliquée justifie une évaluation médicale rapide, même si elle est indolore ou spontanément résolutive. Elle doit notamment faire rechercher une tumeur de la vessie, du rein ou des voies excrétrices, selon le contexte clinique [3].
2.3. Fausses hématuries et diagnostics différentiels
Une coloration rouge des urines n’est pas toujours liée à la présence d’hématies. Les principales situations à distinguer sont :
- Hémoglobinurie : présence d’hémoglobine libre, notamment lors d’une hémolyse intravasculaire.
- Myoglobinurie : notamment au cours d’une rhabdomyolyse.
- Pigmentation médicamenteuse ou alimentaire : certains médicaments, la betterave et certains colorants peuvent modifier la couleur des urines.
- Contamination génitale : menstruations ou saignement vaginal.
- Pigments biliaires : pouvant donner des urines foncées.
- Porphyrinurie (maladie métabolique rare) : situation plus rare, à évoquer selon le contexte.
La concordance entre bandelette urinaire et examen microscopique contribue à différencier ces situations [1,2].
3. Sémiologie clinique : les éléments qui orientent le diagnostic :
L’interrogatoire et l’examen clinique constituent la première étape de l’enquête étiologique. Ils permettent de hiérarchiser les hypothèses diagnostiques et d’identifier les signes de gravité.
3.1. Caractéristiques de l’hématurie
Il convient de préciser :
- Le caractère microscopique ou macroscopique.
- La date de début, la durée et la fréquence.
- Le caractère intermittent, permanent ou récidivant.
- La présence de caillots.
- L’association à une douleur, une dysurie, une pollakiurie ou une fièvre.
- L’existence d’un traumatisme, d’un effort physique intense ou d’un geste urologique récent.
La notion d’hématurie initiale, terminale ou présente pendant toute la miction (classique épreuve de 3 verres) peut apporter une orientation anatomique, mais sa valeur localisatrice reste limitée et ne permet pas, à elle seule, de poser un diagnostic.
3.2. Hématurie douloureuse ou indolore
- Hématurie douloureuse
Elle évoque notamment :
- Une lithiase urétérale en présence d’une colique néphrétique.
- Une infection urinaire, particulièrement en cas de brûlures mictionnelles, de pollakiurie ou de fièvre.
- Une cystite hémorragique.
- Un traumatisme des voies urinaires.
- Une obstruction par caillots lorsque la douleur s’accompagne d’une difficulté ou d’une impossibilité à uriner.
Une douleur lombaire fébrile doit faire rechercher une infection urinaire obstructive, qui constitue une urgence urologique [4].
- Hématurie indolore
Elle doit particulièrement faire rechercher une tumeur de l’appareil urinaire, notamment chez un patient présentant un âge avancé, un tabagisme actuel ou ancien, ou une exposition professionnelle à des carcinogènes urothéliaux [1,3].
L’absence de douleur n’est pas un élément rassurant. Une tumeur vésicale peut se manifester initialement par une hématurie macroscopique intermittente, sans autre symptôme [3].
3.3. Caillots sanguins et rétention urinaire
La présence de caillots oriente souvent vers un saignement non glomérulaire, notamment d’origine vésicale ou prostatique, sans être absolument spécifique.
Des caillots associés à une difficulté mictionnelle, une distension sus-pubienne ou une impossibilité d’uriner évoquent une rétention aiguë d’urine par obstruction. Cette situation impose une évaluation urgente, une prise en charge urologique et, selon le contexte, un drainage vésical adapté.
3.4. Signes orientant vers une atteinte glomérulaire
Une origine glomérulaire doit être suspectée devant l’association de plusieurs éléments :
- Urines brunâtres, couleur thé ou cola.
- Protéinurie ou albuminurie associée.
- Hypertension artérielle récente ou aggravée.
- Œdèmes périphériques ou périorbitaires.
- Oligurie.
- Élévation de la créatinine.
- Hématies dysmorphiques, notamment acanthocytes, ou cylindres hématiques au sédiment urinaire.
L’association hématurie, protéinurie, hypertension, œdèmes et altération de la fonction rénale évoque un syndrome néphritique et nécessite une évaluation néphrologique rapide. L’interprétation doit intégrer l’ensemble des données cliniques et biologiques [5,6].
