Pratique et techniques

Techniques médicales, matériel de réanimation et gestes pratiques médecine d'urgence

L’inhalation ou l’aérosolthérapie est un moyen thérapeutique connu depuis des siècles qui s’est avéré efficace avec moins d’effets indésirables systémiques. Il est largement préconisé dans les affections broncho-pulmonaires (asthme, BPCO, mucoviscidose) et ORL (sinusites, laryngites).

Trois méthodes utilisées pour l’aérosolthérapie :

L’aérosol-doseur, l’inhalateur de poudre sèche et le nébuliseur qui peuvent être utilisées tous en ambulatoire. La nébulisation est la plus prescrite en milieu hospitalier.

La nébulisation vient du mot latin "Nebula" qui veut dire brouillard. C’est en 1858 que le médecin Jean Sales-Girons inventa le premier nébuliseur portable.

Depuis la fin du siècle dernier différents appareils électriques et électroniques, de plus en plus petits et sophistiqués, ont vu le jour.

Plusieurs recommandations de bonne pratique ont été élaborées sur ce sujet [1][2].

C’est une technique thérapeutique courante en médecine mais qui n’est pas toujours bien appliquée.

D’après une enquête, faite à Paris en 2016 [3], il existe chez la plupart des soignants un manque de connaissances à propos de chacune des étapes de réalisation de la nébulisation. Les points les plus critiques identifiés concernent notamment le choix du fluide médical, les règles d’hygiène, les mésusages et un défaut de prescription. La moitié des soignants ne savent pas que les médicaments injectables ne sont pas tous nébulisables [3].

 I. DÉFINITIONS :

  •  Aérosol : suspension stable de particules solides ou liquides de petit diamètre dans un mélange gazeux (air ou oxygène). C’est le nuage de particules que le patient inhale.
  • Inhalation : pénétration de gaz et/ou de particules dans les voies respiratoires.
  • Aérosolthérapie : traitement par un médicament délivré par voie d’aérosol avec aérosol-doseur, inhalateur de poudre sèche ou nébuliseur.
  • Nébulisation : action de créer un aérosol à partir d’un liquide.
  • Nébuliseur (dit parfois Nébulisateur) : Appareil au sein duquel se produit la nébulisation.
  • Compresseur : appareil électrique comprimant l’air à la pression voulue pour déclencher la production d’aérosol dans un nébuliseur, auquel il est relié par un flexible.
  • Interface patient : partie du circuit de délivrance de l’aérosol directement en contact avec le patient : embout buccal ou nasal ou masque naso-buccal.

 II. LE SYSTÈME DE NÉBULISATION :

La nébulisation nécessite :

1. Un compresseur ou générateur de gaz sous pression (air ou oxygène).

2. Un nébuliseur qui transforme la suspension liquide en aérosol. Il contient un récipient pour le médicament à nébuliser et relié au compresseur par une tubulure.

3. Une interface patient : l’embout buccal est préférable dans les situations non urgentes, le masque facial est destiné aux malades insuffisants respiratoires et les enfants, l’embout nasal est réservé pour les indications ORL.

Il existe trois grands modèles de nébuliseurs : pneumatiques, ultrasoniques et à membrane.

 - Les appareils pneumatiques présentent l’inconvénient d’être bruyants mais ils ont l’avantage d’être compatibles avec tous les médicaments. Ils sont les plus répandus.

- Les nébuliseurs ultrasoniques : sont silencieux, en revanche les corticoïdes, les liquides visqueux ou huileux et les mélanges ne sont pas compatibles.

- Les nébuliseurs à membrane ou à tamis vibrant ont l’avantage d’être silencieux et de petite taille, mais ils sont couteux et inappropriés pour l’usage hospitalier à cause de la difficulté de désinfection.

Pour que la nébulisation soit efficace il faut que l’aérosol obtenu soit de petite taille. Les particules de diamètre > 5 microns s’arrêtent au niveau du nez et la trachée, entre 2 et 5 microns ils agissent au niveau des bronches et seules les particules < 2 microns arrivent aux alvéoles.

 III. MÉDICAMENTS DE LA NÉBULISATION ET INDICATIONS :

Selon les indications thérapeutiques, les médicaments ayant l’AMM sont les suivants.

1. Traitement de l’asthme aigu sévère ou grave et des poussées aigües de BPCO :

La nébulisation est la technique de choix pour délivrer les médicaments en urgence puisque efficaces et rapides sans effets indésirables notables [4].

