Médicaments

Médicaments et protocoles thérapeutiques, calcul des doses

L’insuline est un médicament vital pour les patients diabétiques de type 1 et il est assez souvent nécessaire au cours du diabète type 2.

La fabrication de cette hormone essentielle pour traiter le diabète, repose aujourd'hui quasi exclusivement sur le génie génétique (insuline recombinante). Des bactéries (E. coli) ou des levures sont génétiquement modifiées pour produire de l'insuline humaine.

1. Indications de l’insulinothérapie

1.1 Diabète de type 1

  • Carence absolue en insuline
  • Insulinothérapie obligatoire à vie

1.2 Diabète de type 2

  • Échec des antidiabétiques oraux
  • Hyperglycémie sévère (HbA1c > 9–10 %)
  • Décompensation aiguë (acidocétose, hyperosmolaire)
  • Situation intercurrente grave (infection sévère, chirurgie)
  • Grossesse
  • Insuffisance rénale ou hépatique avancée

1.3 Urgences métaboliques

  • Acidocétose diabétique
  • Syndrome hyperosmolaire
  • Hyperkaliémie (en association avec glucose)

2. Différents types d’insulines disponibles

Classées selon leur durée d’action :

Type d’insuline Exemples Début d’action Pic Durée Indication principale
Ultra-rapide (analogue rapide) Insuline lispro Insuline aspart Insuline glulisine 10–15 min 1–2 h 3–5 h Bolus prandial (repas), correction
Rapide (humaine régulière) Insuline régulière 30 min 2–4 h 6–8 h Repas (injection 30 min avant), IV en urgence
Intermédiaire Insuline NPH 1–2 h 4–8 h 12–18 h Basale (2 injections/jour)
Lente (analogue basal) Insuline glargine Insuline detemir 1–2 h Pas de pic marqué ~24 h Basale 1 injection/jour
Ultra-lente Insuline degludec 1 h Pas de pic 36–42 h Basale très stable, ↓ hypoglycémies nocturnes
Prémix Insuline biphasique aspart Insuline NPH/regular 10–30 min Double pic 12–24 h Schéma simplifié (2 injections/jour)
  • 🟡 Jaune = rapide = repas
  • 🟢 Vert = NPH = trouble (à resuspendre)
  • 🟣 Violet / 🔵 Bleu = basale = long
  • 🟤 Bicolore = mélange

3. Modalités d’insulinothérapie

A. Schéma basal-bolus (référence chez DT1)

  • 1 insuline lente (basale)
  • 3 injections d’insuline rapide avant les repas

➡ Reproduit la physiologie normale
➡ Permet adaptation selon glycémies et apports

B. Schéma basal seul (DT2 débutant)

  • 1 injection d’insuline lente le soir
  • Maintien des ADO (metformine) si possible

C. Schéma prémix

  • 2 injections/jour (matin et soir)
  • Moins flexible

D. Perfusion IV (urgence)

  • Insuline rapide en perfusion continue
  • Surveillance glycémie horaire

4. Doses selon les indications

⚠️ Toujours individualisées selon poids, âge, fonction rénale, glycémies.

Situation clinique Type d’insuline Dose initiale recommandée Modalités pratiques
Diabète type 1 (DT1) Basal-bolus (analogue basal + rapide) 0,4–0,6 UI/kg/j 50 % basale + 50 % bolus réparti sur 3 repas
DT1 lunaire / sujet maigre Basal-bolus 0,3–0,4 UI/kg/j Prudence hypoglycémie
DT2 – initiation basale seule Basale 10 UI/j ou 0,1–0,2 UI/kg/j Injection le soir, titration progressive
DT2 – insulinorequérant Basal-bolus 0,3–0,5 UI/kg/j Adaptation selon glycémies
DT2 très déséquilibré (HbA1c > 10 %) Basal-bolus 0,5–0,7 UI/kg/j Surveillance rapprochée
Acidocétose diabétique IV continue 0,1 UI/kg bolus puis 0,1 UI/kg/h Surveillance horaire glycémie + K⁺
Syndrome hyperosmolaire IV continue 0,05–0,1 UI/kg/h Réhydratation prioritaire
Grossesse (DT1 ou DT2) Basal-bolus 0,7 UI/kg (T1) → 0,8–1 UI/kg (T3) Besoins ↑ au 3e trimestre
Insuffisance rénale (DFG < 30) Toutes ↓ 25–50 % dose totale Surveillance rapprochée
Sujet âgé fragile Basale ± correction 0,1–0,2 UI/kg/j Objectifs glycémie plus larges
Corticothérapie Basale + correction +20–40 % besoins habituels Hyperglycémie post-prandiale fréquente
Sepsis / infection sévère Basale + bolus 0,5–0,7 UI/kg/j Insulinorésistance ↑

