L’intoxication éthylique aiguë (IEA), ou intoxication par alcool éthylique, est un état pathologique résultant de l’ingestion rapide de grandes quantités d’alcool dépassant la capacité métabolique de l’organisme, avec des manifestations neurologiques, comportementales, métaboliques et potentiellement mortelles. Elle représente une cause fréquente de consultation aux services d’urgence et un enjeu majeur de santé publique.

alcoolisme, intoxication éthylique

Définition

L’intoxication éthylique aiguë est définie comme l’état toxique physiologique et comportemental consécutif à une élévation rapide de la concentration d’éthanol dans le sang, avec suppression progressive des fonctions centrales. Sur le plan clinique, elle se traduit par des troubles psychomoteurs, cognitifs et de vigilance, pouvant évoluer vers le coma et l’arrêt des fonctions vitales.

Physiopathologie

Absorption et métabolisme

L’éthanol est rapidement absorbé par la muqueuse gastrique et surtout intestinale, atteignant des pics plasmatiques 30-45 minutes après ingestion.

Le métabolisme principal de l’éthanol se fait dans le foie par l’enzyme alcool déshydrogénase (ADH) en acétylaldéhyde, puis en acétate, finalement converti en CO₂ et eau.

Effet sur le système nerveux central

L’éthanol potentialise l’activité inhibitrice du GABA (acide γ-aminobutyrique) et diminue l’activité excitatrice du glutamate, entraînant une dépression du système nerveux central. Cette modulation biochimique explique les troubles cognitifs, la désinhibition, l’atonie musculaire, la somnolence et le coma observés cliniquement.

Facteurs modifiant la gravité

  • Tolérance chez les buveurs chroniques : moins de symptômes à alcoolémie élevée.
  • Sexe, poids, ingestion de nourriture, vitesse d’absorption influencent la concentration maximale.

Manifestations cliniques

Les symptômes évoluent de façon progressive selon la dose ingérée :

  1. Phase d’excitation / désinhibition : euphorie, désinhibition comportementale.
  2. Phase d’incoordination : troubles de l’équilibre, dysarthrie, ataxie.
  3. Phase comateuse : somnolence profonde, coma, dépression respiratoire, hypothermie.

Autres manifestations typiques :

  • Nausées, vomissements (risque d’inhalation)
  • Hypoglycémie (surtout chez l’enfant)
  • Troubles métaboliques (acidose lactique, déséquilibres ioniques)
  • Troubles cardiovasculaires (tachycardie, hypotension)
  • Confusion, agitation ou agressivité.

La symptomatologie varie avec les facteurs individuels et la présence de comorbidités ou d’autres substances psychoactives.

Examens complémentaires

Diagnostic clinique

Le diagnostic est majoritairement clinique et repose sur l’histoire, l’examen des signes neurologiques et comportementaux, ainsi que la présence d’une haleine alcoolique caractéristique.

Examens biologiques utiles

  • Alcoolémie sanguine / mesure d’alcool dans l’air expiré (confirmation, raisons médico-légales).
  • Glycémie capillaire Dextrostix (dépistage rapide d’hypoglycémie) +++.
  • Ionogramme, gaz du sang : recherche d’acidose métabolique, troubles électrolytiques.
  • Calcul du trou osmolaire si suspicion d’ingestion concomitante de toxiques différents (méthanol à suspecter).
  • Hémogramme, bilan hépatique, si contexte chronique.
Absence de parallélisme strict entre alcoolémie et gravité clinique
Faibles doses 0,5 à 1,0 g/L → inhibition corticale → désinhibition
Doses intermédiaires 1 à 2 g/L → atteinte cérébelleuse → ataxie
Doses élevées > 3 g/L → atteinte réticulée et bulbaire → coma, dépression respiratoire

Examens complémentaires ciblés

  • Imagerie cérébrale si traumatisme crânien ou anomalies neurologiques focales. Palper toujours le cuir chevelu à la recherche de plaie ou œdème +++
  • Toxicologie pour recherche de co-ingestions.

Conduite à tenir en urgence

1. Stabilisation initiale

  • Assurer voies aériennes, ventilation et circulation (ABCDE).
  • Protection des voies aériennes chez un patient somnolent ou comateux.
  • Position latérale de sécurité si conscience altérée.

2. Surveillance

Évaluation et surveillance des cinq éléments pronostiques :

  • Insuffisance respiratoire
  • Hypotension / collapsus
  • Hypothermie
  • Acidose métabolique
  • Hypoglycémie.

3. Traitement symptomatique et support

  • Oxygénothérapie, assistance respiratoire si besoin.
  • Perfusion de glucose pour hypoglycémie. Adulte : G30 % (100–200 mL) ou G10 % en perfusion - Enfant : bolus G10 % (2–4 mL/kg)
  • Correction de l’hypothermie.
  • Réanimation hémodynamique si collapsus.
  • Vitamine B1 (Thiamine) : indication large chez tout patient alcoolisé chronique ou dénutri 100 mg IV ou IM Jusqu’à 200–500 mg IV si suspicion neurologique en association avec B6 (pyridoxine).
  • Traitement de l’agitation : contention d'abord, benzodiazépines avec prudence. (Lisez notre article "La contention des malades agités")
  • Antibiotiques si pneumopathie d’inhalation.

4. Indications particulières

  • Épuration extra-rénale (dialyse) : en théorie si alcoolémie extrêmement élevée (> 6 g/L), défaillance multiviscérale ou acidose sévère réfractaire, situation rare en pratique courante.

Aspects spécifiques et complications

Complications immédiates

  • Inhalation de vomissements → pneumopathies d’inhalation
  • Convulsions, traumatismes associés
  • Dépression respiratoire sévère.

Spécificités pédiatriques

Chez l’enfant, hypoglycémie et convulsions surviennent souvent à alcoolémies plus basses que chez l’adulte.

alert Lisez notre article en rapport : Intoxications par le méthanol et alcools frelatés

Conclusion

L’intoxication éthylique aiguë est une urgence médicale fréquente qui nécessite une prise en charge rapidement orientée vers la stabilisation des fonctions vitales, l’évaluation des complications et la prise en compte des facteurs aggravants. L’approche clinique reste fondamentale, complétée par des examens ciblés. Une bonne éducation préventive et des stratégies de réduction des risques en population générale sont essentielles pour diminuer l’incidence et la sévérité des IEA.

Références bibliographiques

  1. Identification and management of acute alcohol intoxication: revue. European Journal of Internal Medicine, 2023.
  2. Identification and management of acute alcohol intoxication. PubMed, 2022/2023.
  3. MSD Manual – Intoxication et sevrage alcoolique. MSD

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