Les tiques ne sont pas des insectes mais des acariens (Arachnida), Elles sont des parasites hématophages (se nourrissent de sang) et vecteurs de maladies pour l'homme et l'animal. Parmi les zoonoses nous étudions deux infections frequentes : la maladie de Lyme et la rickettsiose.
MALADIE DE LYME (BORRÉLIOSE DE LYME)
La maladie de Lyme, ou borréliose de Lyme, est une infection bactérienne vectorielle transmise à l’homme par la morsure de tiques du genre Ixodes, infectées par des spirochètes du complexe Borrelia burgdorferi sensu lato. C’est une zoonose majeure dans les zones tempérées de l’hémisphère nord, touchant principalement l’Europe, l’Amérique du Nord et certaines régions d’Asie. La maladie évolue classiquement en trois stades cliniques : précoce localisé, précoce disséminé et tardif (chronique) si non traitée.
1. Épidémiologie
1.1 Répartition géographique
- Présente dans l’hémisphère nord, en particulier dans les zones boisées tempérées.
- Aux États-Unis, la majorité des cas sont rapportés dans le Nord-Est, le Midwest et certaines zones de l’Ouest.
- En Europe, plusieurs espèces de Borrelia (notamment B. afzelii, B. garinii et B. burgdorferi sensu stricto) sont impliquées selon les régions.
1.2 Incidence et facteurs de risque
- L’incidence est variable selon les zones endémiques : par exemple en France, estimée à environ 5–350 cas/100 000 habitants selon les régions et les méthodes de surveillance.
- Les facteurs de risque incluent les activités extérieures en zones boisées ou herbeuses, l’exposition saisonnière (printemps-été), et la présence élevée de vecteurs (Ixodes spp.).
2. Signes Cliniques
La maladie de Lyme se manifeste classiquement en stades évolutifs successifs :
2.1 Stade précoce localisé
- Érythème migrant (EM) : lésion cutanée érythémateuse indolore, centrée sur le site de la morsure, augmentant centrifugement et pouvant atteindre plusieurs dizaines de centimètres.
- Signes généraux non spécifiques : fièvre légère, asthénie, myalgies, céphalées.
2.2 Stade précoce disséminé
Apparaît si l’infection n’a pas été traitée précocement :
- Manifestations neurologiques : méningite lymphocytaire, radiculoneuropathies, paralysie faciale périphérique.
- Atteintes cardiaques : bloc auriculo-ventriculaire variable, myocardite.
- Symptômes généralisés : fatigue persistante, douleurs articulaires migratoires.
2.3 Stade tardif (chronique)
- Arthrite de Lyme : épisodes récurrents d’arthrite, souvent monoarticulaire (genou).
- Atteintes cutanées chroniques : acrodermatite chronique atrophiante (rare).
- Neuropathies centrales : encéphalopathies, sévères troubles cognitifs, polynévrites.
3. Diagnostique Biologique et Paraclinique
3.1 Diagnostic clinique
- L’érythème migrant typique est suffisamment spécifique pour orienter le diagnostic sans nécessiter de confirmation immédiate.
3.2 Sérologie
- Tests sérologiques en deux temps : ELISA C6 suivi de Western blot en cas de positivité ou de doute.
- La séroconversion peut être retardée ou parfois absente, surtout si un traitement antibiotique précoce a été administré.
3.3 Autres examens
- PCR sur liquide articulaire ou cérébro-spinal dans les formes disséminées peut être utile.
4. Complications
Sans traitement antibiotique adéquat :
- Arthrite chronique et destruction articulaire.
- Neuropathies et encéphalopathies persistantes.
- Arythmies et troubles de conduction cardiaque pouvant mener à une insuffisance cardiaque.
- Manifestations cutanées sévères telles que l’acrodermatite chronique atrophiante.
5. Traitement
5.1 Antibiothérapie de première intention
- Phase précoce localisée : doxycycline ou amoxicilline par voie orale pendant 10–21 jours selon les recommandations.
- Atteintes neurologiques ou cardiaques : traitement prolongé, oral ou intraveineux (par ex. ceftriaxone) pendant 14–21 jours.
- Arthrite de Lyme : prolongation du traitement (jusqu’à 28 jours) peut être nécessaire.
5.2 Gestion symptomatique
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour douleurs articulaires ou symptômes inflammatoires associés.
5.3 Controverses cliniques
- Certaines publications discutent du syndrome post-traitement de la maladie de Lyme (symptômes persistants après traitement standard), sujet de débats cliniques et scientifiques concernant son origine et sa prise en charge
RICKETTSIOSES
Les rickettsioses sont un groupe de infectieuses zoonotiques causées principalement par des bactéries intracellulaires obligatoires du genre Rickettsia (ordre des Rickettsiales) et, par extension dans certaines classifications modernes, par des espèces voisines comme Orientia tsutsugamushi (scrub typhus). Elles sont transmises à l’homme par des vecteurs arthropodes tels que tiques, poux, puces ou chiggers. Ces agents infectent les cellules endothéliales et induisent une vasculopathie inflammatoire généralisée responsable des signes cliniques caractéristiques.
Les rickettsioses regroupent deux grands groupes cliniques :
- Fièvres boutonneuses (spotted fever group, SFG) : associées à diverses espèces de Rickettsia transmises par les tiques.
- Typhus (typhus group, TG) : incluant le typhus exanthématique (Rickettsia prowazekii), transmis par le pou de corps, et le typhus murin (Rickettsia typhi), transmis par les puces.