1.4 Dilution et perfusion hospitalière

  • Prélever 50 UI d’insuline régulière
  • Ajouter dans 50 mL de NaCl 0,9 %
  • Mélanger doucement ➡ On obtient : 1 UI = 1 mL
  • Débit = 0,1 UI/kg/h = x /h
  • Regler la PSE à x ml/h (exemple pour 40 Kg : 4 ml/h)

⚠️ Points de sécurité en cas de perfusion

✔️ Glycémie horaire (Dextro)
✔️ Kaliémie régulière
✔️ Purger la tubulure avant branchement
✔️ Ajouter G5 % quand glycémie < 2,5 g/L

 2.4 Que faire en absence de glucomètre ?

  • Historiquement, en l’absence de lecteur de glycémie (dextro), on utilisait en hospitalisation la méthode des croix de glucosurie pour adapter l’insuline par voie sous-cutanée. Par exemple 4–6 UI S/c si Glucosurue 2+, 6–8 UI si Glucosurie 3+. La glucoserie est positive si la glycémie > 1,8 g/L et ne reflète pas la valeur instantanée.
  • ⚠️ Cette méthode n’est plus recommandé aujourd’hui sauf situation exceptionnelle sans accès à la glycémie capillaire.

 5. Insuline et adaptation à l’insuffisance rénale

L’insuline est éliminée principalement par le foie (≈ 50–60 %) et le rein (≈ 30–40 %). Le risque d'hypoglycémie est important : adapter les doses et surveiller plus fréquemment.

Tableau : Adaptation des doses selon le DFG

DFG (mL/min) Adaptation recommandée
> 60 Pas d’adaptation spécifique
30–60 Surveillance rapprochée
< 30 Réduction dose totale 25–50 %
Dialyse Ajustement individualisé

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1. Définition et objectifs

La sédation procédurale vise à permettre un geste diagnostique ou thérapeutique désagréable ou douloureux en

  • réduisant anxiété, douleur et agitation
  • préservant au maximum les fonctions vitales
  • assurant une récupération rapide et sûre

Elle peut aller de l’anxiolyse légère à la sédation profonde, sans atteindre l’anesthésie générale.

2. Niveaux de sédation (rappel essentiel)

Niveau Réponse du patient Voies aériennes
Anxiolyse Répond normalement Non affectées
Sédation légère Répond à la voix OK
Sédation modérée Répond au stimulus tactile Surveillance requise
Sédation profonde Réponse difficile Risque respiratoire
Anesthésie générale Aucune réponse Contrôle des VA

👉 Beaucoup d’accidents surviennent lors du passage involontaire vers une sédation plus profonde.

3. Moyens de sédation (adultes & enfants)

A. Médicaments les plus utilisés

1️⃣ Midazolam (Hypnovel)

  • Effet : anxiolytique, amnésiant
  • Avantages : titrable, antidote (flumazénil)
  • Risques : dépression respiratoire (↑ si opioïdes)
  • Attention enfant : agitation paradoxale possible

2️⃣ Kétamine

  • Effet : dissociatif, analgésie + sédation
  • Avantages : maintien des réflexes, bronchodilatation
  • Risques :
    • hypersialorrhée
    • vomissements
    • laryngospasme (rare mais grave)
  • Très utilisée en pédiatrie

3️⃣ Propofol (Diprivan)

  • Effet : sédation rapide et profonde
  • Avantages : début/fin très rapides
  • Risques majeurs :
    • hypotension
    • apnée
  • ⚠️ Réservé aux équipes entraînées au contrôle des voies aériennes (VA)

4️⃣ Opioïdes (fentanyl, morphine)

  • Effet : analgésie
  • ⚠️ Toujours associés à un risque respiratoire, surtout avec les benzodiazépines

B. Moyens non pharmacologiques (surtout chez l’enfant)

  • présence parentale
  • distraction (tablette, musique, jeu réalité virtuelle VR)
  • hypnose conversationnelle
  • contention douce adaptée

👉 Souvent sous-estimés, mais réduisent fortement les doses médicamenteuses.