3.5. Facteurs de risque à rechercher
L’évaluation doit notamment documenter :
- L’âge et le sexe.
- Le tabagisme actuel ou ancien et son intensité.
- Les expositions professionnelles à certains produits chimiques : amines aromatiques (colorants, teintures, caoutchouc), goudrons de houille (métallurgie, travaux publics), métaux lourds (arsenic, plomb, cadmium).
- Les antécédents de tumeur urologique ou de radiothérapie pelvienne.
- Les infections urinaires récidivantes.
- Les antécédents de lithiase.
- Les maladies rénales connues et les antécédents familiaux de néphropathie.
- Les traitements anticoagulants ou antiagrégants.
- Les traumatismes, sondages et interventions urologiques récents.
- Les signes généraux : amaigrissement, altération de l’état général ou fièvre.
Les anticoagulants et antiagrégants peuvent favoriser ou révéler un saignement, mais ne dispensent pas d’une recherche étiologique appropriée [1,2].
4. Diagnostic étiologique : principales causes des hématuries
4.1. Causes urologiques
- Lithiase urinaire
La lithiase rénale ou urétérale peut provoquer une hématurie microscopique ou macroscopique, souvent associée à une douleur lombaire aiguë irradiant vers l’aine. L’imagerie est choisie selon le contexte, la probabilité de calcul, la grossesse éventuelle et la nécessité de rechercher une obstruction [4].
- Infections urinaires
Une cystite peut s’accompagner d’hématurie, généralement avec dysurie et pollakiurie. Une pyélonéphrite est évoquée devant une fièvre, des douleurs lombaires et des signes urinaires ou généraux.
Une infection associée à une obstruction, une altération hémodynamique ou un sepsis nécessite une prise en charge urgente. Après traitement d’une infection attribuée à l’hématurie, une analyse urinaire de contrôle doit vérifier la disparition du saignement [1,7].
- Tumeurs de l’appareil urinaire
Les principales causes malignes à rechercher sont :
- Le carcinome urothélial de la vessie.
- Les tumeurs urothéliales des voies excrétrices supérieures.
- Le carcinome rénal.
- Plus rarement, d’autres tumeurs selon l’âge et le contexte.
Une hématurie macroscopique indolore, récidivante ou inexpliquée constitue un signal d’alarme. La cystoscopie et l’imagerie des voies urinaires supérieures occupent une place centrale dans l’évaluation urologique, selon le profil du patient [1,3].
- Causes prostatiques
L’hyperplasie bénigne de la prostate, une prostatite ou certaines interventions prostatiques peuvent être responsables d’un saignement. Toutefois, la découverte d’une affection prostatique ne doit pas faire négliger une autre origine possible de l’hématurie.
- Autres causes urologiques
Les traumatismes rénaux ou vésicaux, les anomalies vasculaires, certaines maladies kystiques et les saignements liés à un geste instrumental font également partie du diagnostic différentiel.
4.2. Causes néphrologiques
- Glomérulonéphrites
Les glomérulonéphrites peuvent se manifester par une hématurie microscopique ou macroscopique, souvent accompagnée d’une protéinurie et parfois d’une dégradation de la fonction rénale. Le bilan est orienté par le sédiment urinaire, la fonction rénale, la protéinurie et les manifestations systémiques [5,6].
- Néphropathie à IgA
Elle peut provoquer des épisodes d’hématurie macroscopique contemporains ou proches d’une infection des voies aériennes supérieures, ou une hématurie microscopique persistante. Le diagnostic repose sur l’évaluation néphrologique et, lorsque cela est indiqué, sur une biopsie rénale.
- Néphrite lupique et vascularites
Une hématurie associée à une protéinurie, une insuffisance rénale, des manifestations systémiques ou des signes immunologiques peut révéler une maladie inflammatoire ou auto-immune.
- Maladies rénales héréditaires et anomalies de la membrane basale glomérulaire
Une hématurie persistante, notamment lorsqu’elle s’associe à des antécédents familiaux d’hématurie, d’insuffisance rénale ou de surdité, peut conduire à rechercher une maladie rénale héréditaire.