  • les bêta-2-mimétiques :

- Terbutaline (BRICANYL®) : dosette 5 mg/2 ml - dose enfant 0,1 à 0,2 mg/kg – adulte 5 à 10 mg
- Salbutamol (VENTOLINE®) : flacon 5 mg/ml - dose enfant 50 à 150 μg/kg – adulte 5 à 10 mg
Peuvent être nébulisés avec appareil pneumatique ou ultrasonique.

Les effets indésirables sont moins fréquents que la forme injectable (tremblements, palpitations et tachycardie), une hypokaliémie est possible à forte dose.

  • L’anticholinergique Bromure d’ipratropium (ATROVENT®) à utiliser toujours en association avec les bêta-2-mimétiques avec un appareil pneumatique seulement. Dose enfant : 0,25 mg - Dose adulte : 0,5 mg toutes les 8 heures.
  • les corticoïdes :

- Budésonide (PULMICORT®) 1 mg/2 ml - Dose 0,5 à 2 mg par séance
- Béclométhasone (BECLOSPIN®) 1 mg/2 ml  - Dose 1 à 2 mg par séance

Les corticoïdes ne sont compatibles qu’avec les nébuliseurs pneumatiques. Le patient doit rincer la bouche après la nébulisation de corticoïdes par risque d’irritation et de mycoses de la muqueuse.

2. Indications de l'aérosol en ORL :

Pour le traitement des pathologies rhino-sinusiennes, il est recommandé d’utiliser un appareil de nébulisation avec adjonction de vibrations soniques. L’embout nasal est utilisable chez l’enfant dès l’âge 4 - 6 ans. L’aérosolthérapie est indiquée pour traiter les rhinosinusites subaiguës (4 à 12 semaines d’évolution) et chroniques (plus de 12 semaines d’évolution) et non pas pour les sinusites aigues, à raison de 2 séances de 10 minutes par jour durant 7 jours [8].

Les médicaments ayant l’AMM sont : budesonide, beclomethasone, tobramycine, colimycine.

Décongestion nasale : GOMENOL SOLUBLE® Ampoule de 5 ml. C'est une huile essentielle végétale ayant des propriétés antiseptiques et décongestionnantes (rhumes, rhinites, rhinopharyngites)

Dose 1 ampoule par séance, chez l'adulte et l'enfant de plus de 12 ans. Risque de convulsions en cas de surdosage

3. Autres indications de la nébulisation :

  •  Traitement de la mucoviscidose : Dornase alfa (PULMOZYME®), Tobramycine, Colimycine avec nébuliseur pneumatique.
  • Expectoration induite : Sérum salé hypertonique 7,5% avec nébuliseur ultrasonique
  • Prévention de pneumocystose en cas d’immunodépression : Pentamidine (PENTACARINAT®).
  • HTAP de classe III : antiagrégant plaquettaire Iloprost (VENTAVIS®)..

 IV. PRÉCAUTIONS GÉNÉRALES :

  • La nébulisation est un acte de soin nécessitant une prescription médicale écrite et détaillée (choix de l’appareil et du médicament, doses, dilution ou pas, durée et nombre des séances).
  • Il ne faut nébuliser que les médicaments ayant l’AMM et adaptés à cette technique.
  • Les solutions injectables ne sont pas conçues pour faire des aérosols et inversement. Vérifier sur l'étiquette que le produit est pour nébulisation.
  • La solution doit être stérile, non huileuse et ne contenant pas d’excipients toxiques comme les sulfites qui risquent de provoquer une réaction allergique ou irritation bronchique.
  • La dilution se fait avec du sérum salé physiologique pour avoir un volume de 5 ml maximum dans le nébuliseur. Il ne faut jamais utiliser l’eau distillée.
  • Il faut utiliser de l’air comme propulseur en cas de BPCO et de l’oxygène 6-8 litres dans l’asthme.
  • La nébulisation dure en moyenne 10 à 15 minutes. Le patient doit être assis durant la séance. Vérifier l'existence de brouillard inhalé par le patient.
  • En cas d’utilisation de masque facial il faut enlever les crèmes et produits cosmétiques du visage par risque de brulures avec l’oxygène.
  • Comme tous les actes de soins il faut respecter les règles d’hygiène (lavage des mains, prélèvement du médicament avec asepsis)
  • Le nettoyage du système de nébulisation après usage est une procédure importante. Démonter le système, laver à l’eau chaude savonneuse, désinfection et séchage puis ranger à sec et à l’abri de la poussière. Ne pas réutiliser le matériel sans nettoyage préalable.

 RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES :

  1. DAUTZENBERG B, et al. : Bonnes pratiques de l’aérosolthérapie par nébulisation. Rev Mal Respir 2007; 24 : 751-7
  2. BOE J et al.: European Respiratory Society Task Force on the use of nebulizers. European Respiratory Society Guidelines on the use of nebulizers. Eur Respir J 2001;18: 228-42
  3. EYCHENNE N, et al. : Évaluation des connaissances et des pratiques de la nébulisation par les soignants. Revue des Maladies Respiratoires (2016), Elsevier dx.doi.org/10.1016/j.rmr.2016.10.006
  4. SFMU, SRLF : Prise en charge de l’exacerbation sévère d’asthme. Recommandations formalisées d’experts communes 2018.
  5. CAROLINE RADAN : L’aérosolthérapie dans le traitement des troubles respiratoires. Actualités pharmaceutiques, n° 566, mai 2017, 35-39
  6. THOMAS ROTHE : Thérapie par inhalation, partie 1: principes physiques et systèmes. Forum Med Suisse 2014;14(20):402–406
  7. THOMAS ROTHE : Thérapie par inhalation, partie 2: technique d’inhalation et principes actifs. Forum Med Suisse 2014;14(21):426–430
  8. V. PRULIÈRE-ESCABASSE et al. : Consensus document for prescription of nebulization in rhinology. European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck diseases 131 (2014) 371–374

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Recommandations pour la mesure de la Saturation Pulsée en Oxygène (SpO2)

L'oxymètre de pouls (pulse oximetry), ou saturomètre, est un instrument permettant de mesurer de façon simple et non invasive la saturation de l’hémoglobine en Oxygène. SpO2 désigne saturation pulsée en O2. Le «p» signifie pulsée.

La SpO2 est l’un des paramètres vitaux à évaluer pour chaque patient en consultation  (conscience, fréquence cardiaque, TA, fréquence respiratoire, température). C'est l'un des critères du triage à l'accueil des urgences.

La technique a été inventée en 1942 et utilisée depuis les années 80 par les anesthésistes américains en salle d’opération et salle de réveil, il devient par la suite de pratique courante en médecine.

C’est une méthode de dépistage et de surveillance de l’hypoxémie lors d’une insuffisance respiratoire, cependant elle est parfois imprécise et a ses limites. Certains appareils modernes peuvent également évaluer la capnie (PaCO2), donnée très utile dans les BPCO.

NOMENCLATURE À CONNAITRE :

Saturation en oxygène : dans les globules rouges, chaque molécule d’hémoglobine (Hb) contient 4 atomes de fer ce qui permet de fixer au maximum 4 molécules d’oxygène, après quoi l’hémoglobine est décrite comme "saturée en oxygène à 100%". Le globule rouge saturée prend une couleur rouge vif. L'hémoglobine pauvre en oxygène prend la couleur bleu-violet. L’oxygène existe également dissout dans le sang en faible quantité (1 à 2%).

GDS : l’analyse des gaz du sang est la méthode de laboratoire la plus fiable pour mesurer différents paramètres de l’oxygénation telle que PaO2, PaCO2, PH sanguin et réserves alcalines (bicarbonates).

PaO2 : Pression Partielle d’Oxygène reflète la quantité d’oxygène transportée par le sang vers les organes. Elle est normalement entre 80 et 90 mmHg.

SaO2 (dite parfois Sat O2) : est la Saturation de l’hémoglobine en O2 mesurée au laboratoire par prélèvement du sang artériel.

SpO2 : est la Saturation Pulsée en Oxygène détectée par le capteur de l’oxymètre posé sur la peau du patient au niveau du doigt, de l’orteil, de l’oreille, du talon et parfois au front pour certains capteurs. La valeur normale est comprise entre 95 et 100% quelque soit l’âge. Elle est habituellement très proche de la SaO2 mais pas toujours, c’est une mesure parfois imprécise dans différentes situations qu’il faut connaitre, en particulier lorsque la saturation est inferieure à 90%. Son intérêt pour le dépistage de la cyanose au stade infra-clinique a été démontré, comme dans le diagnostic précoce des cardiopathies congénitales chez le nouveau né.