4. Spécificités adulte vs enfant

Enfant

  • Réserves respiratoires faibles
  • Désaturation rapide
  • Dosages au poids strict
  • Jeûne important (mais ne pas retarder un geste vital)

Adulte

  • Comorbidités fréquentes (Syndrome d'Apnées Obstructives du Sommeil SAOS, obésité, BPCO)
  • Médicaments chroniques (benzodiazépines, opioïdes)
  • Sensibilité accrue chez le sujet âgé

5. Erreurs classiques et comment les éviter

1. Sous-estimer le risque respiratoire

Erreur : “Ce n’est que du midazolam”

  • ✔️ Éviter : monitorage systématique disponible (SpO₂, ECG, TA ± capnographie)

2. Association dangereuse de drogues

Erreur : benzo + opioïde sans titration

  • ✔️ Éviter les erreurs :
    • doses fractionnées
    • délai d’action respecté
    • anticipation de l’addition des effets

3. Absence de préparation au pire

Erreur : pas d’oxygène, pas d’aspiration prête

  • ✔️ Éviter :
    • check-list pré-sédation
    • AMBU et matériel de VA immédiatement disponible

4. Mauvaise évaluation pré-sédation

Erreur : abscence d’ASA (Score d'évaluation du risque anesthésique), abscence d'évaluation du terrain

  • ✔️ Éviter :
    • évaluer : ASA, jeûne, VA, antécédents respiratoires
    • identifier patients à haut risque

5. Surveillance post-geste insuffisante

Erreur : retour trop rapide en salle d’attente

  • ✔️ Éviter :
    • surveillance jusqu’au retour à l’état de base
    • critères de sortie formalisés

6. Clés de sécurité à retenir

  • Un opérateur = un surveillant dédié
  • Toujours être capable de :
    • ventiler au masque
    • oxygéner
    • appeler de l’aide
  • Antidotes disponibles (naloxone, flumazénil)

La sédation procédurale n’est jamais “banale” : elle devient sûre quand elle est anticipée, titrée et surveillée.

7. Sédation procédurale – tableau spécial urgences

🦴 1️⃣ Réduction de fracture / luxation

👉 Geste douloureux, nécessite analgésie efficace ± sédation profonde

Patient Option privilégiée Doses usuelles Avantages Pièges / précautions
Adulte Fentanyl + Midazolam Fentanyl 0,5–1 µg/kg IV + Midazolam 0,5–1 mg IV titré Contrôlable, titrable ⚠️ Dépression respiratoire cumulative
Propofol 0,5–1 mg/kg IV fractionné Rapide, confortable Apnée, hypotension → VA prêtes
Enfant Kétamine IV 0,5–1 mg/kg Bonne analgésie Émergence, vomissements
Kétamine IV 1–2 mg/kg IV Gold standard Laryngospasme rare
Kétamine IM 4–5 mg/kg IM Si pas d’IV Réveil plus long

🧠 Astuce urgence : pour les réductions longues → préférer kétamine (moins d’échec analgésique).

✂️ 2️⃣ Sutures / petits gestes douloureux

👉 Douleur modérée, anxiété souvent au premier plan

Patient Option Doses Indication Pièges
Adulte Anesthésie locale seule Infiltrations S/C Suffisant dans la majorité des cas Sous-dosage local
Midazolam IV 0,5–2 mg IV titré Anxiété marquée Pas analgésique
MEOPA Inhalation Sujet coopérant Échec si agitation
Enfant MEOPA Inhalation Sutures simples Nécessite coopération
Midazolam IN/PO IN 0,2–0,3 mg/kg Anxiété Début lent
Kétamine faible dose 0,5–1 mg/kg IV Enfant non coopérant Sur-sédation possible

🧠 Erreur classique : donner un sédatif sans analgésie locale → échec quasi assuré.