4.3. Causes systémiques et contextuelles
Les troubles de l’hémostase, certaines maladies hématologiques, les traitements médicamenteux, les traumatismes et l’exercice physique intense peuvent être impliqués.
Une hématurie apparue après un effort doit être réévaluée après disparition du facteur déclenchant. Sa persistance ou sa récidive impose une exploration adaptée plutôt qu’une attribution définitive à l’exercice.
5. Conduite à tenir initiale devant une hématurie :

5.1. Première étape : évaluer la gravité
La priorité est de rechercher :
- Une instabilité hémodynamique, une hypotension, une tachycardie importante ou une syncope.
- Un saignement abondant ou persistant.
- Des caillots avec rétention urinaire.
- Une anurie, une oligurie ou une insuffisance rénale aiguë.
- Une fièvre avec frissons, douleur lombaire et suspicion d’obstruction.
- Un traumatisme significatif.
- Une hématurie associée à des signes de glomérulonéphrite rapidement progressive.
En présence de l’un de ces éléments, l’évaluation ne doit pas être retardée par une démarche diagnostique ambulatoire.
5.2. Deuxième étape : confirmer l’hématurie
Les examens initiaux comprennent :
- Une bandelette urinaire.
- Un examen microscopique du sédiment urinaire.
- Un ECBU lorsque le contexte fait suspecter une infection.
- Une vérification des conditions de prélèvement : recueil propre, milieu de jet et prévention d’une contamination génitale.
- Un prélèvement adapté ou répété si le résultat est discordant avec la clinique.
Une bandelette positive doit être confirmée par l’examen microscopique. Si la bandelette détecte du sang sans hématies au microscope, une hémoglobinurie, une myoglobinurie ou une lyse des hématies dans l’échantillon doit être envisagée [1,2].
5.3. Troisième étape : bilan biologique
Selon le tableau clinique, il faut envisager :
- Numération formule sanguine : notamment si le saignement est important ou prolongé.
- Créatinine sanguine et débit de filtration glomérulaire estimé : pour évaluer la fonction rénale.
- Ionogramme sanguin : en cas de suspicion d’insuffisance rénale ou de trouble hydroélectrolytique.
- ECBU avec antibiogramme : si une infection est suspectée.
- Rapport albumine/créatinine urinaire ou protéine/créatinine urinaire : si une atteinte rénale est envisagée.
- Bilan de coagulation : lorsque le contexte le justifie.
- Examens immunologiques ciblés : en cas de suspicion de maladie glomérulaire ou systémique.
Les explorations immunologiques ne doivent pas être systématiques : elles sont orientées par la présentation clinique, la fonction rénale, le sédiment urinaire et la protéinurie [5,6].
5.4. Quatrième étape : choisir l’imagerie
- Échographie rénale et vésicale
Elle peut identifier une dilatation des cavités rénales, certains calculs, des masses rénales, des anomalies vésicales ou une rétention. Elle ne permet toutefois pas d’exclure toutes les tumeurs urothéliales, en particulier celles de petite taille [3].
- Scanner sans injection
Il est particulièrement utile dans le diagnostic de la lithiase urinaire aiguë, en tenant compte de la grossesse, de la fonction rénale et du contexte clinique [4].
- Uro-TDM (urographie par tomodensitométrie)
Elle permet une exploration détaillée des voies urinaires supérieures et peut être indiquée lors du bilan d’une hématurie à risque élevé ou d’une hématurie macroscopique inexpliquée. Le choix doit intégrer les contre-indications aux produits de contraste, l’exposition aux rayonnements et les possibilités locales [1,3].
- Cystoscopie
Elle permet l’exploration directe de la vessie et joue un rôle essentiel dans la recherche d’une tumeur vésicale. L’imagerie seule ne remplace pas systématiquement la cystoscopie lorsqu’elle est indiquée [1,3].
L’exploration doit être individualisée en fonction du risque oncologique et du diagnostic suspecté.
6. Reconnaître les urgences : critères d’orientation immédiate
Les situations suivantes justifient une évaluation hospitalière urgente, avec avis spécialisé adapté.
