La conception architecturale d’un service d’urgence (SU) hospitalier est un élément déterminant de la qualité des soins, de la sécurité des patients et de la performance opérationnelle. Chaque hôpital a sa propre spécicifité et peut opter le plan qui lui convient. Nous proposons dans cet article des exemples de plans selon les recommandations internationales.
Dans la mesure du possible il faut séparer les urgences pédiatriques des urgences adultes.
1. Introduction
Les services d’urgence font partie des zones à plus forte criticité dans les établissements de santé. Ils doivent répondre simultanément à des exigences cliniques, opérationnelles et humaines incluant la rapidité d’accès, la fluidité des parcours patients, la sécurité, et la capacité d’adaptation à des afflux massifs tels que lors de catastrophes ou pandémies. L’architecture du SU doit donc être pensée comme un élément de performance clinique et non seulement comme une réponse spatiale statique.
2. Principes généraux de conception
2.1 Accessibilité et implantation
- Le SU doit être situé au rez-de-chaussée ou à un niveau facilement accessible via ambulances et piétons.
- Des entrées distinctes pour les ambulances et les patients améliorent l’efficacité et réduisent les interférences de flux.
- L’accès doit être clairement signalé, avec un système de signalétique intégré interne et externe.
2.2 Flux et circulation
L’architecture doit optimiser :
- Le parcours logique des patients, de l’admission initiale à la sortie ou à l’hospitalisation. Le patient doit suivre idéalement un sens unique.
- La séparation des flux ambulatoires et non-ambulatoires afin de minimiser les croisements et la congestion.
- Les liaisons directes vers les zones critiques comme l’imagerie, les laboratoires et les unités de soins intensifs.
3. Zonage fonctionnel détaillé
Un service d’urgence moderne est organisé en plusieurs zones fonctionnelles interconnectées :
3.1 Zone d’accueil et triage
- Point d’entrée principal avec réception et triage conforme aux normes de priorisation médicale. Lisez notre article sur Le triage, comment et pourquoi
- Doit être visible depuis l’entrée et relié immédiatement aux zones de traitement critiques.
3.2 Zones de traitement
- Traitement mineur : Box de consultation et soins ambulatoires pour blessures ou affections non critiques.
- Observation courte : pour évaluation clinique prolongée ou observation courte, cas complexes nécessitant surveillance rapprochée (SSMC).
- Resuscitation / Stabilisation : espaces réservés aux soins immédiats en cas de détresse vitale. Lisez notre article : La salle de déchocage des services d'urgences
La Salle de Surveillance des Malades Couchés (SSMC) :
- La SSMC est destinée à la surveillance clinique rapprochée de patients couchés, instables ou à risque de dégradation, ne relevant pas (ou plus) de la réanimation, mais nécessitant un monitorage continu, des soins répétés ou attente d’orientation (hospitalisation, imagerie, avis spécialisé). Le nombre de lits est proportionnel à l’activité annuelle du service d’urgence par exemple 1 lit de surveillance pour 5 000 à 8 000 passages/an (SFMU / HAS). Au delà de 10 lits nous pensons que cette unité n'est plus gérable par le service d'urgence.
- Cette zone peut abriter aussi des malades sur chaises confortables pour un court sejour..
| Activité annuelle SU | Nombre de lits SSMC recommandé |
| < 20 000 passages/an | 2 à 4 lits |
| 20 000 – 40 000 | 4 à 6 lits |
| 40 000 – 60 000 | 6 à 8 lits |
| 60 000 – 80 000 | 8 à 10 lits |
| > 80 000 | ≥ 10 lits |
Surface totale recommandée pour la zone de surveillance : par ex. pour 6 lits = 120 à 130 m²
3.3 Zones de support clinique
- Radiologie, laboratoire, pharmacie, salle d’isolation, locaux d’hygiène (propres/sales).
- Les stations de personnel (médecins, infirmiers) doivent être placées stratégiquement pour observer les patients sans déplacements excessifs.
3.4 Zones non cliniques
- Attente du public, espaces pour familles, secretariat et administration, stockage logistique.
À noter que le plan doit tenir compte de la securité des patients/personnel et de la regulation d'entrée non souhaitée des visiteurs et famille.
4. Surfaces et normes dimensionnelles
Bien que les normes varient selon les juridictions des pays, on retrouve des lignes directrices générales :
- L’aire interne du SU (hors observation et imagerie) devrait être calculée sur la base du volume annuel de patients typiquement ≥ 50 m² / 1000 visites ou ≥ 145 m² / 1000 admissions.
- Chaque lit de traitement doit offrir suffisamment d’espace pour les interventions, la manipulation des équipements et la circulation, tout en assurant la confidentialité et le contrôle d’infection.
- Des zones d’attente spacieuses, confortables et accessibles aux personnes à mobilité réduite doivent être prévues.
5. Sécurité, flexibilité et résilience
5.1 Sécurité
- Les zones sensibles doivent pouvoir être isolées en cas d’incidents infectieux ou de menace à la sécurité.
- La surveillance visuelle et électronique (caméras, moniteurs cliniques) améliore la sécurité globale et la coordination des soins.
5.2 Flexibilité et modularité
Le design doit permettre :
- la reconfiguration des espaces selon les pics d’activité (pandémie, catastrophe).
- l’incorporation de technologies modernes (télémédecine, systèmes de données en réseau).
6. Recommandations architecturales clés
- Favoriser une circulation claire et intuitive, minimisant les temps d’intervention.
- Implanter stratégiquement les zones cliniques adjacentes aux services critiques (imagerie, soins intensifs).
- Intégrer des éléments de confort (lumière naturelle, acoustique, signalétique) pour réduire le stress des patients et du personnel.
- Privilégier la conception universelle afin d’optimiser l’accessibilité et l’inclusion.
7. Conclusion
L’architecture d’un service d’urgence moderne doit dépasser la simple allocation d’espaces pour répondre à des impératifs cliniques et humains complexes. Une planification qui intègre les bonnes pratiques de zonage, d’accessibilité, de flux et de sécurité contribue non seulement à améliorer les résultats cliniques, mais aussi à renforcer l’expérience des patients et l’efficacité des équipes soignantes.
Bibliographie
- Australasian College for Emergency Medicine (ACEM), Emergency Department Design Guidelines.
- Designing Emergency Departments: Layouts that Save Lives, Hospital Design Hub, 2025..
- Emergency Department Planning and Design, ACME Hospital Projects.
- Référentiel SFMU – Architecture des services d’urgence, Société Française de Médecine d’Urgence. Lien PDF
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