🧠 3️⃣ Scanner / IRM (immobilité requise)

👉 Objectif principal = immobilité, pas la douleur

Patient Option Doses Avantages Pièges
Adulte Midazolam IV 0,5–2 mg IV Simple, rapide Insuffisant si claustrophobie sévère
Propofol 0,5–1 mg/kg bolus puis entretien Immobilité parfaite VA + surveillance stricte
Enfant Midazolam PO/IN PO 0,3–0,5 mg/kg Non invasif Échec fréquent < 4 ans
Kétamine IV 1–2 mg/kg Immobilité fiable Hypersialorrhée
Propofol 1–2 mg/kg Rapide Apnée fréquente

🧠 Règle d’or : scanner raté = sédation ratée → mieux vaut une bonne sédation d’emblée.

⚠️ Rappels de sécurité spécifiques urgences

  • 1 geste = 1 surveillant dédié
  • Toujours prêt à :
    • ventiler au masque
    • aspirer
    • administrer antidotes
  • Capnographie fortement recommandée si sédation modérée/profonde
  • Surveillance post-acte jusqu’au retour à l’état basal

En urgence, le bon choix de molécule dépend plus du geste et du terrain que de l’âge seul.

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En médecine d’urgence et préhospitalière, le remplissage vasculaire est un acte thérapeutique majeur, dont l’indication, le choix du soluté et la quantité administrée conditionnent directement le pronostic du patient.

1. Définition et principes généraux

Les solutés de remplissage sont des solutions administrées par voie intraveineuse afin d’augmenter le volume sanguin circulant efficace.

Objectifs :

  • restaurer la précharge et le débit cardiaque,
  • améliorer la perfusion tissulaire,
  • corriger une hypovolémie absolue ou relative.

⚠️ Le remplissage n’est jamais anodin : il doit être raisonné, réévalué et ciblé.

2. Classification simplifiée

  • Cristalloïdes (première intention)
  • Colloïdes (indications limitées)

3. Cristalloïdes

3.1. Cristalloïdes isotoniques

a. Indications principales

  • Choc hémorragique (en attente de transfusion)
  • Choc septique
  • Déshydratation extracellulaire
  • Brûlures étendues
  • Hypovolémie préhospitalière (SMUR)

➡️ Solutés de première intention en urgence

b. Exemples de produits disponibles

  • Sérum salé isotonique (NaCl 0,9 %)
  • Ringer lactate
  • Ringer acétate
  • Plasma-Lyte®

c. Effets indésirables

  • Surcharge volémique
  • Œdème pulmonaire aigu
  • Hémodilution
  • Acidose hyperchlorémique (NaCl 0,9 %)
  • Troubles ioniques (K+, Na+)

d. Précautions d’emploi

  • Surveillance clinique (TA, FC, diurèse, SpO₂)
  • Réévaluation dynamique (réponse au bolus)
  • Prudence chez :
    • insuffisant cardiaque
    • insuffisant rénal
    • patient âgé
  • Préférer les solutés balancés si volumes importants

3.2. Cristalloïdes hypotoniques

a. Indications

  • Apports hydriques
  • Correction lente de déshydratation intracellulaire 

Pas d’indication dans le remplissage vasculaire

Les solutés polyioniques glucosés (G 5% + électrolytes NaCl 9%) ne sont pas des solutés de remplissage, utiles seulement dans certaines situations ciblées et hors urgence (déshydratation, Sujet dénutri, pédiatrie)

b. Exemples

  • Glucose 5 %

c. Effets indésirables

  • Hyponatrémie de dilution
  • Œdème cérébral
  • Inefficacité hémodynamique

d. Précautions

  • Ne jamais utiliser pour traiter un état de choc

4.3. Cristalloïdes hypertoniques

a. Indications spécifiques

  • Hypertension intracrânienne
  • Traumatisme crânien grave (situation sélectionnée)

b. Exemples

  • NaCl hypertonique 3 %
  • NaCl hypertonique 7,5 % (rare)