6.1. Hématurie abondante avec caillots ou rétention aiguë
Le risque principal est l’obstruction vésicale, parfois associée à une anémie ou à une instabilité hémodynamique.
La prise en charge peut nécessiter une voie veineuse, une surveillance des constantes, une numération sanguine, un bilan rénal, un drainage vésical par une sonde adaptée et un lavage vésical lorsque cela est indiqué. Le choix de la sonde et les manœuvres de drainage doivent être réalisés par une équipe formée, en tenant compte d’un éventuel traumatisme urétral.
6.2. Hématurie avec instabilité hémodynamique
Une hypotension, une syncope, une tachycardie importante ou des signes de mauvaise perfusion imposent une stabilisation immédiate et une recherche du site du saignement. La prise en charge dépend de la gravité et peut nécessiter une hospitalisation en milieu de soins intensifs.
6.3. Fièvre, douleur lombaire et obstruction urinaire
Une infection sur obstacle constitue une urgence médico-urologique. En cas de sepsis associé à un calcul obstructif, les recommandations EAU préconisent une décompression urgente des voies urinaires, par sonde urétérale ou néphrostomie percutanée selon le contexte, une antibiothérapie immédiate et le prélèvement d’échantillons microbiologiques. Le traitement définitif du calcul est généralement différé jusqu’au contrôle de l’infection [4].
6.4. Insuffisance rénale aiguë ou syndrome néphritique
Une élévation rapide de la créatinine, une oligurie, une hypertension sévère, des œdèmes importants ou des signes de surcharge hydrosodée imposent une évaluation urgente, souvent hospitalière, avec avis néphrologique [5,6].
6.5. Traumatisme urogénital
Une hématurie après un traumatisme abdominal, lombaire ou pelvien doit faire rechercher une lésion rénale, urétérale, vésicale ou urétrale. L’imagerie et les gestes à réaliser dépendent du mécanisme traumatique et de la stabilité clinique.
Point pratique : une hématurie macroscopique n’est pas systématiquement une urgence vitale, mais elle ne doit jamais être banalisée. L’urgence immédiate dépend des conséquences du saignement, de l’existence d’une obstruction, d’une infection grave, d’un traumatisme ou d’une atteinte rénale aiguë.
7. Orientation vers l’urologie ou la néphrologie ?
L’orientation repose sur un ensemble d’arguments cliniques et biologiques et non sur la seule couleur des urines.
| Éléments d’orientation | Urologie privilégiée | Néphrologie privilégiée |
| Symptômes | Colique néphrétique, caillots, symptômes obstructifs | Œdèmes, hypertension, manifestations systémiques |
| Aspect urinaire | Hématurie macroscopique, parfois avec caillots | Urines brunâtres, hématurie avec protéinurie |
| Sédiment urinaire | Hématies généralement non dysmorphiques | Hématies dysmorphiques, acanthocytes ou cylindres hématiques |
| Biologie | Anémie liée au saignement, infection selon le contexte | Protéinurie/albuminurie, créatinine élevée, baisse du DFG |
| Hypothèses principales | Lithiase, tumeur, obstruction, maladie prostatique | Glomérulonéphrite, néphropathie à IgA, maladie rénale systémique |
| Examens spécialisés | Cystoscopie, imagerie urologique, gestes endoscopiques | Bilan néphrologique, examens immunologiques ciblés, éventuelle biopsie rénale |
*** Cette distinction n’est pas absolue. Une maladie rénale n’exclut pas une tumeur urologique, et une hématurie initialement explorée en urologie peut nécessiter un avis néphrologique si une protéinurie significative, des cylindres hématiques ou une altération inexpliquée de la fonction rénale sont identifiés [1,5,6].
7.1. Quand adresser en urologie ?
Une évaluation urologique est indiquée notamment en cas de :
- Hématurie macroscopique inexpliquée, même intermittente.
- Hématurie microscopique persistante avec facteurs de risque de cancer urothélial.
- Suspicion de lithiase obstructive.
- Masse rénale ou vésicale identifiée à l’imagerie.
- Symptômes obstructifs, caillots ou rétention.
- Suspicion de lésion traumatique urologique.
