Pratique et techniques

Techniques médicales, matériel de réanimation et gestes pratiques médecine d'urgence

Le FAST est une échographie ciblée, rapide et décisionnelle destinée à identifier un épanchement liquidien anormal (le plus souvent hémorragique) chez le patient traumatisé. Réalisable au lit du patient ou en préhospitalier, il oriente immédiatement la stratégie de prise en charge (chirurgie, scanner, transport prioritaire).

1. Introduction

L’échographie FAST (Focused Assessment with Sonography for Trauma) est un examen échographique ciblé, rapide et reproductible, intégré à la prise en charge initiale des patients traumatisés en médecine d’urgence. Son objectif principal est la détection précoce d’un épanchement liquidien anormal, le plus souvent hémorragique, dans des cavités potentiellement vitales. Elle s’inscrit comme un outil d’aide à la décision immédiate, complémentaire de l’examen clinique, et non comme un examen exhaustif.

L’évolution des pratiques a conduit à l’extension du FAST vers l’E‑FAST (Extended FAST), incluant l’exploration pleuropulmonaire pour la recherche d’hémothorax et de pneumothorax.

2. Intérêts et utilités du FAST

2.1 Intérêts principaux

  • Examen rapide (2 à 5 minutes)
  • Réalisable au lit du patient, sans interruption des soins
  • Non invasif, reproductible
  • Utilisable chez le patient instable hémodynamiquement
  • Réduction du délai décisionnel (chirurgie, radiologie interventionnelle)

2.2 Apports cliniques

  • Détection d’un hémopéritoine
  • Détection d’un hémopéricarde avec risque de tamponnade
  • Détection d’un hémothorax (E‑FAST)
  • Détection d’un pneumothorax (E‑FAST)

Le FAST permet d’orienter rapidement le patient vers :

  • Une laparotomie ou thoracotomie d’urgence
  • Un scanner corps entier chez le patient stable
  • Une surveillance rapprochée avec répétition de l’examen

3. Indications en médecine d’urgence

3.1 Indications principales

  • Traumatisme fermé ou pénétrant à haute cinétique
  • Patient traumatisé avec instabilité hémodynamique inexpliquée
  • Polytraumatisé en phase de bilan initial (ABCDE)

3.2 Indications spécifiques

  • Suspicion de tamponnade traumatique
  • Suspicion d’hémorragie interne sans extériorisation
  • Suivi évolutif d’un traumatisé (FAST répété)

3.3 Situations particulières

  • Femme enceinte traumatisée
  • Patient sous anticoagulants
  • Milieu préhospitalier ou structure sans accès immédiat au scanner

4. Limites et pièges

  • Sensibilité dépendante de l’opérateur (l'entrainement est indispensable)
  • Négatif si faible volume liquidien (< 200 ml)
  • Ne détecte pas les lésions d’organes solides sans épanchement
  • Faux positifs : ascite, dialyse péritonéale, grossesse
  • Faux négatifs : examen trop précoce

👉 Un FAST négatif n’élimine pas une lésion grave, en particulier chez le patient stable.

5. Technique de réalisation

5.1 Conditions de réalisation

  • Patient en décubitus dorsal
  • Examen intégré au bilan primaire
  • Réglages simples : profondeur adaptée, gain modéré

5.2 Les 4 fenêtres classiques du FAST

1) Fenêtre hépatosplénique (quadrant supérieur droit)

  • Sonde sous-costale droite, ligne médio-axillaire
  • Recherche de liquide dans l’espace de Morrison (hépatorénal)

2) Fenêtre splénorénale (quadrant supérieur gauche)

  • Sonde sous-costale gauche
  • Recherche de liquide entre la rate et le rein

3) Fenêtre pelvienne

  • Coupe sus-pubienne longitudinale et transverse
  • Recherche de liquide dans le cul-de-sac de Douglas (femme) ou recto-vésical (homme)

4) Fenêtre péricardique

  • Coupe sous-xiphoïdienne (ou parasternale si besoin)
  • Recherche d’un épanchement péricardique

6. Extension E‑FAST

6.1 Exploration pleurale

  • Recherche d’hémothorax : liquide anéchogène au-dessus du diaphragme
  • Recherche de pneumothorax :
    • Absence de glissement pleural
    • Absence de lignes B
    • Signe du code-barres en mode TM

