
L’agitation psychomotrice constitue un motif fréquent de recours aux urgences et représente un enjeu majeur en termes de sécurité, de diagnostic différentiel et de stratégie thérapeutique. Elle recouvre des étiologies variées, psychiatriques, toxiques, métaboliques ou neurologiques. La prise en charge moderne repose sur une approche graduée: désescalade verbale en première intention, évaluation étiologique rapide, traitement médicamenteux ciblé et recours encadré à la contention.
1. Introduction
L’agitation représente 5 à 10 % des consultations psychiatriques aux urgences et constitue une cause majeure de violence hospitalière. Elle expose à un double risque :
- Sous-estimation d’une cause organique grave
- Sur-sédation iatrogène
Les recommandations internationales (notamment celles de American Association for Emergency Psychiatry – Project BETA) insistent sur une approche centrée sur la désescalade et le traitement étiologique.
2. Définition
L’agitation est un état d’hyperactivité psychomotrice inadaptée, souvent associée à irritabilité, hostilitén, désorganisation comportementale, agressivité potentielle et altération du jugement
Elle peut aller de l’agitation anxieuse modérée à la violence extrême.
3. Physiopathologie simplifiée
L’agitation résulte d’un déséquilibre neurobiologique impliquant :
- Hyperdopaminergie (psychose)
- Hyperactivité noradrénergique (stress aigu)
- Dysrégulation GABAergique (sevrage)
- Excitation glutamatergique (toxiques, délirium ou confusion)
La compréhension du mécanisme oriente la thérapeutique.
4. Étiologies
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Causes psychiatriques |
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| Causes toxiques | Intoxications |
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| Sevrages |
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| Causes organiques |
Neurologiques |
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| Métaboliques |
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| Infectieuses |
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| Le délirium (confusion) | Urgence diagnostique majeure, caractéristiques : Installation aiguë, Fluctuations, Trouble attentionnel, Désorganisation cognitive |
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L’agitation chez le sujet âgé est organique jusqu’à preuve du contraire.
5. Pièges diagnostiques
- Attribuer trop rapidement à une cause psychiatrique
- Négliger la glycémie capillaire
- Méconnaître un sevrage alcoolique
- Confondre agitation et douleur
- Sur-sédater avant examen clinique minimal
6. Évaluation initiale
6.1 Priorité : sécurité
- Appel renfort si nécessaire
- Salle sécurisée
- Équipe formée
6.2 ABCDE rapide
- A : perméabilité voies aériennes
- B : fréquence respiratoire
- C : tension artérielle, pouls
- D : score de Glasgow, glycémie
- E : recherche traumatisme
6.3 Orientation étiologique
Éléments clés :
| Élément | Orientation |
| Hallucinations structurées | Psychose |
| Tremblements + sueurs | Sevrage alcool |
| Mydriase + tachycardie | Stimulants |
| Fluctuation vigilance | Délirium |
7. Moyens thérapeutiques
7.1 Désescalade verbale (première intention)
Principes : Parler calmement, Respecter distance de sécurité, Limiter stimuli, Reformuler, Éviter confrontation
Elle permet d’éviter contention et sédation dans 30–60 % des cas.
7.2 Contention mecanique
7.2.1 Indications
- Danger immédiat pour soi ou autrui
- Échec désescalade
- Nécessité d’administration IM
7.2.2 Types
- Contention humaine (équipe formée)
- Contention mécanique
7.2.3 Principes médico-légaux
- Décision médicale tracée (ordonnance signé, notifier par écrit dans le dossier)
- Surveillance rapprochée
- Réévaluation régulière
- Durée minimale
La contention est une mesure exceptionnelle et transitoire.
7.3 Traitement médicamenteux
Objectif :
calmer sans anesthésier
7.3.1 Antipsychotiques
| DCI - Nom commercial | Voie | Dose initiale Ad | Dose max 24h | Particularités | |
| Olanzapine Zyprexa® | PO/IM | 5–10 mg | 20 mg | Éviter IM + BZD concomitante | |
| Risperidone Risperdal® | PO | 1–2 mg | 6 mg | Bonne tolérance EPS** | |
| Aripiprazole Abilify® | IM | 9,75 mg | 30 mg | Moins sédatif | |
| Ziprasidone Zeldox® | IM | 10–20 mg | 40 mg | Surveillance QT | |
| Halopéridol Haldol® | IM/IV | 2,5–5 mg | 10–20 mg | Risque QT, EPS** | |
** EPS = Symptôme Extrapyramidal
Avantages : moins d’effets extrapyramidaux, meilleure tolérance.
7.3.2 Benzodiazépines
| DCI Nom commercial | Voie | Dose initiale Ad | Répétition | Indications principales | |
|---|---|---|---|---|---|
| Lorazepam Temesta® | PO/IM/IV | 1–2 mg | toutes 30–60 min | Sevrage alcool, agitation non psychotique | |
| Midazolam Hypnovel® | IM/IV | 2,5–5 mg IM | toutes 10–15 min | Agitation sévère rapide | |
| Diazépam Valium® | IV/PO | 5–10 mg | selon réponse | Sevrage alcool | |
Risques : Dépression respiratoire, Aggravation délirium
7.3.3 Stratégies pratiques
Patient coopérant
➡️ Voie orale privilégiée
Patient non coopérant
➡️ IM selon étiologie
Agitation extrême
➡️ Association antipsychotique + benzodiazépine
8. Surveillance post-sédation
- Indispensable : TA, FC, FR, SpO₂, ECG si antipsychotique, Score de sédation
- Complications à surveiller : Dépression respiratoire, Hypotension, Syndrome malin des neuroleptiques (rare)
9. Situations particulières
Sujet âgé
- Doses réduites
- Priorité à cause organique
Femme enceinte
- Bénéfice/risque
- Concertation spécialisée
Excited delirium
- L'excited delirium (délirium agité) est un état d'agitation extrême, de détresse aiguë et de comportement violent, souvent associé à une toxicité médicamenteuse (cocaïne, stimulants) ou à des troubles psychiatriques. souvent avec hyperthermie. Risque arrêt cardiaque
- Prise en charge urgente et monitorée.
10. Discussion
La prise en charge moderne privilégie :
- Approche étiologique
- Antipsychotiques atypiques
- Réduction contention
- Sédation proportionnée
- Surveillance structurée
L’enjeu est d’éviter deux écueils :
- Excès de médicalisation
- Retard diagnostique d’une cause organique
11. Conclusion
L’agitation aux urgences est un symptôme, non un diagnostic. La qualité de la prise en charge repose sur une équipe formée, un protocole clair et une vigilance constante face aux causes organiques.
Bibliographie
- Wilson MP, Brennan JJ, Modesti L, et al. Lengths of stay for agitated patients in the emergency department after implementation of Project BETA. West J Emerg Med. 2015;16(2):278-285.
- Haute Autorité de Santé. Isolement et contention en psychiatrie générale. Recommandations de bonne pratique. 2017.
- NICE guideline NG10. Violence and aggression: short-term management in mental health, health and community settings. 2015.
- Taylor DM, Barnes TRE, Young AH. The Maudsley Prescribing Guidelines in Psychiatry. 14th ed. Wiley Blackwell; 2021.
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