Le degré d’urgence dépend du tableau clinique : immédiat en cas de rétention, de saignement sévère ou d’infection obstructive ; rapide en cas de suspicion de tumeur ; programmé selon le niveau de risque pour les autres situations.
7.2. Quand adresser en néphrologie ?
Un avis néphrologique est indiqué notamment en présence de :
- Protéinurie ou albuminurie significative associée à l’hématurie.
- Hématies dysmorphiques ou cylindres hématiques.
- Diminution inexpliquée du débit de filtration glomérulaire.
- Suspicion de glomérulonéphrite.
- Hypertension artérielle associée à une hématurie et à des signes de maladie rénale.
- Hématurie persistante avec antécédents familiaux évocateurs d’une néphropathie.
Une dégradation rapide de la fonction rénale, une oligurie importante, une hyperkaliémie sévère ou une surcharge hydrosodée menaçante justifient une évaluation urgente [5,6].
7.3. Quand envisager une double orientation ?
Une double évaluation urologique et néphrologique est nécessaire lorsque les arguments sont mixtes, par exemple :
- Hématurie macroscopique chez un patient atteint de maladie rénale chronique.
- Hématurie avec protéinurie et facteurs de risque de cancer urothélial.
- Hématurie persistante sans cause identifiée après une première exploration.
- Coexistence possible d’une pathologie glomérulaire et d’une lésion urologique.
La recherche d’une origine glomérulaire ne doit donc pas retarder l’exploration urologique lorsqu’elle est indiquée.
8. Hématurie microscopique : stratégie fondée sur le risque :
Chez un patient stable, sans signe d’alarme, l’intensité des investigations doit être adaptée au risque de malignité. L’actualisation AUA/SUFU de 2025 tient compte notamment de l’âge, du degré d’hématurie, du tabagisme, des antécédents d’hématurie macroscopique et des autres facteurs de risque urothéliaux [1,2].
8.1. Risque faible ou négligeable
Chez les patients classés à faible risque, une nouvelle analyse urinaire avec examen microscopique est généralement privilégiée avant de réaliser systématiquement une cystoscopie ou une imagerie lourde [1,2]. Cette stratégie ne signifie pas que toute hématurie microscopique est bénigne. Elle suppose une évaluation initiale fiable et un suivi adapté.
8.2. Risque intermédiaire
Une cystoscopie et une échographie rénale et vésicale sont généralement recommandées. Des options alternatives peuvent être discutées dans certaines situations conformément aux recommandations et aux préférences du patient [1,2].
8.3. Risque élevé
Une cystoscopie et une exploration des voies urinaires supérieures, généralement par uro-TDM lorsqu’elle est appropriée, sont recommandées. Les contre-indications et les solutions alternatives doivent être prises en compte [1,2]. Les catégories de risque ne doivent pas être appliquées mécaniquement. Une hématurie macroscopique antérieure, une exposition carcinogène importante ou d’autres facteurs de risque peuvent modifier la stratégie.
9. Situations particulières :
9.1. Hématurie et anticoagulants
Les anticoagulants et les antiagrégants peuvent majorer un saignement, mais ils ne constituent pas une explication suffisante à eux seuls.
L’évaluation étiologique doit rester comparable à celle des patients non traités, en tenant compte du risque hémorragique, de l’indication de l’anticoagulation et des conséquences d’une éventuelle interruption. Toute modification thérapeutique doit être individualisée et supervisée [1,2].
9.2. Hématurie pendant une infection urinaire
L’infection doit être documentée et traitée conformément au contexte clinique et aux recommandations locales. Une analyse urinaire de contrôle doit ensuite vérifier la disparition de l’hématurie [1,7]. Si le saignement persiste ou récidive, une autre cause doit être recherchée, en particulier chez les patients présentant des facteurs de risque oncologiques.
9.3. Hématurie chez la femme
Il faut distinguer une origine urinaire d’une contamination par un saignement génital. Les menstruations, les saignements gynécologiques et certaines situations d’atrophie génitale peuvent compliquer l’interprétation du prélèvement. Un prélèvement correctement réalisé, voire un prélèvement par sondage lorsqu’il est justifié, peut aider à confirmer l’origine urinaire [1,2].