6.2 Intérêt clinique

  • Diagnostic plus rapide que la radiographie thoracique
  • Pertinent chez le patient ventilé ou instable

7. Matériel nécessaire

7.1 Échographe

  • Appareil portable ou fixe
  • Démarrage rapide
  • Bonne résolution en basse fréquence

7.2 Sondes

  • Sonde convexe basse fréquence (2–5 MHz) : examen abdominal et péricardique
  • Sonde linéaire haute fréquence (7–12 MHz) : exploration pleurale (E‑FAST)

7.3 Accessoires

  • Gel échographique
  • Protection de sonde si contexte septique

8. Formation et compétences

  • Apprentissage théorique + pratique supervisée
  • Courbe d’apprentissage rapide
  • Nécessité d’une pratique régulière
  • Intégration dans les protocoles locaux de traumatologie

9. Place du FAST dans la stratégie diagnostique

Patient FAST Conduite à tenir
Instable Positif Chirurgie immédiate
Instable Négatif Réévaluation / autres causes de choc
Stable Positif Scanner en urgence
Stable Négatif Surveillance ± scanner

10. FAST en médecine préhospitalière / SMUR

10.1 Intérêts spécifiques en préhospitalier

En médecine préhospitalière et au sein des équipes SMUR, l’échographie FAST constitue un outil décisionnel majeur permettant une évaluation rapide des causes de choc traumatique directement sur le lieu de prise en charge ou durant le transport.

Ses principaux intérêts sont :

  • Orientation étiologique rapide d’un choc hémorragique
  • Aide à la décision de priorisation du transport (trauma center, bloc opératoire)
  • Anticipation des gestes invasifs (drain thoracique, péricardiocentèse exceptionnelle)
  • Transmission d’informations clés au centre receveur

10.2 Indications en contexte SMUR

  • Traumatisé grave instable (PAS < 90 mmHg, signes de choc)
  • Polytraumatisme à haute cinétique
  • Suspicion de tamponnade traumatique (plaie thoracique, arrêt cardiorespiratoire ACR récupéré)
  • Détresse respiratoire traumatique inexpliquée

10.3 Adaptation de la technique en préhospitalier

Conditions de réalisation

  • Examen ciblé et rapide (souvent < 2 minutes)
  • Réalisé en décubitus dorsal, parfois conditions dégradées (espace, lumière, bruit)
  • Intégration stricte dans la prise en charge ABCDE

Fenêtres prioritaires

En contexte SMUR, toutes les fenêtres ne sont pas systématiques :

  • Fenêtre péricardique : prioritaire (tamponnade)
  • Quadrant supérieur droit : hémopéritoine fréquent et rapide à visualiser
  • Exploration pleurale (E‑FAST) : pneumothorax / hémothorax

La fenêtre pelvienne est souvent moins contributive en phase préhospitalière immédiate.

10.4 Interprétation et impact décisionnel

  • FAST positif chez patient instable :
    • Transport immédiat vers un centre chirurgical adapté
    • Limitation des délais sur site (« load and go »)
  • FAST négatif chez patient instable :
    • Recherche d’autres causes de choc (hémorragie externe, neurogène, obstructif)
    • Réévaluation clinique et échographique répétée

👉 Le FAST ne doit jamais retarder l’évacuation.

10.5 Matériel adapté au préhospitalier

  • Échographe portable, robuste, autonome sur batterie
  • Démarrage rapide (< 30 secondes)
  • Sonde convexe multifréquence polyvalente
  • Sonde linéaire si E‑FAST systématique

10.6 Formation et compétence en SMUR

  • Formation spécifique à l’échographie préhospitalière
  • Apprentissage centré sur des protocoles simples et reproductibles
  • Maintien des compétences par pratique régulière et simulation

10.7 Limites spécifiques en préhospitalier

  • Conditions techniques parfois difficiles
  • Temps limité sur site
  • Risque de surinterprétation

👉 Le FAST préhospitalier est un outil d’orientation stratégique, non diagnostique exhaustif.

11. Conclusion

Le FAST, et en particulier l’E‑FAST, a toute sa place en médecine préhospitalière et au sein des équipes SMUR. Utilisé de façon ciblée, rapide et intégrée à l’évaluation clinique, il permet d’optimiser l’orientation des patients traumatisés graves et de réduire les délais de prise en charge définitive, sans retarder le transport.