PRINCIPE DE FONCTIONNEMENT :

 

L’oxymétrie de pouls est une technique non invasive, transcutanée qui mesure la saturation de l’hémoglobine en oxygène par l’intermédiaire d’un capteur positionné au niveau d’un doigt, un orteil ou le lobe de l’oreille. L’appareil utilise une méthode spectrophotométrique grâce à l’émission d’ondes de deux fréquences différentes (rouge 660 nm et infrarouge 900 à 940 nm). L'absorption de la lumière à ces longueurs d'onde diffère de manière significative entre le sang chargé d'oxygène et le sang ne contenant pas d'oxygène.

L'hémoglobine oxygénée absorbe plus de lumière infrarouge et laisse passer plus de lumière rouge. L'hémoglobine désoxygénée laisse passer plus de lumière infrarouge et absorbe plus de lumière rouge.
Le capteur comporte une diode émettrice de lumière et de l’autre coté un récepteur de la lumière qui a traversé les tissus.

L’appareil affiche 3 données : la SpO2 en %, la fréquence de pulsation du pouls par minute et la courbe de l’onde du pouls. La courbe devient irrégulière en cas d’hypoperfusion sanguine ou de mauvais signal (voir facteurs de dysfonctionnement).

L'oxymètre de pouls peut être incorporé dans un moniteur patient (scope) qui surveille plusieurs paramètres vitaux. Des oxymètres de pouls portables à piles sont également disponibles en cabinet médical, pour le transport ou pour la surveillance à domicile.

INDICATIONS DE L’OXYMÈTRE :

L’oxymètre n’est qu’un outil d’estimation de la gravité d’une insuffisance respiratoire, il ne remplace ni l’examen clinique ni le dosage des gaz du sang (GDS).

Il est indiqué dans les situations suivantes :

- dépistage et surveillance des états d’insuffisance respiratoire et d’hypoxémie chez l’adulte et l’enfant à l’exception des BPCO dont l’indicateur majeur de décompensation est la PaCO2 et non la SaO2.
- évaluation de la réponse favorable à l’oxygénothérapie et/ou aux thérapeutiques prescrites.
- surveillance d’un patient intubé ou sous anesthésie générale.

La SpO2 <90 % est une urgence médicale et doit être traitée avec l'oxygène et les thérapeutiques adéquates.

FACTEURS DE DYSFONCTIONNEMENT :

Plusieurs facteurs peuvent interférer avec le bon fonctionnement d'un oxymètre de pouls, notamment:

  • défaut de positionnement du capteur.
  • une lumière ambiante vive (telle que la lumière du bloc opératoire ou la lumière du soleil) directement sur la sonde peut affecter la lecture. Protégez la sonde de la lumière directe.
  • le mouvement du patient et les frissons peuvent rendre la détection du signal difficile.
  • le volume d'impulsion : l'oxymètre détecte uniquement le flux pulsatile du sang (variation entre systole et diastole). Lorsque la pression artérielle est basse en raison d'un état de choc ou que le débit cardiaque est faible ou que le patient présente une arythmie, le pouls devient très faible et l'oxymètre peut ne pas être capable de détecter le signal.
  • la vasoconstriction réduit le flux sanguin vers les périphéries. L'oxymètre peut ne pas détecter un signal si hypothermie ou une vasoconstriction périphérique ou brassard de tensiomètre serré.
  • l’intoxication au monoxyde de carbone (CO) peut donner une saturation faussement rassurante. Le monoxyde de carbone se lie très bien à l'hémoglobine et déplace l'oxygène pour former un composé rouge vif appelé carboxyhémoglobine. L’oxymétrie de pouls ne différencie pas O2Hb et COHb car aux longueurs d'onde choisies, l'absorption lumineuse est très proche pour les deux molécules. Il ne faut pas utiliser l'oxymètre de pouls dans ce contexte.
  • l’anémie sévère peut fausser les résultats à cause d’une carence en hémoglobine.
  • Les anomalies de l'hémoglobine : comme la Drépanocytose et la Méthémoglobinémie.
  • la pigmentation cutanée (vernis à ongle foncé, henné) peut modifier la mesure de SpO2.

ENTRETIEN DE L’APPAREIL :

Le capteur de l'oxymètre de pouls est un appareil délicat. Il est sensible à une manipulation brutale et à une chaleur excessive et peut être endommagé en renversant des fluides. Le moniteur peut être nettoyé en essuyant doucement avec un chiffon humide. Lorsqu'il n'est pas utilisé, il doit être connecté à une alimentation électrique pour garantir que la batterie est complètement chargée.