RescueFlow® est un système de perfusion rapide permettant l’administration à haut débit de solutés ou de produits sanguins en situation d’urgence vitale.

c. Effets indésirables

  • Hypernatrémie
  • Déshydratation intracellulaire
  • Troubles du rythme

d. Précautions

  • Indication spécialisée
  • Surveillance biologique stricte

4. Colloïdes

4.1. Albumine humaine

a. Indications

  • Hypovolémie avec hypoalbuminémie sévère (cas sélectionnés)
  • Cirrhose avec complications (hors urgence vitale pure)
  • Situations particulières en réanimation

❌ Pas d’indication systématique en SMUR

b. Exemples

  • Albumine 4–5 % (iso-oncotique)
  • Albumine 20–25 % (hyper-oncotique)

c. Effets indésirables

  • Surcharge volémique
  • Réactions allergiques (rares)
  • Coût élevé

d. Précautions

  • Évaluer strictement le rapport bénéfice/risque
  • Surveillance hémodynamique

4.2. Colloïdes de synthèse

a. Indications

🚫 Aucune indication recommandée en médecine d’urgence

b. Exemples

  • Hydroxyéthylamidons (HEA)
  • Gélatines
  • Dextrans

c. Effets indésirables majeurs

  • Insuffisance rénale aiguë
  • Troubles de la coagulation
  • Augmentation de la mortalité
  • Réactions anaphylactoïdes

d. Précautions

  • Contre-indiqués en choc septique, hémorragique et en réanimation

5. Choix pratique du soluté selon le terrain

  • Patient choqué : cristalloïdes isotoniques balancés
  • Traumatisé hémorragique : remplissage modéré + transfusion précoce
  • Choc cardiogénique : bolus prudents, monitorage étroit
  • Sujet âgé : volumes limités, réévaluation fréquente

6. Messages clés à retenir 

  • Les cristalloïdes isotoniques sont la base du remplissage
  • Les solutés balancés sont à privilégier
  • Le remplissage excessif est délétère
  • Les colloïdes de synthèse sont à proscrire
  • Toujours réévaluer après chaque bolus

7. Conclusion

Le remplissage vasculaire doit être envisagé comme un traitement ciblé, adapté au mécanisme du choc et au terrain du patient. En pratique d’urgence et de SMUR, la simplicité, la sécurité et la réévaluation priment : le bon soluté, au bon patient, au bon moment.

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1. Définition

Le bicarbonate de sodium (NaHCO₃) est un composé chimique alcalin (ion bicarbonate) utilisé comme médicament. Il agit en neutralisant les acides en milieu extracellulaire ou gastrique (par voie orale) et en alcalinisant certains fluides biologiques. Classé pharmacologiquement comme un agent tampon/électrolyte.

2. Présentations pharmaceutiques

Solutions injectables / perfusion intraveineuse

  • Bicarbonate de sodium isotonique 1,4% ou hypertonique 4,2% en solution pour perfusion IV, utilisé en milieu hospitalier (acidose, intoxications graves).
  • Le bicarbonate de sodium est incompatible avec la plupart des médicaments, jamais de mélange avec autres produits

3. Indications thérapeutiques hospitalières

  • Correction de l’acidose métabolique sévère, notamment :
    • Insuffisance rénale,
    • Ketoacidose diabétique sévère (avec pH très bas),
    • Choc, sepsie, hypoperfusion, acidose lactique.
  • Intoxications médicamenteuses/acides organiques nécessitant alcalinisation urinaire ou tamponnage extracellulaire (p.ex., salicylés, barbituriques).
  • Alcalinisation de l’urine pour certaines lithiases ou prévenir la précipitation de médicaments toxiques.
  • Gestion de certaines hyperkaliémies, par effet transitoire sur le potassium extracellulaire (en situation d’urgence).

Remarque importante : L’utilisation du bicarbonate ne doit pas remplacer le traitement étiologique de l’acidose sous-jacente (p.ex., insuline dans la ketoacidose diabétique).