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La rétention urinaire aiguë (RUA) est l’incapacité brutale d’uriner malgré une vessie pleine, entraînant une distension vésicale douloureuse.
Il s’agit d’une urgence médico-chirurgicale dont la prise en charge vise à lever rapidement l’obstacle et prévenir les complications rénales, infectieuses et vésicales.

1. Définition

Incapacité brutale d’uriner avec vessie pleine, douloureuse ou non.  Le drainage rapide est indiqué.

2. Diagnostic rapide (clinique + écho si dispo)

Signes d’appel

  • Besoin impérieux d’uriner + impossibilité
  • Douleur hypogastrique intense (inconstante chez patient avec troubles de la conscience)
  • Agitation

Examen clinique

  • Globe vésical palpable, douloureux
  • Matité sus-pubienne

Examen clé

  • Échographie vésicale : globe, résidu > 300–500 mL

3. Causes fréquentes (à évoquer dès l’accueil)

  • Obstructives : hypertrophie de la prostate HBP, cancer prostate, sténose urétrale, calcul urétral enclavé
  • Neurologiques : compression médullaire, queue de cheval, AVC, sclérose en plaques, neuropathie diabétique
  • Médicamenteuses : anticholinergiques, opioïdes, Antidépresseurs tricycliques, neuroleptiques
  • Contexte : post-opératoire, infection urinaire, alcool

4. Conduite à tenir immédiate

Objectif

➡️ Drainer la vessie sans délai

Étapes

  1. Évaluer contre-indication au sondage urétral
  2. Choisir la technique de drainage
  3. Surveiller après levée d’obstacle

5. Drainage vésical : choix de la technique

A. Sondage vésical trans-urétral (1ʳᵉ intention)

Indications

  • Retention urinaire aigue sans suspicion de traumatisme urétral

Contre-indications (relatives)

  • Urétrorragie
  • Hématome périnéal
  • Fracture du bassin
  • Sténose urétrale connue serrée

Technique (rappel rapide)

  • Asepsie stricte
  • Gel anesthésique (lidocaïne)
  • Sonde Foley :
    • Homme : CH 14–18
    • Femme : CH 12–14
  • ⚠️ Ne jamais forcer

En cas d’échec ➡️ Arrêter, ne pas insister → ponction sus-pubienne / avis urologique

B. Ponction vésicale sus-pubienne

Indications

  • Échec du sondage urétral
  • Suspicion de lésion urétrale
  • Sténose infranchissable

Contre-indications

  • Vessie non pleine / non visible à l’écho
  • Trouble sévère de l’hémostase
  • Chirurgie pelvienne récente

Technique

  • Repérage écho recommandé
  • Asepsie stricte
  • Ponction médiane, 2–3 cm au-dessus de la symphyse
  • Drainage progressif

6. Après le drainage : SURVEILLANCE OBLIGATOIRE

Risque : syndrome de levée d’obstacle

  • Polyurie (> 200 mL/h)
  • Hypotension
  • Troubles hydro-électrolytiques

Surveillance

  • Diurèse horaire
  • TA, FC
  • Ionogramme, créatinine si rétention prolongée

⚠️ Ne pas clamper systématiquement la sonde

7. Bilan et traitement étiologique secondaire

  • ECBU systématique
  • Créatininémie
  • Introduction α-bloquant si suspicion HBP
  • Arrêt médicaments favorisants la retention
  • Avis urologique systématique

8. Messages clés de garde

  • Globe vésical = penser retention urinaire aigue
  • Le sondage est un geste thérapeutique urgent
  • Ne jamais forcer une sonde
  • La ponction sus-pubienne est une alternative sûre
  • Toujours surveiller après levée de l’obstacle

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Les arrêts cardiorespiratoires (ACR) et autres urgences vitales en milieu hospitalier nécessitent une réponse immédiate et coordonnée. La qualité de la réanimation dépend de la disponibilité du matériel et de la préparation des équipes. Dans ce contexte, le chariot d’urgence est un élément central de l’organisation hospitalière, qui devrait être disponible dans tous les services hospitaliers.

1. Définition du chariot d’urgence

Le chariot d’urgence est un chariot mobile, standardisé et sécurisé, contenant l’ensemble du matériel, des médicaments et des dispositifs nécessaires à la prise en charge immédiate d’une urgence vitale en milieu hospitalier, notamment lors d’un arrêt cardiorespiratoire ou d’une défaillance multi-organique. Il est conçu pour être utilisé par des professionnels de santé formés dans le cadre des protocoles d'urgence et de réanimation.

