DÉFINITION :
L'entorse de la cheville est une lésion traumatique des ligaments qui stabilisent l'articulation tibiotarsienne. Elle survient généralement à la suite d’un mouvement brusque, souvent en inversion, entraînant un étirement, voire une rupture partielle ou complète d’un ou plusieurs ligaments.
RAPPEL ANATOMIQUE :
L'articulation de la cheville est composée de trois os principaux :
- le tibia et la fibula (péroné) formant la mortaise tibio-fibulaire,
- et le talus (astragale) qui s'articule avec eux.

Les ligaments principaux stabilisant cette articulation sont :
La cheville est stabilisée par trois groupes ligamentaires principaux :
A. Ligaments latéraux externes (les plus souvent atteints)
Situés sur le côté externe de la cheville.
- - Ligament talo-fibulaire antérieur (LTFA / ATFL)
- Le plus fragile
- Stabilise en flexion plantaire
- Le plus souvent lésé lors d’une entorse (≈ 80–90 % des entorses)
- - Ligament calcanéo-fibulaire (LCF / CFL)
- Stabilise en position neutre
- Souvent touché lors des entorses plus sévères (≈ 30–40 % des entorses modérées à sévères)
- - Ligament talo-fibulaire postérieur (LTFP / PTFL)
- Très solide
- Rarement lésé (entorses graves uniquement)
- Stabilise en position neutre
B. Ligament médial (ligament deltoïde)
- Situé sur le côté interne
- Très puissant
- Atteint rarement seul
- Souvent associé à une fracture ou à un traumatisme violent
PHYSIOPATHOLOGIE :
L’entorse est classée selon la gravité de la lésion ligamentaire :
- Grade I : étirement sans rupture (entorse bénigne), 50 à 60 % des cas,
- Grade II : rupture partielle (entorse modérée), 30 à 40 % des cas
- Grade III : rupture complète d’un ou plusieurs ligaments (entorse grave). rare
Le mécanisme le plus fréquent est un mouvement en varus équin, c’est-à-dire une inversion du pied en flexion plantaire, typiquement lors d’un faux pas ou pendant une activité sportive.
Ce mouvement entraîne une contrainte excessive sur les ligaments latéraux, en particulier le LTFA.
Chez le sportif, l’entorse de cheville touche majoritairement le ligament talo-fibulaire antérieur, le plus fragile.
Les ruptures complètes sont minoritaires mais les récidives sont fréquentes sans rééducation adaptée.
DIAGNOSTIC DE L'ENTORSE DE CHEVILLE :
Le diagnostic est essentiellement clinique, reposant sur :
- Anamnèse : mécanisme de torsion, sensation de craquement, douleur immédiate, gonflement,
- Inspection : œdème, ecchymoses, déformation possible,
- Palpation : douleur au niveau des faisceaux ligamentaires,
- Tests fonctionnels : test du tiroir antérieur (LTFA), test d'inversion forcée (LCF).
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Les règles d’Ottawa permettent de déterminer la nécessité de réaliser une radiographie : + Douleur à la palpation des malléoles ou du 5e métatarsien ou du naviculaire, + Impossibilité de faire quatre pas. |
Imagerie
- Radiographies standards : pour exclure une fracture associée,
- Échographie : utile pour visualiser les lésions ligamentaires superficielles,
- IRM : réservée aux entorses graves ou chroniques, permet une évaluation précise des ligaments, tendons, et os.
TRAITEMENT DE L'ENTORSE :
Après un traumatisme en torsion de cheville entraînant des symptômes (douleur, œdème, limitation fonctionnelle, etc.), toute personne devrait consulter un médecin généraliste ou aux urgences idéalement dans les 24 heures suivant le traumatisme.
- Phase aiguë (1 à 7 jours)
Le traitement initial repose sur le protocole GREC (ou RICE en anglais) :
- Glace (cryothérapie), ne metter pas directement mais dans un sachet en plastique,
- Repos,
- Élévation du pied,
- Compression (bande Velpeau)
Analgésiques et anti-inflammatoires peuvent être prescrits pour soulager la douleur.
- Immobilisation
• Entorses de grade I ou II : orthèse fonctionnelle (strapping, attelle) pendant 3 semaines,
• Grade III : parfois immobilisation stricte par botte plâtrée ou attelle amovible, suivi d'une rééducation prolongée.
- Rééducation fonctionnelle d'une entorse
➔ La rééducation est le traitement de première intention à proposer aux patients diagnostiqués d’une entorse du ligament collatéral latéral.
➔ Elle doit être mise en place rapidement pour les patients ayant un premier épisode d’entorse et pour ceux présentant des récidives, quels que soient leur âge et leur pratique d’activité physique et/ou sportive.
➔ La rééducation est personnalisée et individualisée selon les résultats des évaluations réalisées et non protocolisée selon des délais prédéfinis.
Débute rapidement (après la phase douloureuse), pour :
- Restaurer la mobilité articulaire,
- Renforcer les muscles péroniers (éverseurs),
- Améliorer la proprioception,
- Prévenir les récidives.
Rééducation d'une entorse de cheville :
- Durée : Entorse bénigne (Grade 1) : 2-3 semaines, modérée (Grade 2) : 4-6 semaines, grave (Grade 3) : plusieurs mois.
- Kinésithérapeute : indispensable pour adapter les exercices, surtout pour les entorses sévères.
- Douleur : ne jamais forcer au-delà du seuil de douleur pour éviter la chronicité.
- Chirurgie réservée aux cas suivants :
- Entorses graves avec instabilité chronique,
- Lésions ligamentaires complexes non cicatrisées après traitement conservateur,
- Sportifs de haut niveau.
Les techniques chirurgicales incluent la suture directe, reconstruction ligamentaire ou tenodèse.
COMPLICATIONS POSSIBLES :
- Instabilité chronique de cheville,
- Douleurs persistantes (syndrome algodystrophique, conflit antérieur),
- Récidives fréquentes si rééducation insuffisante,
- Lésions associées : atteinte du tendon fibulaire, lésions ostéochondrales du talus.
CONCLUSION :
L’entorse de la cheville est une pathologie fréquente, souvent bénigne, mais qui nécessite une prise en charge rigoureuse pour éviter la chronicité. Le diagnostic clinique bien conduit, associé à une rééducation adaptée, permet dans la majorité des cas une récupération fonctionnelle complète.
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