Le burnout constitue un enjeu majeur de santé au travail chez les personnels de santé, avec des répercussions individuelles, organisationnelles et sociétales importantes.
Il se manifeste par un épuisement émotionnel, une dépersonnalisation et une diminution de l’accomplissement personnel. Sa prévalence élevée, accentuée par les contraintes organisationnelles et émotionnelles propres aux métiers du soin, impose une reconnaissance précoce et la mise en place de stratégies de prévention multidimensionnelles. Cet article propose une revue synthétique de la littérature concernant la définition, l’épidémiologie, les facteurs de risque, les conséquences, ainsi que les solutions individuelles et institutionnelles de prévention du burnout chez les professionnels de santé.
1. Définition du burnout
Le terme "burnout"en anglais a été introduit par Freudenberger en 1974 pour décrire un état d’épuisement émotionnel et physique observé chez les professionnels engagés dans des relations d’aide intensives [1]. Il s’agit d’une réponse à un stress professionnel chronique insuffisamment géré.
Maslach et Jackson ont conceptualisé le burnout autour de trois dimensions fondamentales [2] :
- L’épuisement émotionnel, traduisant une fatigue psychique profonde ;
- La dépersonnalisation, caractérisée par une attitude distante, cynique ou négative envers les patients ;
- La diminution de l’accomplissement personnel, correspondant à un sentiment d’inefficacité et de perte de sens professionnel.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reconnaît le burnout comme un phénomène lié au travail dans la Classification Internationale des Maladies (CIM-11), sans le classer comme pathologie mentale [4].
2. Épidémiologie
Le burnout est particulièrement fréquent chez les professionnels de santé en raison de la nature émotionnellement exigeante de leur activité. Les études internationales montrent une prévalence variable, allant de 25 à 60 % selon les professions, les contextes d’exercice et les outils d’évaluation utilisés [7].
Les médecins, infirmiers, internes et étudiants en santé sont particulièrement exposés [6]. Shanafelt et al. ont montré que les médecins présentent des taux de burnout et d’insatisfaction professionnelle significativement plus élevés que la population générale [5]. Les spécialités les plus à risque incluent la médecine d’urgence, la réanimation, l’oncologie et la gériatrie.
La pandémie de COVID-19 a probablement accentué ces phénomènes, augmentant l’épuisement émotionnel, les troubles anxiodépressifs et les intentions de départ du système de soins.
3. Facteurs favorisants
Le burnout résulte d’une interaction complexe entre facteurs professionnels, individuels et contextuels [9].
3.1 Facteurs professionnels et organisationnels
Les principaux déterminants organisationnels incluent :
- Une charge de travail excessive et chronique,
- Des horaires prolongés et le travail posté,
- Le manque d’autonomie et de reconnaissance,
- Les contraintes administratives croissantes,
- Les conflits de valeurs et la perte de sens du soin [9,10].
3.2 Facteurs individuels
Certains traits individuels augmentent la vulnérabilité au burnout, notamment le perfectionnisme, le surinvestissement professionnel, la difficulté à déléguer ou à poser des limites, ainsi que des antécédents de troubles anxieux ou dépressifs [6].
3.3 Facteurs contextuels
Les crises sanitaires, les contraintes médico-légales et les transformations rapides des systèmes de santé constituent des facteurs aggravants majeurs [10].
4. Conséquences du burnout
4.1 Conséquences individuelles
Le burnout est associé à un risque accru de troubles anxiodépressifs, de troubles du sommeil, de symptômes psychosomatiques et de conduites addictives [3]. Plusieurs études rapportent également une augmentation du risque suicidaire chez les médecins en situation d’épuisement professionnel.
4.2 Conséquences professionnelles
Sur le plan professionnel, le burnout entraîne une diminution de la qualité et de la sécurité des soins, une augmentation des erreurs médicales, de l’absentéisme et du turnover [9]. Il contribue également au désengagement professionnel et aux reconversions précoces.
4.3 Conséquences institutionnelles
À l’échelle des organisations, le burnout génère des coûts économiques importants et fragilise durablement les systèmes de santé [10].
5. Stratégies de prise en charge
5.1 Approches individuelles
La prise en charge repose sur la reconnaissance précoce des symptômes et l’accès à un soutien psychologique adapté. Les interventions individuelles incluent les psychothérapies, les techniques de gestion du stress, la pleine conscience et l’amélioration de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle [8].
5.2 Approches organisationnelles
Les interventions organisationnelles se révèlent plus efficaces à long terme que les approches uniquement individuelles [8]. Elles incluent l’adaptation des charges de travail, l’amélioration du management, le renforcement des équipes et la création d’espaces de parole.
6. Prévention du burnout
La prévention doit être intégrée aux politiques de santé au travail et s’inscrire dans une démarche globale [10].
- Prévention primaire : amélioration des conditions de travail, formation au bien-être, participation des soignants aux décisions.
- Prévention secondaire : dépistage précoce à l’aide d’outils validés (Maslach Burnout Inventory), sensibilisation des encadrants.
- Prévention tertiaire : accompagnement au retour au travail, aménagement de poste et suivi prolongé.
Conclusion
Le burnout chez les personnels de santé constitue un défi majeur de santé publique. Sa prévention nécessite une transformation des organisations de soins et une reconnaissance institutionnelle du bien-être des soignants comme déterminant essentiel de la qualité et de la sécurité des soins [9,10].
Références bibliographiques
- Freudenberger HJ. Staff burn-out. J Soc Issues. 1974;30(1):159–165.
- Maslach C, Jackson SE. The measurement of experienced burnout. J Occup Behav. 1981;2(2):99–113.
- Maslach C, Leiter MP. Understanding the burnout experience: recent research and its implications for psychiatry. World Psychiatry. 2016;15(2):103–111.
- World Health Organization. Burn-out an “occupational phenomenon”: International Classification of Diseases 11th Revision (ICD-11). WHO; 2019.
- Shanafelt TD, Boone S, Tan L, et al. Burnout and satisfaction with work-life balance among US physicians relative to the general US population. Arch Intern Med. 2012;172(18):1377–1385.
- Dyrbye LN, West CP, Satele D, et al. Burnout among U.S. medical students, residents, and early career physicians. Acad Med. 2014;89(3):443–451.
- Rotenstein LS, Torre M, Ramos MA, et al. Prevalence of burnout among physicians: a systematic review. JAMA. 2018;320(11):1131–1150.
- Panagioti M, Panagopoulou E, Bower P, et al. Controlled interventions to reduce burnout in physicians: a systematic review and meta-analysis. JAMA Intern Med. 2017;177(2):195–205.
- West CP, Dyrbye LN, Shanafelt TD. Physician burnout: contributors, consequences and solutions. J Intern Med. 2018;283(6):516–529.
- Montgomery A, Panagopoulou E, Esmail A, et al. Burnout in healthcare: the case for organisational change. BMJ. 2019;366:l4774.
Pour en savoir plus :
- Epuisement professionnel ou burnout : Dossier INRS
- Repérage et prise en charge cliniques du syndrome d’épuisement professionnel ou burnout
Haute Autorité de Santé (HAS) mars 2017
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