POUR EN SAVOIR PLUS :

  1. F. VOLTER : La saturation en oxygène : laquelle choisir ? Annales de Biologie Clinique, Volume 61, numéro 2, Mars - Avril 2003, 175-81
  2. FRÉDÉRIC THYS et col. : Saturomètre en médecine générale. La revue du praticien médecine générale, Tome 21, N° 772/773, 22 Mai2007, 550-551
  3. AMANDINE BERTARREX et col. : Place des méthodes de mesure non invasive de l’hémoglobine. Le Praticien en anesthésie réanimation (2013) 17, 123—126
  4. G. AUBERTIN et col. : Recommandations pour l’oxygénothérapie chez l’enfant en situations aiguës et chroniques : évaluation du besoin, critères de mise en route, modalités de prescriptions et de surveillance. Revue des Maladies Respiratoires, Volume 30, Issue 10, Décembre 2013, Pages 903-911
  5. E.FRIJA-ORVOËN : Fiche pratique : l’oxymétrie de pouls en 2015. Médecine du Sommeil. Volume 12, Issue 2, June 2015, Pages 91-95
  6. CLARK A. P. and al.: Pulse Oximetry Revisited. Clinical Nurse Specialist, 20(6), 268–272

 ©mise à jour 2022 - efurgences

Tout médecin doit savoir gérer une épistaxis quelque soit sa gravité. Des moyens simples sont souvent suffisants. La prise en charge spécialisée est nécessaire pour les cas graves.

  1. COMMENT SE MANIFESTE UNE ÉPISTAXIS ?

Une épistaxis est une hémorragie extériorisée par les fosses nasales, spontanée et sans cause apparente le plus souvent.
Le saignement concerne habituellement une narine, mais occasionnellement les deux narines sont impliquées.

Le sang peut couler en antérieur dans 80% des cas. Dans certain cas le sang coule en postérieur vers la gorge, puis extériorisé par la bouche et peut faire penser à une hématémèse ou une hémoptysie.

  2. COMMENT TRAITER UNE FORME BÉNIGNE ?

Il faut garder son calme. Quelle que soit l’origine de l’épistaxis, deux gestes sont systématiques :

- Le nettoyage de la (ou les) fosse(s) nasale(s) en les débarrassant des caillots qui entretiennent le saignement par fibrinolyse locale, soit par mouchage, soit par aspiration.

- La compression des narines avec 2 doigts (pouce et index), prolongée (10 minutes) et tête légèrement penché en avant.

Bien appliquées, ces 2 méthodes sont efficaces le plus souvent.

 3. DOIT-ON CONSULTER UN MÉDECIN ?

Oui, un avis médical est conseillé dans les 24 heures lorsque l’épistaxis est de faible abondance ou lorsque le saignement s’arrête spontanément.
Une consultation médicale urgente est nécessaire dans les autres cas.

 4. COMMENT ÉVALUER LA GRAVITÉ ?

Le plus souvent il s’agit d'une hémorragie bénigne en provenance de la tache vasculaire ou d’une inflammation. Le saignement s’arrête spontanément avec une simple compression du nez.

Plus rarement le saignement est récidivant ou abondant et peut exposer à un état de choc hypovolémique et/ou une anémie. La gravité dépend de la cause et du terrain sous-jacent. Un examen clinique général et un bilan biologique (NFS, bilan d’hémostase, ..) sont nécessaires en cas d’épistaxis sévère.

 5. QUE FAIRE LORSQUE LE SAIGNEMENT PERSISTE ?

  • D’abord il est recommandé d’effectuer une anesthésie locale avec vasoconstriction : mèche avec XYLOCAÏNE NAPHAZOLINÉE® laissées en place durant seulement 30 minutes en raison du passage systémique. Les contre-indications sont : allergie, épilepsie et traitement concomitant par anti-arythmiques cardiaques.
  • Ensuite un examen endoscopique des fosses nasales en ORL à la recherche d’une cause de saignement et traitement par cautérisation chimique ou électrique.

La pommade H.E.C® est fréquemment utilisée pour le traitement local d'appoint des épistaxis légères. Elle est hémostatique, protectrice et calmante. Contre-indiquée en cas d’allergie et en cas de lésions nasales infectées. Il faut éviter l'usage prolongé de ce médicament. Par ailleurs, l'effet de ce médicament pendant la grossesse ou l'allaitement est mal connu.