4. Posologies en intraveineuse 

  • Générale : le dosage est individualisé, adapté à l’état clinique et aux résultats des gaz du sang et électrolytes.
  • Exemples usuels selon contexte :
    • Acidose métabolique sévère : administration titrée jusqu’à élévation du pH ciblé (~7,2).
    • Urines alcalines : doses fractionnées pour atteindre pH urinaire cible.
    • Pendant un arrêt cardiaque (dans certains protocoles avancés) : souvent 1 mEq/kg IV initial, puis selon réponse.

Important : Le calcul des doses en milieux critiques utilise des formules basées sur déficit de bicarbonate, pH et poids corporel ; la surveillance clinique et biologique est essentielle.

CALCUL DU DÉFICIT

Déficit (mmol) = 0,3 × Poids (kg) × (HCO₃⁻ cible  − HCO₃⁻ mesuré)

HCO₃⁻ cible : 10 – 15 mmol/L

Ne jamais corriger en totalité d’emblée

5. Effets indésirables et risques

Effets liés à l’alcalinisation excessive

  • Alcalose métabolique si surdosage.
  • Hypokaliémie, hypernatrémie et déséquilibres électrolytiques possibles.

Effets liés à la charge sodique

Surcharge liquidienne, œdèmes, tension artérielle augmentée chez patients vulnérables.

    Autres effets

    Réactions allergiques rares, réactions locales à la perfusion (extravasation pour les solutés hypertoniques).

      6. Points de recommandations cliniques

      Sur l’usage en acidose métabolique

      • La correction agressive du pH n’est pas toujours bénéfique dans toutes les formes d’acidose (p.ex., acidose lactique ou ketoacidose sans complication sévère) et n’améliore pas toujours les résultats cliniques.
      • Une approche individualisée basée sur gaz du sang (pH < 7,0–7,1) est recommandée.

      Urinaire & intoxications

      • L’alcalinisation de l’urine peut être utilisée dans certaines intoxications ou problèmes de cristallurie, mais les preuves d’amélioration des résultats restent limitées et nécessitent expertise spécialisée.

      Cardiologie (arrêt cardiaque)

      • L’utilisation dans arrêt cardiaque n’est plus systématique; plutôt réservée aux cas avec élévation importante du CO2 ou hyperkaliémie associée

      Tableau 1. Acidose métabolique sévère (hors arrêt cardiaque)

      Situation clinique Critères usuels Posologie IV indicative Objectif thérapeutique Points clés de surveillance
      Acidose métabolique sévère (toutes causes) pH ≤ 7,10–7,15 (discussion dès <7,20) Bolus 1–2 mmol/kg IV ou perfusion continue calculée Remonter le pH ≥ 7,20 (pas normalisation) GDS, Na⁺, K⁺, Ca²⁺, surcharge hydrique
      Acidose lactique (choc, sepsis) pH ≤ 7,10 avec défaillance hémodynamique Utilisation prudente, doses fractionnées Amélioration hémodynamique Peut ↑ CO₂ intracellulaire
      Insuffisance rénale aiguë avec acidose pH ≤ 7,15 Perfusion continue adaptée Temporisation avant EER Risque hypernatrémie

      Le bicarbonate vise une correction partielle du pH, jamais une normalisation complète.

      Tableau 2. Acidocétose diabétique (ACD)

      Critère Recommandation
      pH ≥ 6,9 Pas de bicarbonate
      pH < 6,9 ✅ Bicarbonate possible
      Posologie 100 mmol NaHCO₃ dans 400 mL NaCl 0,9 % sur 2 h
      Objectif pH > 7,0
      Surveillance K⁺ (risque hypokaliémie), GDS

      ⚠️ Toujours associer insuline + remplissage + potassium.

      Tableau 3. Hyperkaliémie sévère (traitement adjuvant)

      Situation Indication Posologie Rôle du bicarbonate
      Hyperkaliémie avec acidose K⁺ ≥ 6,0 mmol/L + pH bas 50–100 mmol IV en 30–60 min Effet transitoire, adjuvant
      Hyperkaliémie sans acidose ❌ Non indiqué Inefficace

      ⚠️ Ne remplace ni calcium, ni insuline-glucose, ni dialyse EER.