2. Description générale

Le chariot est un dispositif robuste, équipé de tiroirs compartimentés, de roulettes multidirectionnelles avec frein et d’un plan de travail supérieur. Il est organisé selon une logique fonctionnelle (airway/ventilation, circulation/perfusion, médicaments d’urgence, dispositifs invasifs).

3. Contenu du chariot d’urgence

3.1. Matériel de réanimation cardio-respiratoire

  • Défibrillateur (idéalement biphasique) avec électrodes adultes et pédiatriques
  • Ballon auto-remplisseur (BAVU) avec réservoir d’oxygène
  • Masques d'oxygène faciaux de tailles variées
  • Canules oropharyngées/nasales de tailles multiples
  • Aspirateur de sécrétions et sondes d’aspiration

3.2. Matériel de gestion des voies aériennes

  • Laryngoscope avec lames adaptées
  • Tubes endotrachéaux de différents calibres
  • Mandrins, seringues pour ballonnet
  • Dispositifs supraglottiques (par ex. masque laryngé)
  • Lubrifiant hydrosoluble

(La gestion des voies aériennes est un élément clé des algorithmes de support avancé de vie)

3.3. Accès vasculaire et matériel de circulation

  • Cathéters IV périphériques de différents calibres (branules)
  • Kits de perfusion et solutions de remplissage vasculaire
  • Garrots, compresses stériles
  • Seringues et aiguilles

3.4. Médicaments d’urgence

Des médicaments essentiels doivent être immédiatement disponibles en quantité suffisante, parmi lesquels :

  • Adrénaline
  • Amiodarone
  • Atropine
  • Solutés glucosés

3.5. Matériel de monitoring et divers

  • Tensiomètre et oxymètre de pouls
  • Stéthoscope
  • Gants propres et steriles, champs stériles
  • Protocoles écrits de réanimation

4. Utilité clinique et organisationnelle

4.1. Réponse rapide aux urgences vitales

La disponibilité immédiate d’un chariot d’urgence permet une intervention précoce, facteur déterminant de la survie des patients en arrêt cardiaque ou en détresse vitale aiguë. Les recommandations internationales encouragent des systèmes de soins qui intègrent des dispositifs prêts à l’emploi pour minimiser les délais de prise en charge.

4.2. Standardisation des pratiques et sécurité des soins

L’organisation standardisée du chariot facilite l’identification rapide du matériel et des médicaments, réduisant ainsi les erreurs en situation de stress. Cela répond aux recommandations internationales.

4.3. Support à la formation clinique et simulation

L’utilisation du chariot d’urgence s’intègre naturellement dans les formations BLS, ACLS et autres modules de réanimation, telle que celle proposée dans le ECC Handbook for Healthcare Providers de l’AHA, outil de référence pour l’enseignement des techniques de réanimation.

4.4. Qualité et amélioration continue

Des contrôles réguliers, la traçabilité des vérifications et l’actualisation des contenus assurent une amélioration continue de la qualité des soins.

Conclusion

Le chariot d’urgence est un pilier organisationnel pour la prise en charge des urgences vitales en milieu hospitalier. Sa standardisation, la disponibilité de matériel et de médicaments essentiels, associées à l’intégration des recommandations internationales de réanimation améliorent significativement la qualité des soins et les chances de survie des patients en situation critique.

Références 

  1. International Liaison Committee on Resuscitation (ILCOR) – consensus et publications de recommandations.
  2. American Heart Association (AHA) Guidelines pour la réanimation cardiopulmonaire et le soin cardiovasculaire d’urgence (ECC) – dernières recommandations 2025.
  3. European Resuscitation Council (ERC) Guidelines 2025 – directives de réanimation basées sur le consensus scientifique international. Site web

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Le débitmètre de pointe (Peak Flow Meter) est un outil simple et non invasif permettant la mesure du débit expiratoire de pointe (DEP). Il est principalement utilisé dans la prise en charge de l’asthme bronchique pour l’évaluation du degré d’obstruction bronchique, le suivi évolutif et la détection précoce des exacerbations.

La bilirubine est un pigment biliaire issu du catabolisme de l’hème, principalement provenant de la dégradation des globules rouges sénescents.