9.4. Hématurie pendant la grossesse
L’évaluation doit tenir compte des modifications physiologiques de la grossesse et des contraintes liées à l’imagerie. L’échographie constitue généralement l’examen initial privilégié. Une douleur importante, de la fièvre, une suspicion d’obstruction, une insuffisance rénale ou un saignement abondant nécessitent une évaluation urgente coordonnée avec les équipes obstétricales et spécialisées.
9.5. Hématurie après un traumatisme
Le mécanisme traumatique, les signes associés et l’état hémodynamique déterminent les investigations. Une hématurie après traumatisme ne doit pas être assimilée à une simple hématurie spontanée : une lésion anatomique peut nécessiter une prise en charge immédiate.
10. Algorithme pratique de prise en charge
Étape 1 — Confirmer le diagnostic
- Coloration rouge des urines : rechercher une hématurie vraie.
- Bandelette positive : confirmer par examen microscopique.
- Bandelette positive sans hématies : envisager hémoglobinurie, myoglobinurie ou lyse des hématies [1,2].
Étape 2 — Rechercher une urgence
- Instabilité hémodynamique, saignement abondant, caillots avec rétention, traumatisme significatif, sepsis avec obstruction ou insuffisance rénale aiguë sévère : orientation hospitalière immédiate.
- En l’absence de signe de gravité : poursuivre le bilan.
Étape 3 — Orienter le diagnostic
- Protéinurie, cylindres hématiques, hématies dysmorphiques ou altération de la fonction rénale : rechercher une atteinte glomérulaire et solliciter la néphrologie [5,6].
- Colique néphrétique, caillots, symptômes obstructifs, hématurie macroscopique inexpliquée ou facteurs de risque tumoraux : rechercher une cause urologique [1,3,4].
- Arguments mixtes : envisager les deux parcours.
Étape 4 — Réaliser les examens adaptés
- Analyse urinaire, fonction rénale et ECBU si indiqué.
- Imagerie choisie selon l’hypothèse diagnostique.
- Cystoscopie lorsque l’évaluation urologique la justifie.
- Bilan néphrologique spécialisé lorsque des signes de maladie rénale sont présents.
Étape 5 — Vérifier la résolution et organiser le suivi
Une hématurie attribuée à une infection ou à une cause transitoire doit être contrôlée après résolution. Une hématurie persistante, récidivante ou inexpliquée nécessite une réévaluation et un suivi documenté [1,2].
11. MESSAGES CLÉS POUR LA PRATIQUE CLINIQUE
- La bandelette urinaire ne suffit pas à confirmer une hématurie microscopique.
- Une hématurie macroscopique indolore peut révéler un cancer urologique.
- Les caillots associés à une rétention, l’instabilité hémodynamique et l’infection obstructive sont des situations d’urgence.
- Une protéinurie, des cylindres hématiques, des hématies dysmorphiques ou une dégradation de la fonction rénale orientent vers une origine néphrologique.
- Les anticoagulants ne dispensent jamais d’une exploration étiologique adaptée.
- Une hématurie attribuée à une infection doit faire l’objet d’un contrôle après traitement.
- L’exploration de l’hématurie microscopique doit être proportionnée au risque individuel de malignité.
- L’orientation vers l’urologie et la néphrologie n’est pas mutuellement exclusive.
12. Conclusion
L’hématurie microscopique ou macroscopique est un signe clinique qui nécessite une approche méthodique associant confirmation biologique, sémiologie, recherche des signes de gravité et investigation étiologique.
La première priorité est de reconnaître les urgences hémorragiques, obstructives, infectieuses et rénales. La seconde est de différencier, sans simplification excessive, les causes urologiques des causes néphrologiques. Enfin, la prise en charge doit garantir une exploration appropriée des hématuries inexpliquées, en particulier lorsque le risque de malignité est significatif.
Une stratégie fondée sur le risque, un contrôle après traitement des causes transitoires et une coordination entre médecine générale, urgences, urologie et néphrologie permettent d’améliorer la pertinence diagnostique et de réduire le risque de retard de prise en charge.
Bibliographie
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