      Tableau 4. Intoxications (alcalinisation sanguine ou urinaire)

      Intoxication Objectif Posologie Cible
      Salicylés Alcalinisation plasmatique + urinaire Bolus 1–2 mmol/kg puis perfusion pH urinaire 7,5–8
      Antidépresseurs tricycliques Alcalinisation plasmatique Bolus répétés 1–2 mmol/kg pH sanguin 7,45–7,55
      Rhabdomyolyse (prévention) Alcalinisation urinaire (discutée) Perfusion continue pH urinaire > 6,5

      ⚠️ Indications spécialisées, souvent en lien avec centre antipoison.

      Tableau 5. Arrêt cardiaque (ACR)

      Situation Recommandation actuelle
      ACR standard ❌ Pas systématique
      ACR + acidose prolongée ✅ Possible
      ACR + hyperkaliémie connue ✅ Indiqué
      Dose 1 mmol/kg IV en bolus
      Surveillance GDS post-ROSC

      MESSAGES CLÉS 

      • Le pH décide, pas le chiffre de bicarbonate isolé
      • Corriger partiellement et prudemment
      • Toujours traiter la cause de l’acidose
      • Repenser l’indication à chaque GDS
      • Discuter épuration extrarénale si acidose réfractaire

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      Les corticoïdes (glucocorticoïdes) occupent une place majeure en médecine d’urgence. Leur action anti-inflammatoire, anti-œdémateuse, immunosuppressive et anti-allergique en fait des thérapeutiques clés dans de nombreuses situations aiguës potentiellement graves. Leur utilisation nécessite cependant une bonne connaissance de leur pharmacologie, de leurs indications validées, des posologies adaptées à l’urgence et de leurs effets indésirables.

      1. Pharmacologie des corticoïdes

      1.1. Mécanisme d’action

      Les glucocorticoïdes sont des analogues synthétiques du cortisol.
      Ils agissent par :

      • Mécanisme génomique (principal) : Liaison au récepteur glucocorticoïde cytoplasmique → translocation nucléaire → modulation de la transcription génique.
        • ↓ cytokines pro-inflammatoires (IL-1, IL-6, TNF-α)
        • ↓ prostaglandines et leucotriènes (inhibition de la phospholipase A2)
        • ↓ perméabilité capillaire
      • Mécanisme non génomique (rapide) : Effets membranaires expliquant une action parfois observable en quelques minutes (important en urgence).

      1.2. Effets pharmacologiques principaux

      • Anti-inflammatoire puissant
      • Anti-œdémateux (notamment cérébral et laryngé)
      • Immunosuppresseur
      • Antiallergique
      • Effet minéralocorticoïde (rétention de sodium et d'eau, augmente l'élimination du potassium) variable selon la molécule

      2. Classification des corticoïdes (usage IV / PO en urgence)

      Molécule Puissance glucocorticoïde Effet minéralocorticoïde Durée d’action
      Hydrocortisone 1 +++ Courte
      Prednisone / Prednisolone 4 + Intermédiaire
      Méthylprednisolone 5 ± Intermédiaire
      Dexaméthasone 25–30 0 Longue
      Bétaméthasone 25–30 0 Longue

      Équivalence approximative :
      Hydrocortisone 100 mg ≈ Prednisone 25 mg ≈ Méthylprednisolone 20 mg ≈ Dexaméthasone 4 mg