 6. QUELLES SONT LES INDICATIONS DE TAMPONNEMENT ?

  • Procéder au tamponnement  des fosses nasales ( avec mèche grasse, tulle gras, mèche résorbable,..) en cas d’échec du traitement de première intention, d’impossibilité à localiser l’origine précise du saignement par l’endoscopie nasale ou en cas de troubles de la coagulation.
  • Le tamponnement antérieur peut être réalisé par un médecin généraliste. Le dispositif de tamponnement est à retirer après 48 heures. Une couverture antibiotique n’est pas systématique.
  • Le tamponnement postérieur consiste en la mise en place d'un matériel compressif dans le cavum, la choane et la partie postérieure de la fosse nasale. Il est pratiqué par un spécialiste ORL en cas d’échec des autres méthodes.

 7. L’HYPERTENSION ARTÉRIELLE EST ELLE UNE CAUSE D’ÉPISTAXIS ?

L’HTA est couramment incriminée comme cause de saignement. Il n’existe pas de preuve formelle, les résultats des études effectuées restent controversés. En effet, les chiffres élevés de tension parfois constatés au moment de l’épistaxis peuvent être la conséquence du stress induit par le saignement ou encore du syndrome dit "de la blouse blanche".
Cependant, il est recommandé de contrôler médicalement l’HTA à la phase aigüe du saignement afin de diminuer sa durée et de prévenir la récidive.

8. QUE FAIRE EN CAS D’ÉPISTAXIS POST-TRAUMATIQUE ?

Dans le contexte de traumatisme, on peut observer un saignement avec ou sans fracture de l’os propre du nez. Un examen ORL en urgence est nécessaire.
Plus rarement, il peut s’agir d’une lésion de l’artère carotide interne, à suspecter devant une épistaxis abondante et des signes oculaires (exophtalmie, paralysie oculo-motrice, baisse de l’acuité visuelle). Il est recommandé d’effectuer une angio-TDM du crâne.

9. QUE FAIRE EN CAS DE TROUBLES DE LA COAGULATION ?

  • Rechercher une affection hématologique : thrombopénie, hémophilie, Willebrand
  • Pour les malades sous anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel) ayant une épistaxis modérée, la compression digitale d’une dizaine de minutes peut être suffisante. Au-delà, un tamponnement sera nécessaire, de préférence par mèches résorbables pour éviter le saignement lors de l’ablation.
  • Toute épistaxis chez un patient traité par anti-vitamine K impose le contrôle de son INR. En cas de surdosage, un traitement par vitamine K per os ou injectable est indiqué.
  • D’une façon générale, le traitement par anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires sera continué en cas d’efficacité du tamponnement et/ou de risque thrombotique élevé, sous réserve de l’absence de surdosage. En cas d’épistaxis sévère ou multi-récidivante, une modification du schéma thérapeutique doit être envisagée en collaboration avec le cardiologue.

 10. QUELS SONT LES AUTRES CAUSES RARES D’ÉPISTAXIS ?

Plus rarement la cause d’une épistaxis peut être :

  • Tumorale bénigne ou maligne des fosses nasales ou des sinus.
  • Angiomatose hémorragique familiale (maladie de Rendu-Osler) : le diagnostic repose sur la présence de trois signes parmi les quatre critères de Curaçao suivants : 
  1. des épistaxis spontanées récidivantes irrégulières et anémiantes,
  2. des télangiectasies cutanéo-muqueuses touchant les zones d’élection : lèvres, langues, pulpes et extrémités des doigts et le visage,
  3. une atteinte familiale d’au moins un parent au premier degré ayant les critères de la maladie,
  4. une ou plusieurs malformations artério-veineuses viscérales.

Référence bibliographique :

Cet article est inspiré en grande partie des recommandations 2016 « Prise en charge des épistaxis de l’adulte » - Sociétés Françaises d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Chirurgie de la Face et du Cou – Site ORL France - Texte en PDF

2018 - efurgences

N’importe quel médecin, quelque soit sa spécialité, peut être amené à prendre en charge des malades en haute altitude. On peut solliciter ses compétences de façon imprévue dans un avion de ligne ou dans un rapatriement sanitaire programmé.

Cette intervention pose des problèmes éthiques et logistiques très embêtants. Dans cet exposé, nous allons passer en revue les différentes situations et les notions de base à connaitre.

1. Introduction

Plus de 4 milliards de passagers transportés annuellement avant la pandémie de COVID-19, la probabilité d’événements médicaux en vol augmente mécaniquement. L’environnement cabine — pressurisation équivalente à 1 800–2 400 m d’altitude, hypoxie relative, faible humidité, immobilisation prolongée — peut décompenser des pathologies sous-jacentes [1].