1. Épidémiologie
1.1 Distribution géographique
Les rickettsioses ont une répartition mondiale conditionnée par la présence et l’activité des vecteurs spécifiques.
- Les fièvres boutonneuses méditerranéennes sont endémiques dans le pourtour méditerranéen.
- La fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses (Rickettsia rickettsii) est la rickettsiose la plus grave aux États-Unis.
- Typhus exanthématique est associé à des situations de promiscuité humaine et d’hygiène précaire dans plusieurs régions du monde, avec des flambées historiques de forte mortalité.
1.2 Facteurs de risque
L’exposition à des zones infestées par les vecteurs et des activités en plein air augmentent les risques, en particulier en saison d’activité vectorielle (été et fin du printemps dans de nombreuses régions).
2. Signes cliniques et biologiques
2.1 Signes cliniques généraux
L’incubation varie généralement de 5 à 14 jours selon les espèces. Les rickettsioses débutent typiquement par une fièvre brutale élevée, céphalées intenses, myalgies, et asthénie. Un rash cutané et une escarre d’inoculation (tache noire) au point de piqûre sont des signes caractéristiques, particulièrement dans les fièvres boutonneuses.
Fièvres boutonneuses (SFG)
- Escarre d’inoculation : ulcération indolore avec croûte noirâtre entourée d’inflammation. Il faut bien chercher cette lésion sur patient dévêtu.
- Exanthème maculopapuleux ou purpurique diffus, atteignant parfois paumes et plantes.
- Symptômes non spécifiques : fièvre élevée, céphalées, myalgies.
Typhus
- Fièvre soutenue, céphalées sévères, rash variable.
- Dans le typhus exanthématique sévère : signes neurologiques (confusion, somnolence), signes systémiques profonds.
2.2 Biologie
Les anomalies biologiques sont non spécifiques : leucopénie, thrombocytopénie, élévation modérée des transaminases, et CRP élevée peuvent être observées.
Le diagnostic sérologique IFA (immunofluorescence indirecte) avec séroconversion ou élévation des titres est utilisé en pratique courante. Une PCR ciblée sur escarre ou sang peut confirmer plus précocement l’infection.
3. Complications
En l’absence de traitement, certaines rickettsioses, notamment la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses ou le typhus exanthématique, peuvent évoluer vers :
- Dissémination multi-viscérale, y compris pneumopathie, myocardite, insuffisance rénale.
- Complications neurologiques graves (encéphalite, confusion profonde).
- Coagulopathies et défaillance d’organes, pouvant entraîner une mortalité importante sans prise en charge adaptée.
4. Traitement
4.1 Antibiothérapie
La doxycycline reste l’antibiotique de référence pour la majorité des rickettsioses (tous âges, y compris enfants et femmes enceintes dans les recommandations récentes des CDC), avec une initiation empirique précoce recommandée devant toute suspicion clinique avant confirmation diagnostique.
- Schéma typique adulte : 100 mg de doxycycline /12 h jusqu’à 48–72 h après disparition de la fièvre et au minimum 5–7 jours.
- Alternatives considérées lorsque la doxycycline n’est pas tolérée : macrolides dans les formes bénignes ou désensibilisation à la doxycycline sous surveillance.
4.2 Traitement adjuvant
La prise en charge symptomatique inclut hémodynamique de support, réhydratation, et surveillance des organes cibles en cas de formes sévères.
4.3 Importance du traitement précoce
Le traitement doit être initié dès la suspicion clinique, car un retard est associé à une augmentation significative de la morbidité et de la mortalité, notamment pour les rickettsioses à évolution rapide comme la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses.
Prevention contre les tiques
Les tiques ne sont pas des insectes mais des acariens (Arachnida), ce qui explique que les produits efficaces soient appelés acaricides (et non insecticides au sens strict).
Prévention individuelle (zones endémiques) :
- Vêtements longs imprégnés de perméthrine
- Répulsif cutané contre les tiques (ex. icaridine ou DEET)
- Inspection corporelle systématique
Contrôle environnemental
Les Pyréthrinoïdes (Perméthrine) en pulvérisation sont les acaricides de référence
[Lisez notre article "Intoxications aux Pyréthrinoïdes"]
- Traitement des vêtements (perméthrine 0,5 %)
- Traitement environnemental (habitations, chenils)
- Usage vétérinaire (colliers) mais toxique pour les chats.
Pour en savoir plus :
- Has-santé – Lyme et maladies transmissibles par les tiques. HAS dossier de recommandations, 2018.
- Magnavita N, Capitanelli I, Ilesanmi O, Chirico F. Occupational Lyme Disease: A Systematic Review and Meta-Analysis. Diagnostics. 2022;12(2):296.
- MSD Manuals – Maladie de Lyme, édition professionnelle. Révision janv. 2025.
- Orphanet – Maladie de Lyme. Fiche de synthèse clinique et épidémiologique. Site web
- CDC. Clinical Care of Other Spotted Fever Rickettsioses. MMWR et recommandations de traitement actualisées. CDC 2024.
- Frontiers in Tropical Diseases. Rickettsial infections: epidemiology and diagnosis. Frontiers 2024; articles récents sur épidémiologie et défis diagnostiques. lien
- Sciensano / AVIQ. Fiche rickettsiose typhus sur diagnostic, signes cliniques et complications. Sciensano 2024. EM consulte Doi : 10.1016/S1773-035X(25)76406-0
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