      3. Indications des corticoïdes en médecine d’urgence

      Indications Molécule Nom commercial Posologie usuelle Remarques
      Asthme aigu modéré à sévère Prednisone / Prednisolone Cortancyl®, Solupred® 40–60 mg/j pendant 5–7 j PO Voie orale équivalente à l’IV si possible
      Méthylprednisolone Solumédrol® 1–2 mg/kg/j IV Réservée aux formes sévères ou impossibilité PO
      Exacerbation de BPCO Prednisone Cortancyl® 40 mg/j pendant 5 j PO Recommandations GOLD
      Anaphylaxie (adjuvant) Hydrocortisone Solu-Cortef® 200 mg puis 100 mg toutes les 6–8 h IV Toujours après adrénaline
      Dexaméthasone Décadron® 4–8 mg IV Pas d’effet minéralocorticoïde
      Urticaire aiguë sévère / Angio-œdème histaminique Prednisolone Solupred® 0,5–1 mg/kg (max 60 mg) PO/IV Association antihistaminiques
      Œdème cérébral tumoral Dexaméthasone Décadron® Bolus 10 mg puis 4 mg / 6 h IV Référence neuro-oncologique
      Compression médullaire Dexaméthasone Décadron® 10–16 mg/j IV En attente imagerie / chirurgie
      Méningite bactérienne Dexaméthasone Décadron® 10 mg toutes les 6 h pendant 4 j IV Avant ou avec la 1ʳᵉ dose d’ATB
      Choc septique réfractaire Hydrocortisone Solu-Cortef® 200 mg/j (50 mg x4 ou perfusion continue) IV Si dépendance aux catécholamines
      Insuffisance surrénalienne aiguë Hydrocortisone Solu-Cortef® 100 mg immédiat puis 200 mg/24 h IV Associer remplissage + glucose

      Tableau des posologies pédiatriques usuelles

      Indication Molécule Posologie  Dose max
      Asthme aigu modéré à sévère Prednisone / Prednisolone 1–2 mg/kg/j en 1 prise PO 40–60 mg
      Méthylprednisolone 1–2 mg/kg/j IV 60–80 mg
      Laryngite aiguë (croup) Dexaméthasone 0,15 à 0,6 mg/kg (dose unique) PO/IM/IV 10 mg
      Bronchiolite sévère ❌ Non recommandée en routine
      Réaction allergique sévère / urticaire aiguë Prednisolone 0,5–1 mg/kg/j PO/IV 40–60 mg
      Anaphylaxie (adjuvant) Hydrocortisone 5–10 mg/kg IV 200 mg
      Dexaméthasone 0,15–0,3 mg/kg IV 8–10 mg
      Œdème cérébral Dexaméthasone 0,25–0,5 mg/kg/j IV en 2–4 doses 16 mg
      Méningite bactérienne Dexaméthasone 0,15 mg/kg toutes les 6 h pendant 2–4 j IV 10 mg/dose
      Choc septique réfractaire Hydrocortisone 50 mg/m²/j ou 2–4 mg/kg/j IV 200 mg/j
      Insuffisance surrénalienne aiguë Hydrocortisone 50–100 mg/m² en bolus puis 50–100 mg/m²/j IV

      4. Contre-indications

      4.1. Absolues (rares en urgence)

      • Hypersensibilité connue à la molécule

      4.2. Relatives (à pondérer selon le bénéfice vital)

      • Infection non contrôlée (hors choc septique)
      • Ulcère gastro-duodénal évolutif
      • Diabète déséquilibré
      • HTA sévère non contrôlée
      • Psychose aiguë
      • Ostéoporose sévère (peu pertinent en urgence)

      ➡️ En situation d’urgence vitale, les contre-indications sont rarement absolues.

      5. Effets indésirables

      5.1. Effets précoces (fréquents en urgence)

      • Hyperglycémie
      • Rétention hydro-sodée (sauf dexaméthasone)
      • HTA
      • Troubles psychiatriques (agitation, euphorie, insomnie, délire)
      • Leucocytose réactionnelle

      5.2. Effets tardifs (surtout si traitement prolongé)

      • Infections opportunistes
      • Ulcère gastro-duodénal
      • Myopathie cortisonique
      • Ostéoporose
      • Insuffisance surrénalienne secondaire

      6. Points pratiques pour l’urgentiste

      • Ne jamais retarder un traitement vital par crainte d’effets indésirables
      • Attention aux interactions (AINS, anticoagulants)
      •  
      • 💊 PO dès que possible : efficacité équivalente à l’IV hors vomissements ou gravité extrême
      • ⏱️ Pas de décroissance si durée ≤ 7 jours
      • 🚨 Jamais en monothérapie dans l’anaphylaxie. Toujours associer l’adrénaline 
      • 📈 Surveillance glycémie + TA chez sujets à risque

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