2. Épidémiologie des incidents médicaux en vol

Les données disponibles proviennent principalement de registres de compagnies aériennes et de services de télémédecine aéronautique.

  • Peterson et al. (NEJM, 2013) rapportent une incidence d’environ 1 urgence pour 604 vols, avec déroutement dans 7,3 % des cas [2].
  • Une analyse plus récente publiée dans JAMA Network Open (2025) portant sur 77 790 événements estime une incidence d’environ 39 événements pour 1 million de passagers, avec un taux de déroutement d’environ 1,7 % [3].
  • Les décès en vol sont rares (<0,5 %) [2].

2.1 Typologie des urgences

Les événements les plus fréquents sont [2,4] :

  • Syncope ou malaise vagal (~30–40 %)
  • Symptômes gastro-intestinaux (~10 %)
  • Symptômes respiratoires (~10–12 %)
  • Douleur thoracique (~8 %)
  • Crises convulsives (~5–6 %)

Les urgences cardiovasculaires et neurologiques sont les principales causes de déroutement [2,3].

3. Physiopathologie de l’environnement cabine

Les avions commerciaux sont pressurisés à une altitude cabine équivalente pouvant atteindre 2 438 m (8 000 ft). Cette hypoxie relative entraîne une baisse de la PaO₂ artérielle d’environ 20 à 30 % chez le sujet sain [1]. Chez les patients atteints de pathologies cardiorespiratoires, cela peut induire une décompensation.

La loi de Boyle-Mariotte explique l’expansion des gaz intracavitaires en altitude, ce qui justifie les contre-indications en cas de pneumothorax non résolu ou de chirurgie récente [1,5].

4. Organisation de la réponse médicale en vol

4.1 Rôle de l’équipage

Les équipages sont formés aux premiers secours et disposent d’un kit médical conforme aux recommandations de l’International Air Transport Association (IATA) et aux exigences réglementaires nationales.

4.2 Intervention d’un médecin passager

Dans l’étude de Peterson et al., un professionnel de santé était impliqué dans 48 % des cas [2]. La présence d’un médecin augmente la probabilité de décision de déroutement, particulièrement en cas de pathologie grave [3].

  • Le médecin ne peut pas refuser l’assistance à une personne en danger sauf en cas de force majeure.
  • Il doit présenter cependant une pièce d’identité.
  • Il doit examiner le patient et lui prodiguer les soins nécessaires.
  • Les circonstances exceptionnelles l’obligent à agir au-delà de ses compétences. 
  • La responsabilité médicolégale du médecin intervenant à bord d’un avion de ligne est rarement engagée en pratique, dès lors que l’intervention est réalisée de bonne foi, conformément aux règles de l’art et dans les limites des moyens disponibles.

4.3 Télémédecine aéronautique

De nombreuses compagnies utilisent des services d’assistance médicale au sol permettant une évaluation à distance et une aide décisionnelle [2].

5. Indications du déroutement

Le déroutement est une décision médico-opérationnelle intégrant :

  • Gravité clinique
  • Temps restant jusqu’à destination
  • Accessibilité des soins au sol

Les causes principales sont les syndromes coronariens aigus, les accidents vasculaires cérébraux et les arrêts cardiaques [2,3].

Le médecin peut suggérer de dérouter l’avion mais la décision appartient au commandant de bord. Cette procédure aura des conséquences néfastes pour la compagnie aérienne du fait de son coût et du dérangement pour les passagers mais l’intérêt du patient prime.

6. Transport sanitaire aérien

Lorsque le vol commercial est inadapté, le transport sanitaire aérien constitue une alternative.

6.1 Avion sanitaire

Il s’agit d’un aéronef configuré pour soins intensifs, permettant monitorage continu, ventilation mécanique et perfusions complexes. Les normes techniques et organisationnelles sont encadrées par les autorités nationales et des organismes d’accréditation comme la Commission on Accreditation of Medical Transport Systems (CAMTS) [6].

6.2 Hélicoptère médicalisé (HEMS)

Les Helicopter Emergency Medical Services (HEMS) assurent des missions de transport primaire (pré-hospitalier) ou secondaire (interhospitalier). 

Leur intérêt est grand pour une évacuation rapide surtout dans les régions éloignées dépourvus d’hôpitaux ou de spécialistes (désert médicaux).
Ces moyens ont malheureusement certaines limites : rayon d’action limité, vol difficile la nuit, nécessite une aire d’atterrissage adaptée (hélisurface), nuisance sonore et vibration désagréable (le cas d’un état de choc par exemple), nécessité d’un patient calme ou sédaté voire intubé.
Le patient doit être bien conditionné avant le vol car l’espace limité et les secousses vont limiter les gestes thérapeutiques, la nuisance sonore gêne l’auscultation.

