
La varicelle est une infection virale aiguë hautement contagieuse due au Virus varicelle-zona (VZV), membre de la famille des Herpesviridae. Elle correspond à la primo-infection; la réactivation ultérieure du virus latent dans les ganglions sensitifs est responsable du zona.
Bien que généralement bénigne chez l’enfant immunocompétent, la varicelle peut être grave chez l’adulte, la femme enceinte, le nouveau-né et les sujets immunodéprimés. Sa prévention repose principalement sur la vaccination.
1. Épidémiologie
Avant l’introduction de la vaccination universelle dans plusieurs pays, la varicelle était quasi ubiquitaire, touchant plus de 90 % des sujets avant l’âge adulte.
Dans la majorité des pays d’Europe occidentale, la vaccination n’est pas universelle mais ciblée (sujets à risque, professionnels de santé sans antécédent). En revanche, des pays comme les États-Unis ont intégré la vaccination systématique au calendrier vaccinal depuis 1995,
Transmission
- Strictement interhumaine
- Transmission aérienne (gouttelettes respiratoires)
- Contact direct avec le liquide des vésicules
- Contagiosité : de 48 h avant l’éruption jusqu’à la phase de croûtage complet
Le taux d’attaque intrafamilial dépasse 80 % chez les sujets non immunisés.
2. Physiopathologie
Le Virus varicelle-zona pénètre par les voies respiratoires supérieures ou la conjonctive.
Étapes physiopathologiques :
- Réplication initiale dans les muqueuses respiratoires et les ganglions lymphatiques régionaux
- Virémie primaire (asymptomatique)
- Amplification virale dans le système réticulo-endothélial
- Virémie secondaire responsable de l’atteinte cutanée et muqueuse
Le tropisme cutané explique la formation des lésions vésiculeuses.
Après la phase aiguë, le virus migre par transport axonal rétrograde vers les ganglions sensitifs (rachidiens ou du trijumeau), où il établit une latence. Une réactivation ultérieure donne le zona.
3. Terrain à risque
Certaines populations présentent un risque accru de formes sévères :
3.1 Adulte
- Atteinte plus symptomatique
- Risque accru de pneumopathie varicelleuse [Lisez notre article : Pneumonie varicelleuse chez un adulte]
3.2 Femme enceinte
- Risque maternel (pneumopathie sévère)
- Transmission fœtale possible
- Varicelle congénitale (rare mais grave) si infection au 1er–2e trimestre
- Varicelle néonatale sévère si éruption maternelle dans les 5 jours précédant l’accouchement
3.3 Nouveau-né
- Risque élevé en cas d’absence d’anticorps maternels
3.4 Immunodéprimé
- Formes extensives
- Atteintes viscérales (pulmonaire, hépatique, neurologique)
- Risque vital engagé
4. Signes cliniques
4.1 Incubation
10 à 21 jours (médiane : 14 jours)
4.2 Phase prodromique
- Fièvre modérée
- Asthénie
- Céphalées
- Anorexie plus marquée chez l’adulte.
4.3 Éruption cutanée
Caractéristique par son polymorphisme lésionnel :
- Macules érythémateuses
- Papules
- Vésicules claires en « goutte de rosée sur pétale de rose »
- Pustules
- Croûtes
Les lésions sont présentes à des stades évolutifs différents.
Distribution :
- Début tronculaire
- Extension centrifuge
- Atteinte fréquente du cuir chevelu et des muqueuses
Prurit souvent intense, le grattage peut provoquer des plaies.
5. Complications
5.1 Complications cutanées
- Surinfection bactérienne (Staphylococcus aureus, Streptococcus pyogenes)
- Fasciite nécrosante (rare)
5.2 Complications respiratoires
- Pneumopathie varicelleuse (surtout adulte, femme enceinte, fumeur)
- Début 2–5 jours après l’éruption
- Dyspnée, toux sèche, hypoxémie
5.3 Complications neurologiques
- Ataxie cérébelleuse aiguë (enfant)
- Encéphalite
- Méningite
5.4 Complications hématologiques
- Purpura thrombopénique
- Coagulation intravasculaire disséminée (exceptionnelle)
5.5 Complications fœtales et néonatales
- Syndrome de varicelle congénitale : cicatrices cutanées, hypoplasie de membres, atteinte neurologique
- Varicelle néonatale sévère : mortalité élevée sans traitement
6. Diagnostic
6.1 Diagnostic clinique
Habituellement évident devant le polymorphisme lésionnel.
6.2 Diagnostic biologique (formes atypiques ou graves)
- PCR VZV sur liquide vésiculaire
- PCR sanguine (formes sévères)
- Sérologie (IgG pour statut immunitaire)
7. Traitement
7.1 Forme simple chez l’enfant immunocompétent
Traitement symptomatique :
- Antipyrétiques (paracétamol)
- Antihistaminiques si prurit
- Soins cutanés simples
⚠️ Contre-indication des AINS (risque de complications cutanées graves).
7.2 Traitement antiviral
Indications principales : Adulte - Femme enceinte - Sujet immunodéprimé - Forme sévère - Nouveau-né
Molécule de référence : Aciclovir (IV si forme grave)
- Enfant immunocompétent ≥ 2 ans : 20 mg/kg/prise, 4 fois/j (max 800 mg/prise) pendant 5 jours
- Adulte immunocompétent : 800 mg 5 fois/j pendant 7 jours
- Immunodéprimé ou forme grave : en IV 10 mg/kg/8 h (jusqu’à 15 mg/kg/8 h selon gravité)
Le traitement est d’autant plus efficace qu’il est instauré précocement (< 24 h après le début de l’éruption).
7.3 Immunoglobulines spécifiques anti-VZV
Indiquées en prophylaxie post-exposition chez : Femme enceinte non immunisée - Nouveau-né à risque - Immunodéprimé
8. Prévention
Vaccination
Vaccin vivant atténué dérivé de la souche Oka.
Schéma à deux doses dans les pays ayant adopté la vaccination universelle.
En France :
- Recommandée chez les adolescents sans antécédent
- Professionnels de santé sans immunité
- Femmes en âge de procréer sans immunité (hors grossesse)
Conclusion
La varicelle reste une infection fréquente mais le plus souvent bénigne chez l’enfant sain. Toutefois, elle peut entraîner des complications graves chez certains terrains à risque.
La connaissance des indications du traitement antiviral, des mesures prophylactiques et des stratégies vaccinales est essentielle pour réduire la morbi-mortalité associée à cette infection.
Le praticien doit identifier précocement les formes à risque afin d’instaurer une prise en charge adaptée et d’optimiser la prévention secondaire.
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