
Les infections de la main représentent une cause importante de morbidité fonctionnelle lorsqu’elles ne sont pas traitées rapidement. Elles surviennent le plus souvent après une inoculation bactérienne secondaire à un traumatisme minime, une morsure, une piqûre ou une manipulation péri-unguéale.
Le panaris est l’infection la plus fréquente des doigts et touche préférentiellement la région péri-unguéale ou la pulpe digitale. Le phlegmon correspond quant à lui à une infection profonde, souvent localisée dans les gaines synoviales des tendons fléchisseurs ou dans les espaces cellulaires de la main.
Les recommandations actuelles de prise en charge des infections cutanées et des infections des tissus mous insistent sur l’importance d’une distinction entre les stades inflammatoires et collectés, conditionnant la stratégie thérapeutique.
Définition et classification
Panaris
Le panaris est défini comme une infection aiguë cutanée ou sous-cutanée d’un doigt, localisée le plus souvent autour de l’ongle (périonyxis), sous l’ongle ou dans la pulpe digitale. Selon la localisation, plusieurs formes sont décrites :
- panaris péri-unguéal
- panaris sous-unguéal
- panaris pulpaire
- panaris dorsal.
Phlegmon de la main
Le phlegmon correspond à une infection profonde de la main pouvant toucher :
- les gaines synoviales des tendons fléchisseurs
- les espaces cellulaires palmaires
- les articulations
- les structures osseuses.
Ces infections constituent une urgence médico-chirurgicale en raison du risque de séquelles fonctionnelles sévères.
Épidémiologie
Les infections de la main sont fréquentes et représentent une proportion importante des urgences chirurgicales du membre supérieur. Le panaris est l’infection digitale la plus fréquente. Le germe le plus souvent impliqué est Staphylococcus aureus, responsable d’environ 70 % des infections, suivi des streptocoques et de certaines entérobactéries.
Les facteurs favorisants incluent : micro-traumatismes cutanés, morsures ou piqûres, manipulation des cuticules, onychophagie, professions manuelles.
Physiopathologie
L’infection résulte généralement de l’introduction d’un germe dans les tissus à travers une brèche cutanée.
La pulpe digitale contient des septa fibreux limitant la diffusion de l’infection. Cette configuration anatomique favorise la formation d’un abcès sous pression, responsable d’une douleur intense et d’un risque de nécrose tissulaire.
À l’inverse, les gaines synoviales tendineuses favorisent une propagation longitudinale rapide de l’infection, expliquant la gravité potentielle des phlegmons des gaines.
Évolution clinique
Le panaris évolue classiquement en trois phases :
- Stade d’invasion : douleur modérée et inflammation locale.
- Stade phlegmasique : tuméfaction et douleur croissante.
- Stade collecté : formation d’un abcès avec douleur pulsatile intense ++.
Sans traitement, l’infection peut s’étendre vers les structures profondes.
Diagnostic
Le diagnostic est essentiellement clinique. Les signes évocateurs comprennent :
- douleur intense
- rougeur et chaleur locale
- tuméfaction
- collection purulente visible.
Les examens complémentaires sont indiqués en cas de suspicion de complication :
- radiographie (recherche de corps étranger ou d’ostéite)
- bilan biologique inflammatoire
- prélèvement bactériologique peropératoire.
Complications
En l’absence de prise en charge précoce, plusieurs complications peuvent survenir :
- ténosynovite infectieuse (inflammation du tendon et de sa gaine synoviale)
- arthrite septique
- ostéite
- cellulites profondes
- septicémie.
Ces complications peuvent entraîner des séquelles fonctionnelles importantes de la main.
Traitement
Principes généraux
La prise en charge dépend du stade évolutif de l’infection. Les recommandations actuelles soulignent l’importance de :
- reconnaître précocement les formes collectées
- drainer rapidement les abcès (chirurgie)
- adapter l’antibiothérapie aux résultats microbiologiques.
Traitement médical
Au stade inflammatoire sans collection :
- antisepsie locale (chlorhexidine ou hexamidine)
- pansements réguliers
- surveillance clinique rapprochée à 48 h.
L’antibiothérapie n’est pas systématique et doit être réservée aux situations suivantes : extension régionale, signes généraux, patients immunodéprimés.
Antibiothérapie
L’antibiothérapie empirique doit cibler principalement Staphylococcus aureus. Les options recommandées incluent :
- pénicillines anti-staphylococciques
- céphalosporines de première génération
- clindamycine ou triméthoprime-sulfaméthoxazole en cas de suspicion de SARM.
L’antibiothérapie doit être adaptée secondairement aux résultats de l’antibiogramme.
Traitement chirurgical
Le drainage chirurgical sous anesthésie est indiqué en cas de collection ou de phlegmon. Les principes sont :
- incision et drainage
- excision des tissus nécrosés
- lavage abondant
- prélèvements bactériologiques.
Dans les phlegmons des gaines, une exploration chirurgicale et un lavage de la gaine tendineuse sont nécessaires.
Discussion
Les infections de la main représentent une pathologie fréquente mais potentiellement grave. L’évolution vers les structures profondes peut être rapide en raison des particularités anatomiques de la main.
Les recommandations récentes insistent sur :
- la reconnaissance précoce des signes de collection
- le rôle central du drainage chirurgical
- l’utilisation raisonnée des antibiotiques afin de limiter l’émergence des résistances.
Une prise en charge multidisciplinaire associant urgentistes, infectiologues et chirurgiens de la main est souvent nécessaire dans les formes sévères.
Conclusion
Le panaris et les phlegmons de la main sont des infections fréquentes pouvant entraîner des séquelles fonctionnelles importantes si leur traitement est retardé. Le diagnostic est principalement clinique et repose sur l’identification du stade évolutif. Les formes inflammatoires peuvent être traitées médicalement, tandis que les formes collectées nécessitent un drainage chirurgical rapide. L’antibiothérapie doit être adaptée à la gravité de l’infection et aux résultats microbiologiques.
Références
- James Barger. Fingertip infections. Orthop Clin North Am. 2024 Apr;55(2):265-272. doi: 10.1016/j.ocl.2023.10.003.
- Carmès S, Werther JR, Dumontier C. Infections de la main et des doigts. EMC Appareil locomoteur. 2018.
- Haute Autorité de Santé. Choix et durée d’antibiothérapie pour les infections cutanées et des tissus mous. HAS; 2024.
- Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française. Recommandations sur l’antibiothérapie et infections cutanées. SPILF; 2024.
- Société Française de Chirurgie de la Main. Infections de la main : panaris et phlegmon. 2023.
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