Le commandant de bord seul responsable de la sécurité du vol, prend toute décision. Son autorité est supérieure à celle de l’autorité médicale éventuellement présente à bord.

6.3 Matériel de base à bord et précautions :

  • Monitorage : SatO2, ECG, TA, Pouls, CO2.
  • Matériel de réanimation : intubation, drainage, médicaments, aspirateur de mucosités, pousse seringue, etc.
  • Ventilateur et Oxygène aéronautique. En effet l’oxygène de l’avion est destiné aux passagers, il faut se munir de concentrateurs d'oxygène approuvés selon les normes aéronautiques.
  • Défibrillateur : batterie de norme aéronautique exigée. En délivrant un CEE il faut bien appliquer les électrodes et mettre une patte conductrice afin d’éviter les étincelles dangereuses dans un milieu enrichi en oxygène.
  • Gonfler les ballons des sondes urinaires et trachéales avec de l’eau ou dégonfler de 25% avant le décollage.

8. Contre-indications au voyage aérien long-courrier (exemples)

Situation clinique Contre-indication Délai minimal avant vol 
Infarctus du myocarde récent Temporaire ≥ 7–14 jours (forme non compliquée)
Angor instable Absolue tant que non stabilisé Stabilisation cardiologique requise
Insuffisance cardiaque décompensée Absolue Vol possible après compensation
AVC récent (accident vasculaire cérébral) Temporaire ≥ 5–14 jours selon gravité
Chirurgie thoracique récente Temporaire ≥ 10–14 jours
Pneumothorax non résolu Absolue Attendre résolution radiologique complète
Pneumothorax traité Temporaire ≥ 7 jours après résolution
Embolie pulmonaire récente Temporaire ≥ 5 jours si stable et anticoagulé
Chirurgie abdominale majeure récente Temporaire ≥ 7–10 jours
Occlusion intestinale / subocclusion Absolue Jusqu’à résolution complète
Anémie sévère (Hb < 7–8 g/dL) Relative à absolue Correction recommandée avant vol
Drépanocytose en crise Absolue Attendre résolution
Maladie infectieuse contagieuse active (ex. tuberculose bacillifère) Absolue Après non-contagiosité certifiée
Psychose aiguë non stabilisée Absolue Stabilisation psychiatrique
Grossesse > 36 SA (grossesse simple) Refus fréquent Limite variable selon compagnie
Grossesse multiple > 32 SA Refus fréquent Variable selon compagnie
Nouveau-né < 7 jours Déconseillé ≥ 7 jours de vie
Plongée sous-marine récente Temporaire 12–24 h après plongée loisir
Pression intracrânienne élevée Absolue Stabilisation nécessaire
Besoin d’oxygène > capacité cabine sans autorisation Relative Nécessite autorisation préalable et équipement validé

Conclusion

Les incidents médicaux en vol sont fréquents mais rarement graves. Une minorité nécessite un déroutement. La coordination entre équipage, médecin volontaire et assistance médicale au sol est déterminante. Le transport sanitaire aérien représente une solution spécialisée lorsque le transport commercial est contre-indiqué ou médicalement inadapté.

Références

  1. World Health Organization. WHO guidelines for air travel. Geneva: WHO; 2005.
  2. Peterson DC, Martin-Gill C, Guyette FX, Tobias AZ, McCarthy CE, Harrington ST, et al. Outcomes of medical emergencies on commercial airline flights. N Engl J Med. 2013;368(22):2075-83.
  3. Alves PM, et al. In-Flight Medical Events on Commercial Airline Flights. JAMA Netw Open. 2025;8(6):e2512345.
  4. Dowdall N. “Is there a doctor on the aircraft?” Top 10 in-flight medical emergencies. BMJ. 2000;321:1336-7.
  5. International Air Transport Association. Medical Manual. 11th ed. Montreal: IATA; 2018.
  6. Commission on Accreditation of Medical Transport Systems. Accreditation Standards. CAMTS; 2023.

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Le SCOOP est un mot anglais qui désigne cuillère ou pelle.

Le SCOOP STRETCHER est une civière de ramassage (ou relevage). C’est un équipement médical destiné à assurer l’évacuation d’un traumatisé sans risque d’aggraver son état.